Le pouvoir de donner sa vie

Nul ne peut donner que ce qu’il possède. Or, personne ne se possède vraiment lui-même. En droit, le corps humain, en tout ou en partie, reste irréductible à une chose susceptible de faire l’objet d’une vente ou d’une cession : nous ne sommes pas "propriétaires" de notre corps. Quant à l’esprit, nous savons combien il est influençable, fragile et changeant. Ainsi, s’il est clair que chacun peut "se donner" de façon ponctuelle et partielle, dans une occupation ou dans une relation par exemple, en revanche l’idée de "donner sa vie", à part le cas exceptionnel d’un sauvetage qui vous expose à la mort, comme arracher quelqu’un aux flots ou au feu, semble excessive pour les hommes.


Pour Jésus, il en va autrement puisqu’il dit : "ma vie, j’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau" (Jn10,18). Lui, le Verbe éternel, n’est pas comme les hommes au cœur inconstant. Sa
parole est sûre, il est absolument fidèle à tenir ses promesses ainsi qu’il n’a cessé de le dire et de le prouver à son peuple Israël au long de l’histoire de l’Alliance. Le pouvoir de se donner est l’apanage de l’Amour parfait, et celui de recevoir à nouveau procède de la fidélité du Père qui engendre éternellement le Fils.



Mais, si "le Père a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils" (Jn 3,16), c’était afin que nous recevions le "pouvoir de devenir enfants de Dieu" (Jn 1,12). Ainsi nous devenons capables, comme le Fils, de donner vraiment notre vie. L’homme et la femme qui s’unissent dans le mariage selon la foi de l’Église réalisent ce qui est espéré dans le mariage naturel, car le vœu de l’amour est le don réciproque, total et définitif. De même, ceux qui s’engagent dans la voie du célibat consacré trouvent là une façon de donner, par amour et par grâce de Dieu, une vie qu’ils ont le pouvoir d’accueillir à nouveau en servant Dieu et leurs frères comme déjà ressuscités avec le Christ, selon la vocation baptismale de tous les enfants du Père.
Père Marc Lambret



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