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Homélie du dimanche 22 mars 2015, 5ème dimanche de Carême

La résurrection de Lazare.


Chers amis,
Un lépreux rencontre Jésus. La lèpre est toujours répandue aujourd’hui, elle exclue les malades de la vie sociale ; à l’époque du Christ, la lèpre impose un interdit religieux de toucher le lépreux sous peine d’impuretés. Et l’impureté rituelle rendait inapte à la participation de la vie liturgique du peuple. C’est pourquoi Jésus , lorsque cet homme sera guéri, Jésus envoie le lépreux faire attesté sa purification auprès des prêtres du temple . Le signe de la guérison d’un lépreux devait être pour le clergé du Temple, le signe de la présence dans le peuple de Celui qui était capable de purifier l’homme.
Aussi lorsque le lépreux demande à genou à Jésus : « Tu peux me purifier. » Il y a à la fois la guérison physique et la guérison pour une réintégration sociale ; l’ exclusion n’a pu lieu d’être car il ne peux contaminer de son impureté et peut être rendu apte à la liturgie du Seigneur.
Frères et sœurs,
Nous voici devant l’ultime réalité humaine : la mort. L’actualité constamment nous rappelle la tragique réalité de la condition humaine. Nous nous sommes peut être immunisés et comment ne pas chercher à l’être, lorsque à longueur de semaines, nos medias nous informe du « pire ». Il nous est bon, ce matin de recevoir dans nos cœurs la Parole de L’Evangile, vivre la résurrection de Lazare pour entendre le meilleur de notre histoire.
Dans ce récit, retenons deux choses : l’inséparable amitié de Jésus pour Lazare et ses sœurs et sa confiance en son Père. Et, nous retiendrons le renversement de perspective auquel nous sommes conduits, si nous comprenons le signe que Jésus nous donne. L’affection sincère de Jésus pour son ami Lazare est sans cesse mis en relief dans ce récit, en particulier dans la profonde affection de Jésus face à la douleur de Marie et de tous ceux qui l’entourent. Jésus est conduit à pleurer d’une façon si profondément humaine. Jésus, bouleversé, demande : « où l’avez-vous mis ? »


Jésus vit ce lien d’amitié en demeurant en constante relation avec son Père. Il peut relier l’évènement de la mort de Lazare à la gloire de Dieu. A l’annonce de la mort de Lazare, il dit : « cette maladie, ne conduit pas à la mort, mais c’est pour la gloire de Dieu, afin que par elle, le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus accueille l’annonce de la mort de Lazare, en référence à la relation à Dieu et en référence à la mission qu’il a reçu de son père, Lazare est mort et moi je suis content pour vous de ne pas avoir été là, afin que vous croyez. Jésus vit le lien à Lazare à l’intérieur de sa relation à son Père. Cela se vérifie lorsque Jésus va prié son Père devant la tombe en disant : « je te rends grâce Père car tu m’as écouté. » La mort de Lazare n’est pas une source de dépit, de révolte, elle devient le cadre d’un appel, d’une sortie de Jésus vers son Père. A tout instant Jésus porte Lazare dans sa prière vers le Père et Jésus dépose sa propre relation à son Père au cœur de la mort de son ami Lazare. Jésus est venu apporter à son ami, non seulement sa présence, mais aussi sa Vie, son Père. Dans son amitié, son affection pour Lazare et ses sœurs, il ne perd pas de vue la présence de son Père. Même la maladie et la mort de Lazare doivent être considéré comme le lieu de la manifestation de la gloire de Dieu. C’est audacieux, mais c’est le chemin de la Foi.
N’est pas là, frères et sœurs, la manière juste de traverser les épreuves de nos vies. La peine de Jésus est reprise par la présence de son Père qui ne cesse de l’accompagner, comme il ne cesse de vous accompagner. Nos peines ne sont jamais aussi lourdes que lorsque nous sommes seuls, à les porter. Jésus attire la lumière de la présence du Père jusque dans l’obscurité de la tombe de Lazare. Nous aussi, sachons attirer la présence du Père dans nos peines et dans la peine de tous ceux qui nous entourent, en disant un « Notre Père », aussi souvent que la mort nous parvient. Je pense souvent à cela lorsque j’apprends la mort de nombreuses personnes par la télévision. Je me dis que c’est bien là, la responsabilité des chrétiens que de prier au moment où nous entendons ces réalités. Alors nos écrans ne deviennent pas seulement des relais de catastrophes, mais des occasions de nous faire parler, de nous faire prier Notre Père du Ciel, une fois, deux fois, dix fois, cent fois, s’il le faut, lorsque nous entendons les drames qui se jouent constamment sur la terre. Essayons.
Ce que Jésus vient de faire, appelez Lazare hors du tombeau, il nous invite à un profond renversement de perspectives. Il y a plus dans cette parole de Jésus, qu’un simple miracle, un peu irréel pour nous, comme ajouté à une réalité à laquelle nous n’accédons pas. Car nous nous disons que la vérité de notre condition humaine, nous la connaissons. C’est la mort, nous ne pouvons rien y faire. Cela n’est pas chrétien. Le cri de Jésus ne semble pas appartenir à notre réalité , c’est vrai. Si ce geste nous semble exceptionnel et impossible à répéter devant la mort qui est toujours là, alors nous baissons les bras et nous nous résignons. Hors, justement ,c’est l’inverse. C’est la Parole de Jésus qui cri pour nous, qui est là pour toujours. Et c’est la mort qui elle se répète. Ce cri est la révélation de la loi de notre nature, le vrai fondement du monde qui ne passera jamais. La Parole du Christ donne la vie, constamment la mort vient « buter » contre elle. Constamment, elle nous fait croire, qu’elle gagne. C’est la Parole de Dieu qui donne la vie, c’est le fondement de toute réalité. Voilà ce que Jésus dévoile. Ce renversement consiste donc à comprendre que c’est le cri de Jésus qui est la réalité et la mort n’appartient pas à la vérité ultime du monde de Dieu. C’est ce que nous croyons et c’est la raison pour laquelle nous sommes ici. En cela Jésus accomplit la Parole du prophète Ezéchiel que nous pouvons également lire comme une forme d’antidote à toute forme de résignation : la mort.
Vous l’avez entendu, ainsi parle le Seigneur : « Je vais ouvrir vos tombeaux, je vous ferai sortir au mon peuple et je vous ramènerai sur la terre d’Israël, je mettrai en vous mon esprit et vous vivrai, je vous installerai sur votre terre et vous saurez que je suis le Seigneur, je l’ai dis et je le ferai. » Parole du Seigneur. C’est vrai ou ce n’est pas vrai . Le cri : « Lazare dehors. » est la vérité qui porte le monde vers Dieu.
La mort est, ce qui cache aux hommes que la vie des hommes est dans la main de Dieu. Mais ce que Dieu veut, n’est pas d’éliminer la mort, mais de se servir de la mort pour nous aider à croire en Lui. Lazare est mort, et moi je suis content pour vous, de ne pas avoir été là, afin que vous croyez. La mort ne résiste pas à la Parole de Dieu. Mais l’enjeu n’est pas de savoir si Dieu peut détruire la mort, mais de savoir si les hommes croient que Dieu peut détruire la mort et donner la vie. Pour cela il est nécessaire de redécouvrir sans cesse le fondement de tout ce qui est : la Parole de Dieu qui nous suscite, qui nous porte , qui nous conduit. Comme nous l’avons entendu dans la seconde lecture, cette Parole qui a besoin d’être écrite en nous par la puissance de l’Esprit Saint, de sorte que si l’Esprit qui était en Jésus l’a relevé d’entre les morts alors ce même Esprit qui habite en nous, nous fera vivre de la même manière. Devant la mort, Jésus ne dit pas qu’il n’y a plus rien à faire, il prie son Père, il dit qu’il faut s’enraciner en Lui : « Ne t’ai-je pas dit que si tu croies , tu verras. »
Concluons en redisant que la mort ne peut revendiquer la vie des hommes, que l’homme n’est pas soumis au seul pouvoir de la mort mais à celui de l’Amour dont Dieu l’aime. L’amitié, l’amour de Jésus consiste à nous rappeler à la vie, partout où nos chemins prennent la direction de la mort. Si Jésus prononce cette Parole pour son ami Lazare, alors croyez qu’il la prononce aussi pour chacun et chacune de vous qui êtes ces amis. Et je pourrais ainsi peut être commencer en répétant ces paroles en prononçant chacun et chacune de vos prénoms. « Dehors, dehors, dehors, dehors aussi souvent que tu prends le chemin de la mort ou que la mort t’a gagné lorsque tu as péché. Si nous pensons peut-être que la prière de Jésus est plus efficace que la notre, alors je voudrai vous laissez avec ces quelques paroles de Benoit XVI qui commentait ce passage en disant : « Dans la prière de demande au Seigneur, nous ne devons pas nous attendre à un accomplissement immédiat de ce que nous demandons, de notre volonté, mais nous devons plutôt nous confier à la volonté du Père en lisant chaque évènement dans la perspective de sa gloire, de son dessein d’Amour souvent mystérieux à nos yeux. Ainsi porté par l’action de grâce, la prière de Jésus nous révèle comment demander. Avant que le don soit donner, Jésus adhère à Celui qui donne et se donne dans ces dons. Le donateur est plus précieux que le don accordé. Le donateur est le trésor et c’est Lui qui est le cœur de son Fils, le don est donné par surcroit. La prière confiante d’un croyant est alors un témoignage vivant de cette présence de Dieu dans le monde au lieu même où l’homme souffre et meurt. Témoignage de Dieu et de son intérêt pour l’homme , de son action pour réaliser son dessein de salut.
A la suite de Marthe, frères et sœurs le temps est venu pour notre communauté chrétienne de placer à nouveau et en conscience toute notre espérance dans le Christ : « Oui, Seigneur , je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, le Fils qui vient dans le monde ». C’est ce que nous allons faire dans un instant en le recevant dans notre chair, en communion à son corps et en accueillant le don qu’il nous fait de sa Vie. La communion avec le Christ en cette vie, nous prépare à franchir l’obstacle de la mort pour vivre avec Lui éternellement. Amen.

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