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Homélie du dimanche 15 mars, 4ème dimanche de Carême

Jean 9 L’aveugle de naissance (Textes Année A)

1 /Après le symbole de l’eau vive que cherche la Samaritaine, pour désigner la grâce de vie que le Christ donne,
C’est aujourd’hui le symbole de la lumière avec l’aveugle-né qui éclaire notre route vers Pâques, et plus profondément qui éclaire notre vie toute entière.
Si l’eau de la piscine de Siloé a servi a lavé les yeux de l’aveugle, c’est la grâce qui lui ouvre les yeux à la lumière de la Vérité.

« Je suis la lumière du monde » dit Jésus. Essayons d’entendre cette parole, de la laisser résonner au plus profond de nos cœurs.

Pour cela nous sommes invités à observer l’attitude de l’aveugle.  Il sera notre compagnon de route en cette nouvelle semaine de notre montée vers la lumière de Pâques.
« D’abord il n’a rien dit. Il a perçu la présence de Jésus devant lui, sans le voir. Il a entendu ensuite des paroles étranges : « Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde ». Mais à quoi bon parler de lumière à un aveugle-né ? C’est alors qu’il a senti la boue sur ses yeux, appliquée d’une main inconnue qui le touche et le prend en main. Jésus l’enseigne en acte et lui dit : « oui ton Créateur a fait l’homme avec la glaise du sol, et moi ton Sauveur je te recrée, homme, avec un peu de boue et le souffle de ma parole. Et l’aveugle a obéi. Toujours sans rien voir. Il s’est rendu à la piscine de Siloah, la piscine de l’Envoyé, il s’est lavé à la piscine indiquée par Jésus, l’Envoyé de Dieu. » Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.2011

Il faut nous arrêter un instant sur une dimension symbolique importante :
L’image est parlante. Le Temple est en haut, la piscine de Siloé est en bas. Il faut descendre. Il faut passer de la surface, de ce que l’on voit un beau Temple. Pour aller en bas vers l’eau de la source qu’on ne voit pas. Dans le Temple, l’étroitesse des pharisiens, dans la source la gratuité d’une eau qui se donne. Revenir à la source pour purifier le Temple ! Tel était le sens de cette fête que célébraient les juifs. Autrement dit, Jésus fait descendre l’aveugle-né à la piscine de Siloé en contrebas du Temple de Jérusalem pour qu’il aille à la source de la vie spirituelle.
La scène se passe lors de la fête de Soukkot, de l'eau est puisée à la fontaine de Siloé et transportée en procession jusqu'au Temple et à l'autel. La fête de Soukkot célèbre dans la joie l'assistance divine reçue par les enfants d'Israël lors de l'Exode.
A son retour, il voyait. L’homme s’est mis en route vers la lumière, vers la source de sa lumière, vers la connaissance de Jésus. » Ce n’est plus de l’eau qui vient purifier le Temple. C’est l’homme illuminé par l’amour du Christ. C’est l’homme transformé.
« Je suis la Lumière du monde » est devenu « je fais de toi le lumière du monde ». C’est ce que dit Saint Paul aux chrétiens : « vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ; vivez comme des fils de la lumière - or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité - et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur. »


2/ Ce qui nous frappe à présent dans l’évangile de l’aveugle-né, c’est la volonté de contrôle des pharisiens. Il faut que ce qui vient de se passer corresponde à ce qu’ils savent déjà.
« Au début, ils semblent admettre le fait de la guérison : « Comment as-tu recouvré la vue ? Que dis-tu de celui qui t’a ouvert les yeux ? » ; mais ensuite les plus hostiles accaparent le débat et jettent le doute dans l’esprit des gens : « Après tout, qu’est-ce qui nous prouve qu’il était vraiment aveugle ? » Lors du dernier interrogatoire, ils ne cherchent plus du tout la vérité, (…) ils finissent par insulter le témoin. Ils le rendent même coupable de son malheur : « Tu n’es que péché depuis ta naissance, et tu viens nous faire la leçon ! » Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d ; 2011.
C’est le drame des Pharisiens : ils croient voir et se ferment à la lumière ; il croient savoir, et il le répètent : « Cet homme ne vient pas de Dieu (puisqu’il guérit le jour du sabbat) ». « Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur ! » « Nous savons, nous, que Dieu a parlé à Moïse ! » Il croient savoir, mais deviennent aveugles !

Ne leur jetons pas la pierre. Ils symbolisent une tendance lourde de toute vie spirituelle individuelle et collective.
Individuelle car nous contrôlons notre vie spirituelle sans lui donner toute la latitude qu’elle exige. Prier oui mais pas trop. Aimer Jésus oui, mais raisonnablement. Se nourrir chaque jour de sa parole, oui, mais à condition qu’elle soit vraiment digeste ce qui n’est pas toujours le cas.
Collective car en nous berçant collectivement de la promesse de tout savoir, on finit par ne plus rien voir. Jésus reprend ceux qui disent « nous voyons », mais jusqu’où voient-ils ? A force de vouloir tout maîtriser on s’aveugle collectivement sur les grands enjeux d’aujourd’hui et de demain.

L’homme ne traverse l’histoire indemne des menaces que s’il s’ouvre à la présence lumineuse de celui qui le conduit. Pour cela, il faut encore qu’il soit libre et libéré extérieurement et intérieurement.

Ce qui nous apparaît ici, en contre point de la volonté de contrôle des pharisiens c’est la liberté à laquelle l’homme est né à la lumière. Il est dans le monde, mais il n’est pas dépendant du monde religieux qui l’entoure. Il est dépend du cœur de Jésus qui l’aime et le connaît. Il n’a pas seulement accédé à la lumière du soleil pour voir le sentier, il est entré dans la lumière de la grâce pour être libre. Il est devenu lui-même une source de lumière pour ce monde.
La question que je vous pose ici à la lumière de l’aveugle guéri est celle que nous pose tout pharisien (trop enfermé sur lui, et donc croyant ou athée) où qu’il soit : « si tu as rencontré le Christ, le Messie, qu’est-ce que cela implique quant à notre propre pouvoir religieux ? Si vous chrétiens, vous dites que vous croyez en Dieu, qu’est-ce que cela changera ? Précisons : qu’est-ce que cela change en vous et qu’est ce que cela pour nous ? »
Si cela ne change rien en vous, cela ne changera rien pour nous. Mais si cela change quelque chose en vous, alors nécessairement il y a un effet pour nous. Certains voudraientt que notre société s’organise de telle sorte que ceux qui croient et ceux qui ne croient pas puissent vivre ensemble, mais sans que cela ne change rien à nos vies qui se construisent sans référence à Dieu. Une manière habile de faire preuve de tolérance tout en montrant que cela reste parfaitement accessoire puisque ce n’est pas le critère déterminant.

3/ Alors qu’a-t-il puisé à la piscine de Siloé, qu’a-t-il reçu de l’envoyé de Dieu. La vue oui, la Lumière du Créateur purifiant sa conscience et faisant de lui une Créature du Seigneur, oui. Mais surtout, il revient dans le Temple et apporte ce que Jésus, vrai Temple de Dieu, va donner dans son offrande. L’amour du Père pour tous ses enfants aveuglés, sa miséricorde. Le baptême est une illumination de l’amour, dans l’amour et par l’amour.
Si l’Eglise est aujourd’hui dans le monde la présence du Corps du Christ ressuscité, elle parle comme cet aveugle guéri. Elle apporte au monde ce que le Pape François nous demande de proclamer : sa miséricorde.
Après les « 24 heures pour le Seigneur » à l’invitation du Pape qui nous ont permis de vivre comme une plongée dans la Miséricorde du Seigneur, le Pape récidive et annonce un « Jubilé de la Miséricorde », soit une année entière du 8 décembre 2015 au 30 novembre 2016 pour que tous puisse goûter la saveur de la Parole du Christ.

Je termine avec ces paroles de saint Jean-Paul II datant de 1980, dans sa lettre encyclique Divine Miséricorde qui nous permette de bien comprendre l’intention du Pape François :
« Plus la conscience humaine, succombant à la sécularisation, oublie la signification même du mot de «miséricorde»; (…) plus aussi l'Eglise a le droit et le devoir de faire appel au Dieu de la miséricorde «avec de grands cris» 135. Ces «grands cris» doivent caractériser l'Eglise de notre temps; ils doivent être adressés à Dieu pour implorer sa miséricorde, dont l'Eglise professe et proclame que la manifestation certaine est advenue en Jésus crucifié et ressuscité, c'est-à-dire dans le mystère pascal. C'est ce mystère qui porte en soi la révélation la plus complète de la miséricorde, de l'amour plus fort que la mort, plus fort que le péché et que tout mal, de l'amour qui retient l'homme dans ses chutes les plus profondes et le libère des plus grandes menaces.

L'homme contemporain s'interroge souvent, avec beaucoup d'anxiété, sur la solution des terribles tensions qui se sont accumulées sur le monde et qui s'enchevêtrent parmi les hommes. Et si, parfois, il n'a pas le courage de prononcer le mot de «miséricorde», ou si, dans sa conscience dépouillée de tout sens religieux, il n'en trouve pas l'équivalent, il est d'autant plus nécessaire que l'Eglise prononce ce mot, pas seulement en son propre nom, mais aussi au nom de tous les hommes de notre temps. (...)

L’Eglise est en même temps amour des hommes, de tous les hommes, sans aucune exception ou discrimination: sans différence de race, de culture, de langue, de conception du monde, sans distinction entre amis et ennemis (…) : c'est un amour envers tous, sans exception. Tel est l'amour, cette sollicitude empressée pour garantir à chacun tout bien authentique, pour éloigner de lui et conjurer toute espèce de mal.

(...) L'Eglise elle-même doit être toujours guidée par la pleine conscience qu'il ne lui est permis à aucun prix, dans cette œuvre, de se replier sur elle-même. Sa raison d'être est en effet de révéler Dieu, c'est-à-dire le Père qui nous permet de le «voir» dans le Christ. »

Amen.

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