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Homélie du dimanche 2 mars, 2ème dimanche de Carême.

"Prendre confiance dans la présence du Père »

Frères et sœurs, chers amis,

Avec les tentations de Jésus au désert lors du premeir dimanche de carême, la Transfiguration de Jésus est systématiquement méditée lors du 2ème dimanche de Carême. Quelle est la signification de cet événement de la vie de Jésus ? En quoi la Transfiguration est-elle liée à la fête de Pâques et à notre préparation ? Je vous propose de comprendre la signification de la Transfiguration avant de découvrir ce qu’elle représente pour chacun de nous aujourd’hui, dans notre propre vie de foi et dans notre chemin de la célébration de Pâques. 

1/ La scène se déroule sur une haute montagne. Jésus a l’initiative de cette retraite. C’est bien pour Pierre, Jacques et Jean, qu’il fut ainsi transfiguré. Jésus ne fait pas ici une sorte de démonstration pour se donner en spectacle, pour les impressionner de l’extérieur, mais pour leur parler de l’intérieur pourvu qu’ils interprètent l’événement.
Cet événement comporte deux aspects : l’un est visible, l’autre audible.
Les disciples voient la blancheur éclatante de Jésus transfiguré, blancheur telle qu’il n’y a rien de comparable ; ce signe n’est pas l’œuvre de l’homme.
Ils entendent la voix du Père comme lors du baptême. Le Père atteste que « celui-ci est son Fils » et qu’il faut « l’écouter ». Au moyen de leur sens, les disciples voient et entendent ce qui ne relève pas du cadre habituel de leurs existences. « Voir, écouter » sont les deux obligations formelles pour tout homme s’il veut vivre, vivre une authentique vie spirituelle et trouver son chemin sur la terre : « Voir et écouter ».
Ainsi les disciples sont ici plongés dans la vie intérieure de Jésus. Ils comprennent qu’il y a en l’homme une lumière, c’est la vie de l’Esprit. 

Cette lumière illumine l’homme lorsque celui-ci écoute le Père lui dire: « Tu es mon enfant bien aimé ». Aucune parole ne peut apaiser le cœur de l’homme autant que celle-ci. Jésus est l’homme de paix, il est « le Fils bien aimé du Père », il vit dans la lumière de l’amour de Dieu pour lui et pour tous les hommes. Jésus n’est pas un violent, il est constamment apaisé intérieurement par la conscience de l’amour de son Père pour lui. Disons au passage, qu’il n’y a pas de vie proprement humaine, sans vie intérieure, sans union intime avec Dieu. Qu’on le veuille ou non, l’homme n’est homme qu’en tant qu’il est en quête de « Dieu », de la Vérité, de l’Amour. A cette condition s’accomplit ce qui est la gloire authentique de Dieu : la joie de l’homme ! Tel est l’Homme que Jésus révèle ici dans la lumière, il est habité intérieurement. Jésus est l’homme qui puise la vérité de la vie dans la communion à la présence de Dieu son Père. S’il est vrai que c’est ainsi qu’il est « homme », alors c’est ainsi que nous-mêmes, nous serons « homme ».
Sans la parole du Père, le signe de la blancheur resterait illisible, et sans la blancheur la Parole du Père demeurerait incompréhensible.

2/ Quel est donc l’enseignement que nous devons retirer de cette épisode ? Je le formulerais de façon lapidaire en nous souvenant que Jésus s’apprête à affronter la mort :  
                                    
Notre vie n’est pas en nous, elle est toujours en celui qui nous la donne.
Notre force n’est pas en nous, mais en celui qui nous la donne.
Notre courage n’est pas en nous, mais en celui qui nous le donne.
L’homme n’est pas fort, il est rendu fort.
L’homme n’est pas immortel, il est rendu vainqueur de la mort.
L’homme n’affronte la mort que dans la lumière de celui qui l’appelle à la vie.

Faisons ensemble mémoire d’une scène bien connue :

Lorsqu’un père parle à son fils, des parents à leur enfant, à qui ils veulent apprendre quelque chose, apprendre à nager, apprendre à traverser pour la première fois le grand bassin s’il s’agit de nager, ils lui diront pour toute forme d’épreuve à traverser une parole d’encouragement : « allez mon fils, je suis là, avec toi ».
Et le petit garçon ira tout vaillant se lancer dans l’épreuve gardant à l’esprit la présence secourable de ses parents. Vous comprenez que sa vaillance, son audace, son courage, sa force lui viendront directement de ce qu’on vient de lui dire : « Je suis là avec toi ». Si sa mère ou son père vient de lui glisser à l’oreille et au cœur : « allez mon fils » autrement dit, « je suis là, ne crains pas, je t’aime » l’enfant peut alors croire qu’il y a dans l’inattendu de son épreuve une nouvelle expérience de l’amour de ses parents pour lui. Sinon pourquoi lui feraient-ils vivre une telle épreuve ? Ainsi, frères et sœurs la preuve de l’amour de Dieu pour nous se dévoile mystérieusement dans les épreuves de nos vies. Tout dépend de la manière dont nous les rencontrons, et dans cette parole qui se tient à l’intime de nos cœurs : « tu es mon enfant bien aimé ».
Fort de cette présence, fort de la conscience de son identité profonde d’enfant bien aimé, le petit enfant peut s’abandonner à l’amour, vaincre sa peur pour se trouver dans l’amour de ses parents pour lui. Autrement dit, nous ne sommes jamais aussi vivants, aussi forts, aussi libres que lorsque nous savons qui nous sommes et que nous sommes aimés.
La mission de l’Eglise pour tout homme en ce monde n’est pas autre chose. Le temps du Carême n’est pas autre chose. Il consiste à nous demander : « jusqu’où croyez-vous vraiment que Dieu vous aime ? », « Jusqu’où faites-vous confiance au Seigneur qui vous a dit au jour de votre baptême : « tu es mon enfant bien aimé » ? » Mais cette promesse, cette certitude de l’amour de Dieu ne s’est pas accompagnée du fait que vous ne traverseriez pas d’épreuves, et qu’ensemble nous ne soyons pas tous mis un jour à l’obligation de traverser la mort !
A la Transfiguration, le Père parle à son Fils et lui insuffle cette confiance : « tu es mon fils bien aimé ». Jésus peut monter à Jérusalem et affronter la mort, parce que cette parole du Père est en lui, elle est en lui sans mesure, elle est sa vie. Jésus dès lors ne s’attache pas à lui-même, voilà l’homme libre ! Il s’attache à son Père. Il ne s’écoute pas, il n’écoute pas ses peurs. Il aura bien à lutter contre elles, mais il se tient dans la parole de son Père. Et c’est là que se trouve pour nous le sens de cette contemplation durant le temps du carême. Nous aussi, frères et sœurs, nous devons affronter la mort à nous-mêmes : mourir à notre volonté propre lorsqu’elle nous éloigne de Dieu, mourir à notre péché ! Nous aussi nous devons entendre le Père nous encourager à donner notre vie par amour !
Mais comment le vivre si nous n’avons pas en nous cette conscience profonde de notre identité ? Cette parole qui nous donne cet élan, notre identité, c’est dans notre baptême que nous la trouvons ! Et le temps du carême doit nous permettre de retrouver le sens de notre « identité d’enfant de Dieu » donc de renaître à la conscience de notre existence de baptisés.
Oui, c’est à l’heure où nous avons été baptisés au nom du Père du Fils et du Saint Esprit, que nous avons entendu cette parole du Père nous dire : « Tu es mon enfant bien aimé. Désormais vis ton existence d’homme en vivant en « fils du Père », en baptisé ! En prenant appui sur ma présence dans ta vie, tu affronteras la mort, mais dans la mort, tu connaîtras que je suis avec toi, car je suis ta vie ! » Oui, c’est bien cela que nous confessons.
L’encouragement du Père à la Transfiguration annonce les épreuves imminentes de la passion de Jésus. Il annonce le scandale de sa crucifixion et de sa mort. La Transfiguration n’a donc pas été un spectacle, mais un entrainement à la foi, en vue des épreuves à venir.

3/ Frères et sœurs, nous avons tous besoin d’être forts pour affronter la mort !
Soit parce qu’elle vient naturellement à son heure pour nous faire naître à la vie éternelle, soit parce qu’elle est imposée dans les violences comme à certains de nos frères chrétiens d’Orient qui le vivent aujourd’hui encore. Avec quelle force intérieure allez-vous la rencontrer, allons-nous la vaincre et lui faire face ?
Naturellement, si la mort dans nos sociétés n’est plus qu’une fatalité à laquelle les gens sont invités à se résigner, si elle n’est plus une épreuve à traverser, alors il n’est plus nécessaire de s’y préparer. Alors il n’est plus nécessaire de conserver au cœur cette fantastique parole qui nous dit « j’ai vaincu la mort, et je te ferais vivre. » Et si évoquer la mort est jeter une ombre triste et inutile sur une vie que nous voudrions rêvée, alors pourquoi nous attacher au Christ, à celui qui pour nous l’a traversée et qui nous la fera traverser à notre tour ?  C’est bien là que se trouve notre carême !
Il ne s’agit pas de se corriger à la marge en essayant de vaincre nos penchants mauvais par nous-même pour nous prouver que nous sommes pas si mauvais.
Il ne s’agit surtout pas de nous convaincre qu’avec un peu de bonne volonté on peut y arriver tout seul. Le carême a pour but de goûter un peu de cette parole du Christ  qui nous dit : « sans moi, vous ne pouvez rien faire ».
Il s’agit de prendre la vie à bras le corps pour ce qu’elle est : une victoire permanente sur la mort ! Le Père est là présent, il nous parle à chacun dans le secret, il nous soutient. Bienheureuse vie spirituelle que nous sommes appelé à dilater, à renouveler ! Il s’agit de forger en nous, cette confiance sans mesure, qui fait demeurer dans l’amour du Père, amour éternel seul capable de vaincre en nous la mort ! Il s’agit donc de renaître sans cesse à ce qu’on appelle la vie de l’Esprit, la vie spirituelle, la vie de prière.h
Si la foi de l’Eglise n’atteint pas à ce niveau alors elle est vaine. C’est pour nous unir à la Pâque du Christ, que nous lui sommes unis déjà dans sa Transfiguration. C’est pour que la mort de Jésus ne soit pas un scandale, une occasion de se révolter contre Dieu, que Jésus leur ouvre l’intime de son être et leur partage cette incandescente lumière d’amour et de vie !

4/ Frères et sœurs, la vie n’est pas le contraire de la mort, et la mort l’opposé de la vie. La vie est l’amour du Père pour nous et rien d’autre. La mort est l’absence de foi en l’amour du Père et rien d’autre. Ainsi nous ne sommes pas réunis en cette basilique pour une vague idée de vie éternelle, mais pour la promesse d’un amour éternel qui nous enfante à la vie éternelle !
Ce n’est pas d’hypothèse dont le monde a besoin mais c’est de la foi d’êtres libres, confiants dans l’amour du Père. C’est de l’amour du Père dont les hommes ont besoin pour affronter chacun à son heure, le passage de la mort à la vie ! Et c’est notre responsabilité de baptisés de vivre quotidiennement cette espérance, car le Christ notre Pâque est passé par la mort pour nous ouvrir à jamais les portes de la Vie !
Il faudra donc simplement nous souvenir de cette lumière lorsque dans quelques semaines nous célèbrerons la Pâque de Jésus, nous célébrerons sa Passion. Il faudra nous souvenir alors lorsque notre heure sera venue de cette merveilleuse Lumière qui nous éclaire.

Avec Marie, Mère de la Vie, nous croyons que le Père nous prend dans son Amour et nous dit : « Tu es mon enfant bien aimé, en toi je fais et je ferais à tout jamais resplendir mon amour éternel et tu vivras éternellement ! ».

Amen.

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