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Homélie du dimanche 22 février 2015, Premier dimanche de Carême

Jésus, rené à la conscience de sa filiation dans son baptême,
repousse le Tentateur et proclame l’appel à la conversion.

Chers amis, nous venons de revisiter 3 grands moments de l’histoire biblique : le déluge et l’histoire de Noé, les tentations de Jésus au désert après son baptême par Jean son cousin, et la proclamation par Jésus de l’Evangile.

Avec l’aide de Pierre dans sa première épitre, je voudrais faire le lien entre les 3, entrer dans la cohérence de ces 3 moments que la liturgie de ce premier dimanche de carême nous propose.

1/ Le premier événement, c’est le déluge. Le déluge appartient à l’histoire biblique, il n’est pas un moment historique à proprement dit. Le déluge est un récit qui raconte cependant quelque chose de réel au niveau de l’histoire. Le récit du déluge, de Noé et de son Arche puis de l’Arc en Ciel par lequel Dieu pose le signe de son Alliance avec Noé cherche à répondre à une question que tout le monde se pose, aujourd’hui, comme hier au temps de la rédaction de ce texte. Cette question est : « comment vaincre le mal qui gangrène la terre ? » La vie des hommes défigure non seulement le projet de Dieu, mais l’homme lui-même.Cette question – soit dit en passant- est aussi celle que nous nous posons durant le temps du carême : « comment vaincre ce qui en moi fait mal, fait du mal ? » 
Le récit biblique apporte les deux réponses classiques à cette question :

- pour vaincre le mal sur la terre, vous pouvez soit éliminer ce qui lui permet de proliférer –donc  agir sur les causes extérieures à l’homme - et dans le cas de Noé, c’est le déluge d’eau et la destruction de la vie sur la terre.
- soit vous pouvez également agir à l’intérieur de l’homme en cherchant à augmenter sa capacité de résistance au mal, si tant est que les réalités extérieures demeurent, vous pouvez donc le fortifier pour qu’il n’en soit pas captif, complice – et dans le cas de Noé, c’est le signe de l’Arche dans lequel Noé va entrer et en ressortir transformé intérieurement, fortifié, ce que nous voyons et verrons en ayant une parfaite maitrise sur tous les animaux.

Allons plus loin.

Pour aider l’homme à vaincre le mal par lui-même, c’est-à-dire à résister à la tentation du mal, vous avez à nouveau deux options possibles :
-      soit vous augmenter sa force, comme nous venons de le dire,
-      soit vous le libérez de ce qui l’entrave intérieurement. Les entraves dans le cœur de l’homme s’appellent les idoles. C’est à dire ce à quoi l’homme s’attache pour sa perte, car l’idole est ce que nous pensons être « puissance de Dieu » alors que ce n’est rien.
Pour rendre l’homme plus fort, il faut non seulement le fortifier mais également le libérer de ce qui le tient captif à l’intérieur de lui-même, et là encore, le temps du carême doit nous aider à réfléchir. Nous pouvons demander à Dieu de nous rendre plus fort, mais de quoi voulons nous lui demander de nous libérer ?  
L’histoire du déluge n’est donc pas que la tentative de purger la terre du mal, il s’agit surtout de l’histoire de la filiation de l’homme, du rétablissement de sa filiation : rendre à l’homme la conscience de sa dignité et de sa vocation d’enfant de Dieu. C’est cela qui est au cœur du dessein de Dieu à travers toute l’histoire biblique et c’est bien cela qui nous réunit chaque dimanche ici.

2/ Lorsque Jésus est baptisé par Jean dans le Jourdain - c’est le deuxième moment -  les 4 évangélistes insistent sur 2 choses : sur la parole du Père, il lui dit « Tu es mon enfant bien-aimé », rappel de la filiation authentique et les évangélistes insistent également sur la colombe qui descend sur Jésus. Elle rappelle à dessein la colombe que Noé vit revenir vers l’Arche portant dans son bec un rameau d’olivier. Ce signe annonce que la terre est à nouveau sèche, qu’une création nouvelle est prête pour accueillir l’homme nouveau qui va sortir de l’Arche. Jésus est en son corps à la fois l’Arche et l’homme bon et saint à partir duquel toute la création va désormais pouvoir renaître, et être à nouveau offerte par l’homme à Dieu son auteur.
L’homme saint est donc d’abord celui qui sait qu’il a « Dieu pour père », qu’il vient de lui, qu’il va vers lui que tout lui appartient, nous compris ! Ce serait sans doute ce que nous avons de plus urgent à réaffirmer aujourd’hui, à l’heure où l’humanité cherche à s’engendrer elle-même.
Oui, l’homme que Dieu parfait intérieurement peut dire, comme Jésus le proclame :
« Le temps est accom­pli... ». Jésus est l’homme restauré intérieurement qui sait, qui n’a pas oublié et qui n’oubliera jamais sa filiation et la vocation de tout homme.
Jésus est Fils de Dieu, mais sa mission va être de vivre en homme qui s’offre parfaitement à Dieu et se laisse recevoir constamment de Lui, voilà le fils de Dieu fait homme qui révèle en tout homme le fils de Dieu caché, à venir, à naître que nous sommes, que nous sommes devenus par notre baptême. Jésus va refaire tous les cœurs de tous les hommes à partir de l’Esprit qui demeure en lui et qu’il va offrir à tous ceux qui le lui demandent : « Viens en moi Seigneur, viens refaire ce qui est déformé, viens guérir ce qui es blessé, viens purifier ce qui est souillé ».

Aussitôt après son baptême, Jésus est poussé au désert par l’Esprit. Pourquoi ? Simplement pour faire la preuve que le mal n’a plus de prise sur lui. Qu’il est en effet l’homme fortifié, l’homme libéré intérieurement. Oui, le mal est vaincu parce que l’homme n’y consent plus. Et c’est bien là notre problème à tous, et Jésus est donc notre délivrance à tous.
Comme le mal avait été submergé par les eaux du déluge, le tentateur est repoussé par cette force qui dans l’homme lui fait se tourner vers Dieu son Père. Tel est l’homme saint. Celui qui sait que « l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu ! »
Redisons-le, essayons de nous en convaincre, le mal et Satan sont et seront toujours une fausse compagnie pour l’homme.
L’évangile souligne qu’« au désert, Jésus vivait avec les bêtes sauvages », pourquoi ce détail ? Et pourquoi d’ailleurs tous ces animaux dans l’Arche s’il fallait seulement sauver l’homme ? Parce que tous les animaux que Noé a fait monter dans l’arche sont autant de puissances, de pulsions qui sont en l’homme et que l’homme doit dominer en lui. Sainte Catherine de Sienne évoque les animaux comme des facettes de l’homme : l’homme est un ours, un petit coq, un lion, une langue de vipère, une biche… S’il dompte le petit coq, le lion, l’ours, s’il maitrise la langue de vipère, s’il sait aussi devenir une biche ou surtout un agneau, autrement dit s’il atteint à la maîtrise de lui-même, l’homme est en harmonie avec toute la création.
Alors la présence des anges indique que Jésus est ce « Noé nouveau » en qui l’homme a dominé sa condition animale et peut s’ouvrir aux œuvres spirituelles en cours dans la création ;  il est au service de ce que servent sans cesse ces puissances divines que sont les anges qui sont constamment au service de Dieu.  Jésus est bien l’homme parfait sur la terre, pour prendre la route de la pleine communion divine et nous entraîner à sa suite.
Comme les cieux s’étaient ouverts pour que tombe l’eau du déluge, le ciel s’est ouvert pour que tombe la Parole, Parole du Père qui rend l’homme fort intérieurement. Dont Jésus se nourrit et se nourrira sans cesse. Parole de son Père lui disant : « Tu es mon enfant bien-aimé. » Nous n’avons pas à nous nourrir d’une autre Parole pendant le temps de carême que de cette Parole qui réalise notre baptême, « Tu es mon enfant bien-aimé. »
Ainsi les tentations de Jésus au désert que nous méditons chaque 1er dimanche de carême, nous rappelle que nous avons à nous nourrir de la Parole de Dieu, c’est ce que nous voulons faire durant le carême en nous efforçant de prier davantage d’entrer plus ardemment dans un colloque intérieur et plus fréquent avec le Seigneur : lui laisser nous parler tandis que nous lui parlons.

3/ Enfin et c’est le troisième moment, Jésus vit de la Parole de son Père, il repousse le tentateur, il se laisse tellement conduire par la Parole qu’elle le nourrie, le façonne intérieurement et elle l’entraîne. Il va alors parcourir villes et villages pour offrir la promesse de Dieu en appelant à la conversion et à la foi dans la Bonne Nouvelle.
La Bonne Nouvelle, c’est que Dieu a promis et nous l’avons entendu dans les lectures, Dieu a promis de ne plus détruite la création, mais de refaire l’homme de l’intérieur depuis son cœur. L’Arc en Ciel est le signe de l’Alliance de Dieu avec l’humanité. Noé est le témoin de la volonté de Dieu de nous sauver !
Nous nous demandions comment vaincre le mal sur la terre ? Dieu nous a donné sa réponse : il a fait son choix et la Bible nous le raconte. Il rénove l’homme de l’intérieur en lui donnant un cœur nouveau, en lui donnant le Cœur de Jésus !
C’est désormais le sens de notre union au Christ ! C’est le sens de notre baptême ! Nous l’avons reçu comme cette grâce inouïe. Dans le baptême, nous sommes plongés avec le Christ dans les eaux du déluge, dans la réalité du mal, mais nous Le laissons s’unir à nous autant que nous pouvons nous offrir à Lui pour nous rendre participant de sa nature divine.

Hier matin, et hier après-midi à Notre Dame, Mgr Vingt-Trois a accueilli et a appelé les 414 catéchumènes qui recevront le baptême dans les 105 paroisses de notre diocèse. Parmi eux, Barbara et Matthieu qui sont parmi nous et qui portent leur écharpe violette qui se transformera dans la nuit de Pâques dans une écharpe blanche dans ce vêtement nouveau. Prions pour eux, afin que leur cœur déborde de joie. Mais prions aussi pour que nous baptisés puissions aussi vivre plus intensément la grâce de notre baptême, pour que nous puissions nous aider les uns les autres à redécouvrir de quelle grâce nous vivons, de quelle espérance d’amour, l’amour dont Dieu nous aime, de quelle espérance nous vivons. Comme Jésus, nous pourrons alors annoncer cette bonne nouvelle que le monde attend. N’ayons pas l’audace de croire que le monde s’en moque, que c’est alternatif.  Chaque jour, l’actualité nous le rappelle, nous crie l’urgence de ce besoin de nous dire, « mais comment l’homme sera-t-il ainsi sauvé ? » Oui, ce n’est pas, parce que tout ira mieux demain, que l’homme à force de ses progrès sera parvenu à vaincre le mal et la mort mais parce que l’homme va enfin réagir, s’ouvrir à l’amour que Dieu lui offre en Jésus pour venir le libérer. 

Lui Jésus qui est l’unique Sauveur de tous les hommes à la Gloire de Dieu son Père et notre Père. Amen.

Père Laurent Stalla-Bourdillon
Basilique Sainte Clotilde
Dimanche 22 février 2015 

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