sliderhome

Homélie du dimanche 4 mai, 3ème dimanche de Pâques

Les disciples d'Emmaüs et le baptême

1/ Frères et sœurs, ce récit des disciples d'Emmaüs vient clore le récit de la Bonne Nouvelle. Ce récit est emblématique de l'Evangile mais également de notre vie. Il représente le « miroir » de notre propre chemin. La vie est souvent comprise à partir de ce qu'elle nous apparaît.

Après la mort de Jésus, les disciples commentent les évènements qui se sont déroulés. La mort est comme souvent objet de « commentaires », mais la mort de cet homme, dans son sens profond, ils ne la comprennent pas. La vie semble sans but, comme le dit saint Pierre, si la mort triomphe. Et précisément, la profondeur de ce qui se déroule dans nos vies, en vérité, nous échappe.
Jésus s'approcha d'eux, il marchait avec eux. Sur nos chemins, dans nos vies, il y a des présences qui nous libèrent de la vie sans but. Nous sommes tous les uns pour les autres, des motifs de joie, car nous vivons d'abord pour les autres : quelqu'un sur votre route donne un sens à votre vie.
« Leurs yeux étaient aveuglés et ils ne le reconnaissaient pas ». Ce que leurs yeux voient ne leur donnent pas immédiatement accès à la personne, à l'identité de ce compagnon de route. Il en est de même pour chacun de nous. Nous nous voyons, mais nous ignorons ô combien le grand mystère qui se déroule en nous. Nous avons une identité « sociale », mais l'identité la plus profonde, celle que le Christ révèle et celle que le Christ communique, nous ne la voyons pas. Nous sommes « enfants de Dieu », c'est notre identité la plus profonde. Reconnaissons que nous sommes nous même comme ces disciples sur la route, rencontrant de nombreuses personnes, nous devons apprendre à comprendre que notre prochain est toujours plus grand que ce que je perçois de lui.







La reconnaissance arrive en deux temps. Dieu lui-même se fait reconnaitre. Le texte grec dit : « leurs yeux furent ouverts ». C'est un passif, c'est donc l'œuvre de Dieu. La Foi est un don. Le premier temps de cette reconnaissance vient à travers l'écoute de la Parole. Partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur expliqua les Ecritures et tout ce qui le concernait. Alors, comprenons bien, il faut écouter quelqu'un qui nous raconte l'histoire sainte, l'histoire de la Révélation, l'histoire du Christ. Il faut des parents, des grands parents, des oncles et des tantes, des parrains, des marraines qui racontent des histoires et pourquoi pas leurs histoires ! Car il est vrai que Dieu parle dans chacune de nos vies et il est vrai que le sens de votre vie peut éclairer le sens de la leur, de ces enfants qui sont eux-mêmes en quête de sens.

Ce retour de l'histoire que Jésus opère, ne produit pas de reconnaissance immédiate, mais prépare le cœur. C'est parce que je suis formé et conscient qu'il y a des quantités d'existences dans notre histoire commune dans la grande famille humaine, comme celle des deux papes qui ont été canonisés dimanche dernier, que nous pouvons comprendre que quelque chose s'écrit dans la « chair » de chacune de nos vies. L'histoire rend le cœur tout brûlant. C'est la condition, à partir de laquelle la reconnaissance va se réaliser. Et cette reconnaissance s'opère à partir du geste de la bénédiction, de la fraction du pain qui leur est donné par le Christ. Jésus, à cet instant les plonge dans son cœur, lui qui n'est que pure action de grâce et don de soi. Leurs yeux voyaient l'homme, mais ne reconnaissaient pas leur Seigneur. A travers la bénédiction, leurs cœurs reconnaissent le Seigneur qui les aiment, mais leurs yeux de chair ne peuvent pas atteindre à ce niveau de perception. La présence de Dieu et son amour ne sont pas objet de constat que nous pourrions faire avec nos yeux. La présence de l'Amour de Dieu est objet de foi ! Et c'est dans notre cœur que nous expérimentons sa présence.

Ainsi le but du récit est ici : Dieu ne fait pas nombre avec ce monde, comme s'il était là. Dieu existe en ce qu'il donne vie à ce monde. Désormais, celui qu'ils avaient devant eux, ils le portent en eux, ils sont en Lui par la fraction du pain et Lui est en eux. Il saisit leurs vies et les transforme en témoins : « et ils repartirent aussitôt vers Jérusalem. »
2/ Dans un instant, un petit garçon Alphonse, va vivre ce grand mystère et nous avec lui. Il va grandir dans une société qui a oublié Dieu, une société où l'homme a pris la place de Dieu, oublieuse de ce que l'homme vit pour Dieu et par Dieu. Hélas, aujourd'hui, les hommes pensent vivre par eux même et donc pour eux même. Alphonse, par la grâce de son baptême saura, qu'il n'est pas maitre de sa vie, qu'il en est bénéficiaire et que Dieu l'accompagne sur le chemin de cette vie. La société dans laquelle il va grandir, cependant, est accompagnée d'une présence, indéfectible présence, signe de l'Amour de Dieu, l'Eglise qui comme une mère, peut être comme une grand-mère raconte l'histoire du Christ et le fait rencontrer. L'Eglise qui rassemble l'humanité en une seule famille, œuvre divine, jamais achevée, labeur béni que le Seigneur nous confie !

Le Christ va à la rencontre de ces pèlerins d'aujourd'hui qui marchent tristes « sans but » clair dans leur existence. Le Christ va à leur rencontre lorsque nous les accompagnons sur leur route sans but. Par le baptême, nous ne sommes pas simplement devenus chrétiens, mais nous sommes devenus « Christ » pour être avec Lui médiateur du visage de Dieu ! C'est la grâce de votre baptême ! Le Christ se rend présent à travers ses témoins. Et vous êtes ses témoins porteurs de la Bonne Nouvelle, de la victoire sur la mort pour tous les hommes de ce monde qui se demandent si la vie vaut la peine d'être vécue. Ce que nous recevons à l'autel est la personne de Jésus qui nous transforme en Lui. Celui que nous consommons à l'autel, nous devons le consommer jusqu'au bout en acceptant que Dieu livre en nous et à travers nous le témoignage de son Amour, œuvre magnifique, car le Seigneur ne cesse de nous donner la force nécessaire pour le faire. Vous êtes présence de Dieu, à ce monde puisque le Christ est présent en vous.

Imaginez que Pierre le jour de la Pentecôte, prie la parole et dit ce mystère « d'une voix forte » ! Il faut faire entendre d'une voix forte cette Bonne Nouvelle. Que le Seigneur fasse de nous des témoins de la joie pour cet enfant qui va recevoir le baptême, mais également pour tous les enfants qui attendent le témoignage du sens bienheureux de leur vie. Puissions nous conserver dans notre cœur cette parole magnifique du psaume : « Tu m'as montré le chemin de la vie, tu me rempliras d'allégresse par ta Présence. »

Père Laurent Stalla-Bourdillon
Basilique Sainte Clotilde
3ème dimanche de Pâques – 4 mai 2014

Media

Contact express