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Homélie du dimanche 23 mars 2014, 3ème dimanche de carême

La rencontre de la femme samaritaine

1/ Frères et sœurs dans ce long passage de l'Evangile, l'Eglise nous invite, tandis que nous faisons route vers la joie de Pâques, à entendre, à redécouvrir plus profondément ce que le Christ est venu révéler à l'humanité. De quoi est-il question dans cette Evangile ? Et au fond de quoi est-il question dans la totalité de la vie chrétienne ? Dans la mission de l'Eglise, de quoi avons-nous le plus besoin ? C'est à partir de cette question que nous pouvons comprendre ce que le Christ accomplit. Il est ici question de la révélation d'une identité : « Qui sommes nous ? Qui est le Christ ? » Cette question ne vous semble peut-être pas essentielle, car nous avons une identité et celle-ci nous suffit bien. Hélas, lorsque nous découvrons dans l'Evangile que les Samaritains et les Juifs s'attachent à leur identité respective, elles sont une barrière et ils ne se parlent pas. Il y a bien un immense défi, un immense trouble, une immense peine. C'est que dans l'humanité, dès l'instant où nous n'accueillons pas l'identité du voisin, nous ne sommes plus capables de communier à sa vie. Les Samaritains étaient les descendants des colons, ces étrangers envoyés par le roi d'Assyrie au VIIIème siècle avant Jésus Christ, lorsque le peuple était envoyé en déportation, les colonisateurs étaient venus et étaient restés et depuis, ces Samaritains étaient écartés du Temple de Jérusalem. Alors ils priaient sur leur montagne, le mont Garizim, dans les monts de Samarie, dans un paysage magnifique. Habituellement, les juifs contournent cette région pour ne pas les rencontrer. La Samaritaine s'étonne donc, que Jésus qui est juif lui parle. Tout l'Evangile brise cet à priori de l'identité et nous annonce que le Samaritain « a le beau rôle ». Cette femme, Jésus lui parle, et dans la parabole du bon samaritain, Jésus fait fi de cette identité première, qui est un obstacle a la découverte d'une identité plus profonde que nous sommes tous, celle d'être enfant de Dieu.
Alors ce passage de l'Evangile de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine est un passage « charnière », il est toujours écouté et médité pendant le carême et nous oriente vers Pâques. Saint Augustin, disait de cet Evangile, que « chaque mot nous fait signe et nous appelle ». Jésus veut nous conduire, et nous emmener d'un endroit à un autre. Regardons cette rencontre.


2/ Jésus est fatigué par sa longue marche, il s'arrête sur sa route au bord d'un puits ; une femme vient, il n'est pas l'heure de puiser de l'eau. Cette femme est « décalée » ! Cette femme est « décalée » par sa vie, elle ne veut pas rencontrer les autres femmes du village. Si elle voulait puiser de l'eau comme tout le monde à la bonne heure, elle partirait tôt le matin à l'heure fraîche. Mais justement, elle choisit de venir au puits à l'heure où elle est sûre de ne rencontrer personne. Elle est décalée dans les horaires, car elle est décalée dans sa vie. Quelque chose s'est brisée sans doute en elle. Elle a une soif d'affectivité, elle a des maris les uns après les autres. Dans ce petit village, elle ne veut surtout pas rencontrer les autres femmes qui la connaissent et qui sans doute la juge. Alors, elle est là, et elle rencontre un homme qui a soif et qui lui demande à boire. Immédiatement, le texte nous emmène dans une sorte d'équivoque, un quiproquo. Il y a la soif première, celle de nos corps, celle de nos besoins physiques et c'est celle-ci que nous voyons tous. Et puis, il y a cette autre soif qui est beaucoup plus profonde : soif de vivre, soif de raisons de vivre, soif de pouvoir donner un sens à cette existence ; soif vitale et soif originelle, et bien sur, c'est cette soif dernière que Jésus vient étancher dans le cœur de cette femme. Comment pourra-t-elle découvrir ce qu'elle porte en elle ? Comment pourrons-nous, découvrir ce que tout être humain porte en lui à l'intime de nos cœurs, une source merveilleuse capable de répondre à l'appel de Dieu : « donne-moi à boire, donne-moi à boire de ton amour, donne-moi à boire ta confiance en moi, donne-moi à boire le fait que tu crois que ce monde a un sens et que ta vie est entre mes mains. Donne-moi à boire, fais moi confiance ». Cette femme ne parvient pas à entendre cela. Et pour que Jésus parvienne à lui faire découvrir ce qu'il y a de plus profond dans son cœur, Jésus va la renvoyer à la totalité de sa vie et va lui dire : « Appelle ton mari. » C'est toute la vie de cette femme qui est saisie à cet instant. « Je n'ai pas de mari ». « Tu dis vrai, tu as eu cinq maris, et celui que tu as, n'est pas ton mari. » Cette femme est bouleversée car elle est soudainement plongée dans la vérité de son être. Mais l'homme, à qui elle parle, est un homme qui ne la juge pas. Elle fait l'expérience bouleversante de la vérité dévoilée et de l'Amour qui l'enveloppe. Cet homme ne serait-il pas le Messie, Celui qui connait toutes choses comme on l'annonce ? Cet homme connait toutes choses, et il continue à me parler, il est différent de tout ceux qu'elle cherche à fuir. Alors, elle peut découvrir ce qu'elle porte en elle.
Jésus révèle que le puits duquel il veut boire l'eau, l'eau qui seule peut étancher la soif de Dieu, vient du cœur humain. Il n'y a que deux moments dans l'Evangile où Jésus révèlera sa soif ici avec la Samaritaine et lorsqu'il sera en croix : « J'ai soif. » Lorsque nous découvrons que nous portons en nous une capacité merveilleuse d'aimer qui vient de Dieu, alors le Christ peut nous communiquer l'eau vive qui vient irriguer notre cœur et cette eau n'est plus de l'eau. Cette eau est l'Esprit Saint. Pour que nous ayons la force d'aimer, il faut que Dieu vienne aimer en nous.

3/ Frères et sœurs, si nous savions ce que nous sommes vraiment dans le regard de Dieu et dans le cœur de Dieu. Naturellement, lorsque nous suivons l'actualité de nos vies, l'actualité de l'humanité à travers les différents évènements qui jalonnent les semaines, nous sommes tenter de passer à coté de cette réalité profonde qui nous constitue. Mais nous sommes tous comme la Samaritaine à nous demander, au fond quel est le sens de cette vie ? Pourquoi peinons-nous ? A quoi bon accaparer, accumuler tant de choses ? N'est-ce pas en vérité de savoir ce qui est en jeu pendant le temps de nos vies aussi brève ou longue soit-il, qui est important ? Et le Seigneur est là. Je voudrais vraiment que nous ayons conscience que le Seigneur nous rejoint et se trouve assis à nous attendre dans tous nos lieux où nous sommes « décalés », parce que c'est précisément par là où nous sommes pêcheurs que le Seigneur nous attend pour nous rattraper et pour nous reprendre.
Qui peut comprendre l'enjeu de cette rencontre ? Les disciples reviennent. Ils voient Jésus parler, tout leur a échappé de la profondeur de leur échange. Et cependant, Jésus va leur donner à eux aussi, une occasion d'entrer avec elle dans le mystère même de la profondeur. Ils étaient partis acheter de quoi manger et Jésus va leur dire : « ma nourriture, je l'ai. » Alors la question se pose, « quelqu'un lui aurait-il donné à manger ? » « Ma nourriture, dit Jésus, est de faire la volonté de mon Père qui est aux Cieux. » Nous ne sommes jamais aussi nourris, aussi consistants dans nos existence, que lorsque nous comprenons que nous sommes appelés à réaliser l'œuvre de Dieu. Et cela doit être non pas une peine ou un fardeau, mais une joie ! Car nos vies trouvent leur réalisation, tandis que nous nous attachons à l'œuvre que Dieu nous confie : faire sa Volonté, aimer, servir et peut être même aller jusqu'à cette audace de croire que nous sommes capables pendant le temps de nos vies d'être réellement présence, visage de Dieu sur la terre. Je ne le redirais jamais assez : Dieu nous ne le voyons pas, mais il se donne à voir à travers vous ! Nous devons avoir l'audace de le croire. Comment dire : « Je t'annonce un Dieu qui t'aime, mais moi, je ne t'aimerai pas ? » Au contraire, il faut que les autres puissent nous dire « Aime-moi et je connaitrai le Dieu qui m'aime ». En cela tous les baptisés sont mis au défi de devenir ce qu'ils sont devenus dans leur baptême : prophète, parole vivante de Dieu, témoin de sa présence.

4/ Dans un instant, sur l'autel, le Christ va se donner à nous, il va se faire notre nourriture, cela veut dire que nous allons entrer avec Lui dans l'accomplissement de la volonté de Dieu. L'Eglise et vous, tout au long de cette semaine qui vient, aurez la mission, là où vous serez, comme des témoins de la révélation de cette identité profonde que nous sommes. Dans cette conversation avec la Samaritaine, Jésus est allé la chercher. Essayons d'aller chercher nos contemporains, pour pouvoir avec eux, parler au fond des choses, de la vérité. Essayons de ne pas rester en surface des réalités. Essayons bien simplement et humblement de revenir aux réalités essentielles de nos vies. C'est à cette condition que nous pourrons entrevoir la beauté de nos vies, entrevoir la présence de Celui qui ne cesse pas de nous accompagner. Que le Seigneur qui vient sur l'autel renouvelle chacun de vos cœurs, et vous donne cette joie immense de vous découvrir aimés, comme la Samaritaine est aimée. De découvrir aussi comme elle, que vous êtes envoyés, comme elle a été envoyée, comme elle est devenue sans crainte, une missionnaire, missionnaire de la présence de Celui qui nous appelle tous à la joie véritable. Amen.

P. Laurent Stalla-Bourdillon
Basilique Sainte Clotilde
Dimanche 23 mars 2014

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