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Homélie du dimanche 2 février 2014, présentation de Jésus au Temple

Fête de la Présentation de Jésus au temple
Dimanche 2 février 2014

Un enfant, frère et sœur, cela ne se fabrique pas, cela se reçoit. Un enfant cela ne se choisit pas, cela s'accompagne tout au long des aléas de la vie, qu'il accomplisse tous les rêves que l'on a pu former autour de lui ou bien qu'il les déçoive en partie ou même en tout. Un enfant, c'est à recevoir d'au-delà de nous-mêmes. Nous savons cela frères et sœurs, chrétiens, d'une certaine façon que nous le voulions ou non, cela appartient en quelque sorte à l'essence même de la vie, du monde, de l'être, de ce que c'est « qu'être un être humain ». Et l'on peut nous expliquer toute sorte de belles choses, nous sentons intérieurement sans avoir besoin de beaucoup réfléchir, qu'il y a là une vérité qui dépasse tous les arguments que l'on peut fabriquer. Nous savons cela à cause de cet enfant qui il y a deux milles ans, a été présenté un jour dans le temple de Jérusalem comme cela nous a été rappelé par l'Evangile proclamé. Cet enfant était un enfant unique, un enfant inimitable, mais nous savons bien que ce que cet enfant représente, nous éclaire sur la condition de tout être humain.
Saint Luc, dans son Evangile, met ensemble, la purification de la mère, quarante jours après la naissance d'un garçon, et le sacrifice apporté pour le rachat d'un premier né. Pourquoi la purification ? Non pas, parce que la naissance d'un enfant aurait souillé la mère, bien au contraire, en devenant mère, elle accomplit quelque chose de son être, mais parce que le peuple d'Israël sent très profondément qu'en ayant accueilli une vie humaine dans son sein, une femme a touché la vie, d'une manière très intense et que ce mystère, cette réalité de la vie, qui passe par l'engagement complet de la mère au service de celui qui se présente. Ce mystère de la vie vient de bien au-delà des hommes et conduit bien au-delà d'eux. Et pourquoi le rachat ? Car le peuple d'Israël alors qu'il était voué à la mort, par la décision de Pharaon, que soient tués tous les enfants mâles du peuple hébreux, a été arraché à cette mort en Egypte à main forte et à bras étendu par la puissance de Dieu au prix de la mort de tous les premiers nés des Egyptiens.

Et ceci nous éclaire par la présentation au Temple. L'enfant est présenté ce jour là par Marie et par Joseph. Il est celui qui vient pour rendre vivant tous les hommes. Il est cet enfant, celui qui vient pour ouvrir à tous les vivants la promesse que la vie terrestre est faite pour déboucher dans la vie encore plus intense. Il est cet enfant, non seulement le signe mais l'artisan du salut qui fait que la vie des hommes présents sur cette terre n'est pas simplement vouée à la mort mais appelée à passer de la vie à la vie plus pleine encore. Et ainsi, nous est révélé que tout enfant des hommes est la promesse que la vie humaine est faite pour déboucher sur la vie encore plus humaine et encore plus vivante. Tout enfant des hommes est un don fait non seulement à ses parents, mais à toute l'humanité. Tout enfant des hommes est une promesse faite, non seulement à ceux qui l'ont conçu, le voulant ou ne le voulant pas, y pensant ou n'y pensant pas mais à toute la communion des hommes pour que la vie et la vie pour toujours soit plus vivante que ce que nous pouvons imaginer.

Alors, frères et sœurs, la coïncidence du calendrier fait que nous pouvons célébrer la présentation, d'habitude discrète, dans la solennité d'un dimanche. Et il se trouve que peut-être les différents aspects de ce mystère du Christ ont quelques actualités qui peuvent éclairer nos comportements. Mais il vaut la peine de s'arrêter pour contempler un peu cet enfant qui est présenté par ses parents dans le temple. Beaucoup d'enfants des juifs sont entrés dans le temple de Jérusalem portés par leurs parents. Mais celui-là le fait avec un degré de vérité que nul ne peut égaler car il est lui, Celui dont l'être même est de se mettre à la disposition du Père pour que s'accomplisse la volonté de Dieu sur les hommes.

L'épitre aux Hébreux nous aide à le contempler en nous invitant à regarder la chair, l'humanité même la chair que cet enfant a pris. Il ne vient pas cet enfant simplement pour donner des idées aux hommes, il ne vient pas cet enfant pour rappeler ou préciser des préceptes moraux, il vient pour s'offrir Lui-même, jusque dans son corps. Il vient pour faire de sa chair même le don fait à tous les hommes pour qu'ils vivent.
Ceux ne sont pas les idées qui sauvent le monde, même s'il faut des idées, ceux ne sont pas des préceptes moraux qui rendent les hommes meilleurs, même s'il faut des préceptes moraux, c'est le don de soi dans des gestes parfois très humbles et parfois très radicaux. C'est le don de soi dans les gestes concrets de notre existence. C'est cela qui nous rend bon, c'est cela qui nous rend porteur de vie pour ceux qui nous entourent. C'est cela qui donne du prix, du goût, de la valeur à la vie humaine. C'est cela qui donne qui fait que la vie humaine a une valeur pour l'éternité.

Cet enfant qui entre dans le temple n'est pas seulement un messager qui vient porter un message de l'extérieur. Il est à la fois le messager annoncé par le prophète Malachie mais il est aussi le message lui-même. C'est lui qu'il s'agit de recevoir, c'est par Lui qu'il s'agit de se laisser éclairer, c'est par Lui qu'il s'agit de se laisser saisir pour avoir part à la vie telle qu'il veut nous la donner.
Et, nous en entrant en procession avec nos cierges allumés, nous avons manifesté, nous manifestons que nous le reconnaissons comme le messager de Dieu et comme le message même de Dieu, comme Dieu même venu dans notre chair pour tirer les morts vers la Vie, pour tirer les hommes mortels vers la Vie pour toujours, pour nous arracher à l'esclavage du péché et nous ouvrir le chemin de la Sainteté. La lumière qu'Il apporte nous déroute parfois, parce qu'elle vient révéler des profondeurs de notre cœur que nous préférerions quelques fois ne pas voir. Et parce qu'elle éclaire devant nous des chemins qui ne sont pas ceux auxquels nous attendions, qui peuvent parfois nous effrayer. Le salut qu'il nous apporte, ou la manière dont il va nous sauver, peut nous surprendre parfois car il ne nous débarrasse pas de toutes les épreuves de la vie. Mais il vient pour nous rendre plus fort dans les épreuves et dans la mort, nous rendant vivant, plus vivant encore dans les épreuves et dans la mort elle-même.

Alors nous avons besoin de nous aider les uns, les autres à recevoir ce messager, ce message. Nous avons à nous conforter les uns les autres comme Siméon et Anne, ont en quelque sorte par leur double témoignage, conforté Marie et Joseph qui s'émerveillaient de ce que l'on disait de l'enfant.
C'est le mystère de la vie paroissiale, c'est que nous nous aidions mutuellement à accueillir ce Sauveur et à vivre de sa lumière. Et au milieu de la paroisse, au milieu de l'Eglise c'est aussi le sens de la vie consacrée dont ce jour est la fête. C'est le sens de toutes les personnes consacrées qui se font comme des lumières pour les autres pour attester comme Siméon et comme Anne que cet enfant là , ce messager là, mérite qu'on le suive jusqu'au bout, que l'on se donne à Lui dans sa chair, que l'on se laisse éclairer jusque dans toutes ses profondeurs par sa Lumière.

Peut-être, frères et sœurs, l'avez-vous remarqué, dans le Temple, cet enfant n'est pas accueilli par le grand prêtre, mais par un vieillard poussé par l'Esprit Saint dont on ne sait d'où il vient et par une femme qui était considérée comme une prophétesse mais que peut-être le clergé de l'époque, le clergé du Temple pouvait parfois considérer comme une « vieille folle ». Ce ne sont pas toujours les autorités, ceux ne sont pas toujours ceux qui ont mandat pour le faire qui reconnaissent le mieux la venue du Sauveur, la venue de la lumière, la venue du messager. Ils ont parfois un temps de retard. Mais nous-mêmes, nous tous, nous sommes envoyés dans le monde pour vivre de cette Lumière et pour nous laisser conduire vers ce Salut. Autour de nous, certains comprennent ceux que nous vivons et d'autres ne le comprennent pas. Certains l'admirent et l'envient et d'autres peuvent le refuser. Il arrive parfois qu'en chacun de nous, l'épaisseur de notre chair cache ou rende opaque la lumière que pourtant nous portons. Et cependant, nous devons oser porter cette lumière et vivre de ce Salut au milieu des hommes. Nous ne savons jamais pour nous-mêmes quand et comment le messager va faire irruption dans nos vies, et nous ne savons jamais quand et comment nous sommes des messagers de la bonne nouvelle pour ceux et celles qui nous entourent et que nous rencontrons. Osons donc frères et sœurs, nous aidez mutuellement, tout au long de l'année et des jours, à accueillir la Lumière du Seigneur Jésus Christ sur ce qu'il y a de plus décisif dans nos existences. Osons laisser ce Sauveur nous pousser là où nous n'avions pas forcément imaginer à aller. Comptons sur l'aide et la charité des uns et des autres pour nous aider à avancer. Sachons reconnaitre le signe que nous donne la vie consacrée. Et avec Siméon et Anne, osons croire que cet enfant là est vraiment la gloire d'Israël et la Lumière des nations. Amen.
Mgr Eric de Moulins-Beaufort - Dimanche 2 février 2014 - Sainte Clotilde

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