sliderhome

Homélie pour le Baptême du Christ

« Fils de Dieu dans l'amour du frère »
Homélie pour la fête du baptême du Christ
Isaïe 42,1-7; Ps 28; Actes 10,34-38 Mt 3,13-17

Chers amis,
Cette fête du baptême du Christ nous permet de comprendre l'émerveillement des mages que nous célébrions dimanche dernier. Les mages sont venus de loin pour l'adorer et c'est aujourd'hui dans le mystère de son baptême que nous comprenons vraiment pourquoi. Tout le mystère du Christ est là ! Et si le Seigneur nous fait la grâce de nous rassembler ce matin pour célébrer son Amour pour chacun de nous, alors aujourd'hui nous devons nous laisser renouveler intérieurement par l'Esprit-Saint pour devenir davantage ce que nous sommes par notre baptême. Il me faut tout de suite distinguer et vous inviter à distinguer le baptême que Jésus a reçu de Jean Baptiste et le baptême que vous avez reçu.
.1. Jean-Baptiste était un homme saint, un prophète qui interrogeait ses contemporains et leur annonçait ce que le cœur désire au plus profond de lui-même : la possibilité que quelqu'un vienne me libérer et pardonner mes péchés. C'est une angoisse très profonde qui saisit tout cœur humain lorsque nous savons que nous devons vivre avec le mal qui habite en nous sans savoir si quelqu'un pourra nous pardonner ou nous purifier ou nous relever comme nous délester de ce qui nous pèse intérieurement. C'est une œuvre de vérité que Jean Baptiste réalisait et les foules venaient à Lui car cet homme annonçait la miséricorde qui vient. Pour recevoir la miséricorde il faut se reconnaitre pécheur, c'était donc des pécheurs qui venaient. Lorsque Jésus arrive, Jean Baptiste comprend qu'il est lui pécheur et doit être sauvé. Mais Jésus lui dit : « Laisse faire. » Et Jésus lui enseigne et lui montre que l'amour du Christ consiste à rejoindre les pécheurs et à s'unir à eux. Le Christ nous aime non pas parce que nous sommes sans péché, mais parce que nous sommes pécheurs. Et nous devons consentir à ce que le Seigneur nous aime parce que nous sommes pécheurs. Il faut qu'il y ait en nous un ardent désir de l'appeler. C'est difficile, nous n'imaginons pas que le Seigneur nous aime à ce point. Le Seigneur vient et descend dans l'intime de chacun de nos cœurs et y répandre une Lumière et un Amour qui nous sauvent du mépris de nous-mêmes, qui nous sauvent du mépris des autres, du mépris de l'histoire. Tant que l'humanité ne s'ouvre pas à une paix qui vient de Dieu, elle s'enferme, elle essaie tant bien que mal d'effacer par elle-même le mal qui la tient.

.2. Le Christ est envoyé vers les hommes pour les aimer, il descend dans le Jourdain, nous voudrions qu'il descende dans le Jourdain de notre cœur ; le mot « Jourdain » veut dire « celui qui descend » ; ce fleuve qui entraine toute cette mort qui se tient en nous vers la mer morte. Le Christ descend dans notre obscurité et vient nous dire qu'il nous aime. Il vient assainir ces eaux et rendre la vie. « Viens Seigneur, tu es descendu pour moi, tu es venu pour moi, car tu m'aimes, car tu me connais ». Il y a donc en chacun de nous, un lieu très précis, où nous pouvons aujourd'hui demander au Christ de descendre. C'est pour cela qu'il est venu. Tandis qu'il aime le pécheur, il accomplit vraiment sa mission, et nous entendons à ce moment là la voix du Père dire : « Celui-ci est mon Fils bien aimé ». Lorsque Jésus aime le pécheur, il déclenche la Parole du Père qui lui dit : « Oui c'est Toi mon Fils ». « Mon Fils » est toujours présent, là où un homme aime son frère ! Si cela est vrai du Christ, cela est vrai pour chacun de nous lorsque nous aidons un frère à sortir de ces flots mortifères qui nous entrainent.

.3. L'Eglise ainsi comprend sa mission, elle est présence et amour du Christ pour l'humanité toute entière. Elle n'est pas là pour juger l'humanité qui s'enferme dans un refus de Dieu, mais elle est là pour l'accompagner, pour lui donner jour après jour à temps et à contre temps, cette Parole qui révèle l'homme à lui-même et qui lui révèle une grandeur qu'il n'ose plus espérer. Mais la clé, que nous avons à vivre pour que le monde puisse en vivre, s'appelle l'humilité. L'humilité de cette condition de pécheur qui faisait que les hommes et les femmes venaient à Jean Baptiste et se reconnaissaient pécheurs. Vous savez combien aujourd'hui, dans notre société tout est fait pour nous dissuader d'exprimer nos détresses, nos peines. Il vaut mieux dire que tout est permis, plutôt que de dire que tout n'est pas possible et que tout n'est pas sans conséquence. Nous avons à accepter cet ordre des choses qui nous conduit à la vie. Telle est la mission de l'Eglise, telle est notre mission de chrétien. Alors nous devons demander au Christ de nous entrainer.

.4. Si le Christ a reçu le baptême de Jean-Baptiste pour exprimer l'Amour irrévocable et inconditionnelle pour sauver l'homme, nous sommes baptisés dans cette descente. Il nous entraine alors avec lui dans cette descente. Nous n'avons pas à nous considérer nous-mêmes comme atteint par la lèpre du pécheur. Nous avons à considérer que nous lui apportons la lumière qui nous sauve, qui lui donne de penser que l'horizon de nos vies est plus vaste que nous ne pouvons le penser. Si le péché nous tient, il n'est pas le dernier mot de nos vies. Mais que dans les bras du Père nous sommes toujours un enfant bien-aimé, un être nouveau. Le Christ nous demande de lui donner nos bras, de lui donner nos communautés, de lui donner tout ce que nous pouvons être les uns et les autres pour que cette génération et les générations suivantes comprennent que Dieu n'abandonne pas l'histoire des hommes. S'il ne nous appartient pas de forcer la décision de nos contemporains, il y a quelque chose qui peut les interpeler plus profondément encore que la force, c'est la douceur, la bienveillance, la patience. Et cette certitude qui est établie en nous, qui revient à dire que le dernier mot est à Dieu, car ce monde est à Dieu, car nos vies sont à Dieu.

Que le Christ aujourd'hui vienne renouveler chacun de nos cœurs. Tandis que nous formulerons tout au long de cette semaine, tout au long de cette année, le désir de nous donner à nos frères, croyons que nous entendrons, que nous ferons entendre la parole du Père : « Celui-ci est mon enfant bien aimé », que l'Esprit Saint viendra et descendra sur nous, qu'il bénira chacune de nos communautés chrétiennes. L'Eglise n'a pas à réinventer sa mission, elle la reçoit du Christ, elle est le Christ ! Puisse Celui qui se fait pain de nos vies, pour nous dans cette Eucharistie, nous donner cette force nécessaire et cette joie qui n'a jamais quitté son cœur, car il sait que, aussi souvent qu'il s'approche du pécheur, qu'il s'approche de l'être blessé, son Père exulte et nous entend. Qu'il nous bénisse tous ensemble. Amen.

P. Laurent Stalla-Bourdillon
Dimanche 12janvier 2014
Basilique Sainte Clotilde

Media

Contact express