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Homélie du dimanche 18 mars 2018, 5ème dimanche de carême

L’image du grain de blé révèle la vraie nature de notre vie

1/ Frères et sœurs, la fête de Pâques que nous nous préparons à célébrer, est la révélation la plus décisive et la plus nécessaire pour toute l’humanité ; elle nous fait découvrir la part cachée de notre humanité. Il y a en nous, un dynamisme spirituel, une force de vie qui est en nous sans nous, dont, seuls, nous sommes absolument incapables de comprendre la signification. Le drame de l’humanité est qu’elle est dans l’ignorance, de ce que signifie son existence, sa nature propre.
Notre grande difficulté consiste à ne pas pouvoir voir profondément les choses ; nous ne parvenons pas à donner de la profondeur aux réalités que nous vivons, et même de la profondeur au monde dans lequel nous sommes. Nous sommes victimes d’une redoutable illusion sur nos vies que nous voyons et que nous interprétons à la lumière de ce que nous voyons. Or, ce que nous voyons, ne nous permet pas de comprendre le fond des choses. Pour comprendre, il faut que quelqu’un nous explique. Nous interprétons correctement les choses, si quelqu’un nous parle et nous permet, à la lumière de sa parole, de comprendre plus profondément ce que nous voyons. Car la grande illusion consiste à imaginer que les choses parce que nous les voyons, sont immédiatement compréhensibles. Nous les interprétons à la lumière de ce que nous voyons. Qu’est-ce que la vie d’un homme ? C’est comme une plante, cela pousse, et cela meurt, cela se nourrit, cela se reproduit, et nous sommes donc dans l’impossibilité de voir la profondeur qu’il y a dans le cœur de l’homme, qui se distingue de tous les êtres vivants. Nous sommes donc dans l’impossibilité de donner du sens et de la profondeur aux réalités matérielles qui nous entourent, à la nature elle-même, aux espèces, aux plantes, à la profondeur de l’univers. Il faudrait donc que le monde qui nous environne, ne soit pas marqué par une profonde rationalité, c'est-à-dire une cohérence, un sens. Or ce monde extérieur, nous parle en vérité, beaucoup plus que nous le pensons, mais nous ne savons pas le lire.
    2/ Donc, la fête de Pâques est la révélation qui nous permet de découvrir ce qu’il y a en nous. Et, ce passage d’évangile entendu, nous montre Jésus quelques jours avant sa Pâque. Un évènement survient : une parole lui parvient, qui est pour lui, le signal de ce que l’heure de sa Passion arrive, le moment où le Fils de l’homme doit être glorifié. Que veut dire : « le Fils de l’homme doit être glorifié » ? Cela veut dire révéler définitivement ce qu’il y a dans l’homme. Et pourquoi dit-il ? : « Le moment est venu » ? Parce qu’il voit que des grecs arrivent à Jérusalem. Toute une sphère de pensée arrive dans une autre sphère de pensée, pour dire : « nous voudrions voir Jésus. » Il y a dans votre tradition, des choses que nous aimerions connaitre. Alors le Messie d’Israël, qui est venu pour toute l’humanité, comprend à cet instant que d’autres, qui ne sont pas de cet enclos, veulent le voir.
3/ Qu’y a-t-il à voir en Jésus ? Que veut dire « voir Jésus » ? On peut le voir extérieurement, il n’est jamais qu’un homme comme les autres. « Voir Jésus », ne veut pas dire, voir sa personne, mais voir « ce qu’il y a en Lui à voir ». Et ce qu’il y a en Lui, à voir, est précisément quelque chose qui ne se voit pas. Pour voir ce qui se trouve en Jésus, il va falloir que Jésus accepte que commence une histoire, que se déploie le mouvement particulier de sa Passion. Sa vie entre dans un mouvement, exactement comme une mélodie est écrite sur une partition, nous la voyons, mais nous ne l’entendons pas ; nous la « verrons vraiment » si elle est jouée, parce qu’elle entre dans un dynamisme. Ainsi, va se jouer cette partition redoutable qui permet de dévoiler l’homme dans sa profondeur. Ce dynamisme de vie, est contenu dans notre vie biologique. Cette vie biologique fait écran à la vie spirituelle et à son dynamisme. C’est pourquoi, nous devons comprendre que la Passion de Jésus, que nous allons entendre dimanche prochain lors des Rameaux, est le dévoilement d’une nouvelle possibilité qui se trouve dans l’homme. Cela n’est pas du tout la révélation que Jésus peut mourir et qu’il va mourir, mais c’est de dévoiler la puissance de vie qui se trouve en Lui. En vérité, elle se trouve aussi en nous ; nous ne le savons plus ; nous pouvons encore du moins accueillir la puissance de Jésus, son Esprit. Alors, la nôtre sera réveillée parce que Jésus va la ressusciter ! La Passion est la révélation de Jésus. Elle est ce qui permet de voir vraiment Jésus, et de voir en Jésus ce qu’est vraiment la nature de l’homme. Pour nous expliquer cela, Jésus se sert d’une analogie, d’une métaphore très simple : l’image du grain de blé. Quelque chose que tout le monde peut comprendre. Comment se fait-il que nous n’arrivions même plus à interpréter correctement l’image du grain de blé ? Est-ce que nous ne voyons plus des grains de blé ? Probablement. Un grain de blé, c’est Jésus. Jésus est un grain de blé, et vous, vous êtes un grain de blé. Qu’est-ce qu’un grain de blé ? Une semence. Nous sommes aujourd’hui dans des problématiques de semences transgéniques, dans lesquelles nous essayons de corriger, de perfectionner. Mais, nous ne voyons pas qu’il y a déjà un dynamisme propre à cette graine. Elle porte parfaitement en elle la vie. Elle porte la possibilité d’un développement, elle contient quelque chose que nous ne voyons pas. L’épi de blé est déjà présent dans la graine. Faut-il que nous manquions d’occasion de voir le déploiement dans le temps de cette graine ? Que faut-il pour que ce grain de blé donne le fruit qu’il contient ? Un grain de blé, quand on le voit, semble ne servir à rien ; or, il porte la vie. Et la condition du dévoilement de cette vie, est que cette graine soit semée et qu’elle meure. La mort devient la condition de possibilité de la révélation de la vie, déjà présente dans la graine. Si, nous poussons la comparaison jusqu’au bout, Jésus va vivre cet épisode du grain de blé qui est semé, et nous allons voir que celui qui est dans la tombe, ressuscite. Le grain de blé qui produit du fruit sans mesure, est Jésus ressuscité. Mais, cela ne peut pas se voir, s’il n’accepte pas d’être semé dans la terre. Je crois, qu’il n’existe pas, une école en France, où les enfants ne font l’expérience de prendre quelques lentilles recouvertes de coton humecté, puis après une attente, ils peuvent voir la pousse. S’il fallait faire un petit exercice d’ici Pâques, ce serait de refaire cette expérience.
    4/ Nous devons vaincre la tragique impossibilité d’une vie plus forte que la mort. Renaître à l’idée qu’il y a déjà un nous une puissance de vie. Nous avons hélas conçu, qu’il n’y a rien en nous qui soit capable de survivre à la mort. Or, quelque chose en nous, fleurira et se donnera à voir dans la mort même ; parce que nous ne parvenons pas à concevoir que la plénitude de notre être se manifestera à condition de notre passage par la mort, alors nous repoussons les frontières de la mort, et nous disons : « cela ne t’arrivera jamais ». Et, nous continuons à mettre des œillères devant les yeux, incapables de comprendre que si nous sommes nés en ce monde, c’est pour être semés comme une graine d’amour en ce monde, pour qu’enfin paraisse ce que nous sommes. Et, je le répète, aussi extraordinaire que cela puisse paraitre avec nos corps, avec nos vies : nous ne sommes jamais que des « germes », et nous avons besoin d’être semés ! Consentirons-nous à cela ? Les conditions dans lequel nous sommes semés, ne nous appartiennent pas.
« Seigneur, tu sais toi-même ce qu’il y a au plus profond de moi. Tu me conduis à redécouvrir cette loi merveilleuse qui est en moi. Je dois apprendre à me laisser semer, à me donner, comme toi tu t’es donné, et je ne peux le faire que si je te regarde toi-même entrer dans ta Pâques et te voir ressuscité ».
Si, nous ne contemplons pas Jésus ressuscité, nous manquerons de force, pour pouvoir nous donner. Je répète que si la résurrection de Jésus ne tient pas fermement en nous, alors, nous n’allons pas nous donner, nous allons nous garder nous-mêmes. Et Jésus, le dit : « celui qui garde sa vie, la perd ». Jésus est ce grain de blé qui porte la vie éternelle. La croix de Jésus est un arbre qui annonce l’arbre de vie, qu’est Jésus ressuscité.
    Chers amis, le Fils de Dieu, s’est fait germe, grain de blé, acceptant de descendre dans cette terre, acceptant d’y mourir pour éveiller, pour ressusciter en chacun son propre germe divin qui est déjà là, et le faire devenir cet arbre de vie que nous serons. Nous deviendrons ce que nous sommes déjà au plus profond de nous-mêmes : l’enfant bien aimé du Père.
    5/ Vous, le comprenez, la fête de Pâques est la révélation, la plus nécessaire, car elle donne une lumière qui offre à l’humanité sa véritable profondeur. Si nous étions plus profondément habités par la perspective de ce que nous avons à être un jour pour toujours, ressuscités, lumineux de la gloire du Père, alors, nous regarderions ce monde avec bonheur, avec joie, comme le lieu, où nous sommes semés, pas comme le lieu où nous devons maitriser et garder les choses.
    Puisse cette semaine qui s’ouvre devant nous, être l’occasion de demander à l’Esprit du Seigneur de renouveler notre manière de nous voir, de nous comprendre.  Peut-être de revisiter la condition mortelle de l’homme, notre vulnérabilité avec la lumière de la Foi.
« Seigneur, tu as promis que nous ressusciterions nous aussi, et que paraitrait dans nos vies la plénitude de la beauté de ce que nous sommes, que nous ne voyons pas. Seigneur, fortifie notre Foi. Amen ».

P. Laurent Stalla-Bourdillon

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