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La délivrance de l’esprit humain et de la société des fausses conceptions du sens de la vie.

Homélie pour le 4° dimanche TO-B
(Marc 1, 21-28)


1/ Frères et sœurs, l’Evangile lu en ce jour, nous entraîne dans la considération de réalités qu’il n’est pas facile d’aborder et cependant nous allons essayer d’affronter cette réalité douloureuse pour l’humanité, qui est la réalité d’une grave maladie humaine, spirituelle qui s’appelle la possession. 
Avant d’y entrer je vous propose simplement et pour saisir cette réalité, je vous invite vous chrétiens, à considérer que vous êtes constamment tenus à la joie ! Car la joie nous a été donnée !

Vous pourriez me dire que la vérité de notre condition humaine n’est pas nécessairement joyeuse, nous sommes hélas souvent rappelées à la réalité de notre condition de façon éprouvante par la mort de proche, ou bien par les actes de violence inouïe de l’humanité contre elle-même. Et puis, un regard simple sur la réalité du monde, nous fait dire que tout passe ici et nous avec.

Nous ne pouvons pas le nier, mais nous pouvons mal le comprendre !

Vous me penseriez habiter ce matin par un cynisme si « je vous disais que dans quelques années nous serons tous morts », et vous aurez raison, parce que vous me reprendriez et comme chrétiens vous me diriez ; « dans quelques années nous serons tous vivants ! »  Oui, la vie nous a été donné et notre mort, que nous ne le voulions ou non, va nous propulser vers la vie.

Nous allons naître à la plénitude de la vie et si nous déployons tant d’énergies en ce monde, c’est pour former en nous, cette capacité de vie, de la vraie vie qui n’a d’autre nom que l’amour, qui n’a d’autre nom que la grâce de se savoir aimé et de pouvoir aimer. La vie est devant nous ! 
Ce que je viens de vous dire assume la confrontation entre deux visions de l’existence, et vous percevez bien que l’audace de la vision chrétienne, n’est pas communément admise ; ce qui se joue en nous durant le temps de cette vie est essentielle et ce n’est pas accessoire ni indifférent : ce qui se joue en nous est une juste conception du sens de la vie et de l’amour de Dieu pour nous ! A la limite, nous n’avons pas le droit de nous tromper sur la vérité de l’amour dont Dieu nous aime, sur la vérité de son amour pour nous qui veut nous donner la vie.

L’Evangile nous évoque un « un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? »

Nous sommes renvoyés avec cet épisode à une catégorie du pur et de l’impur.

Que signifie cette dénomination « impure », un « esprit impur » ?

Une eau pure est indemne de toute pollution ; une eau souillée est impropre à la consommation ; elle est impure ; j’applique le mot impur à une réalité commune que nous pouvons absorber, mais il y a la possibilité d’associer ce mot impur à ce que nous consommons le plus dans notre vie : ce sont des paroles ! Ce sont des pensées, nous les consommons, nous les assimilons constamment, et elles viennent former en nous une représentation du sens des choses et du monde. L’esprit impur est ce qui empêche de concevoir correctement le sens des choses : cet homme à l’esprit impur est possédé par des idées qui contreviennent à la vérité de la bonté du Seigneur ! « Es-tu venu pour nous perdre ? » Mais le Seigneur est venu pour donner la Vie !   

Ainsi, nous pouvons et nous devons faire l’effort de comprendre qu’il existe cette grande maladie humaine qui touche l’humanité et qui s’appelle la possession de l’esprit. Alors, nous connaissons les cas extrêmes de la possession démoniaque, à travers des films, mais cette maladie touche l’humanité, toute l’humanité. Elle parasite l’esprit de l’humanité, elle produit une altération de la liberté, du discernement. Elle empêche de croire correctement ce pourquoi nous sommes faits, elle donne prise à de fausses représentations.

Si nous faisons un sondage en sortant de la basilique, nous pourrions mesurer la portée et la présence de cette maladie de l’esprit humain et donc nous attestons que nous ne parvenons pas immédiatement à comprendre que si nous sommes là, comme je le répète souvent, c’est parce nous sommes aimés de Dieu. Cette vie ne vous a rien couté, ce monde ne vous a rien couté, tout vous est donné par pure grâce, et nous ne répondons plus à la grâce ! C’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas.

C’est depuis sa tête que l’homme se gouverne ! C’est donc aussi depuis sa tête qu’il est captif. Nous sommes pris par de captivantes pensées.

Et nous sommes devenus vulnérables de l’esprit, de la tête ; nous ne parvenons plus à nous gouverner correctement, selon l’ordre naturel des choses.

Ce démon est donc un esprit impur, car il a pour objectif d’altérer la pureté, la justesse, la beauté du dessein de Dieu que l’esprit humain doit concevoir. Nous ne sommes pas achevés ; notre corps est achevé, mais c’est à nous désormais de concevoir le sens des choses, personne ne peut le fera à notre place. 

L’impur ne s’oppose pas au pur mais en termes spirituelles, à l’immaculé ! L’esprit impur est à l’opposé de l’esprit immaculé ; il pollue le regard à la source, il pollue l’esprit humain qui conçoit l’erreur et retourne l’homme contre Dieu, contre les autres et contre soi !  L’homme captif perd les raisons de louer Dieu et finit par s’en séparer.

Nous avons la chance d’avoir constamment dans l’Eglise, la présence de celle qui est l’Immaculée, celle qui va concevoir constamment la plénitude de la pureté du dessein de Dieu et nous le donner. Elle nous le donne en cet homme qu’est Jésus. Et Jésus nous est donné pour que nous puissions concevoir grâce à lui, par lui et en lui, la plénitude de la vérité du sens de nos vies. 

2/ Je viens d’évoquer cette vulnérabilité qui nous touche personnellement, individuellement. Mais nous pouvons aussi comprendre, qu’une société comme un corps vivant, est, elle aussi, sujette à possession. Et nous pourrions dire que ce que nous appelons ici un exorcisme, une libération de l’esprit, une libération de la personne, doit s’opérer aussi pour une société, car après tout, et c’est ce que je vous invite à réfléchir : de quel mal notre société est-elle captive ? De quelles fausses idées est-elle captive ? Donc ce mal tient l’homme individuellement et socialement.Chacun sait bien ce qui le tient captif, mais il est plus difficile de le saisir d’un point de vue collectif.

Je voudrais vous proposer quelques petits éléments qui à mon sens, mais de façon commune, atteste du problème de la société. Nous en parlons constamment dans nos discussions.

Un exemple est la question de la dignité de la vie humaine, de sa conception jusqu’à sa fin naturelle, qui la rend intangible ». L’altération de la compréhension de la dignité de l’être humain se voit dans le fait que la dignité est aujourd’hui mesurée par l’utilité de la personne. C’est une fausse représentation. Il faut purifier cela.

Un autre aspect très important, redoutable à aborder aujourd’hui, et certainement de plus en plus difficile, est la question de la différenciation sexuelle. Elle est une réalité qui nous est donnée. Elle est nécessaire à l’avènement de la vie, et montre une sagesse extraordinaire du Créateur. La vie vient de la différenciation ; mais nous ne parvenons plus à le comprendre aujourd’hui, et nous estimons qu’elle n’est pas signifiante. Je vous propose simplement de réfléchir à la signification incontournable de cette différenciation. Elle est le cadre nécessaire à la procréation et le cadre nécessaire du développement de l’enfant ; la différence est nécessaire à la pensée humaine, car nous ne pouvons pas penser dans l’indifférencié. La différenciation est la condition nécessaire de la pensée.

Enfin, nous pourrions aussi envisager l’impossibilité pour notre société de comprendre la vocation transcendante de l’Homme ; le fait qu’il y a pour l’humanité un bien supérieur à la vie ; peut-être que dans ce que je vous dis là quelque chose vous surprendra. Y-a-t-il un bien supérieur à la vie ? La vie n’est-elle pas le bien supérieur à tout ?  Et bien probablement pas. La vie nous est donnée pour que nous atteignons à un bien supérieur qui s’appelle la vérité. C’est en la concevant que nous accédons à la vie ! Cette vie nous est donnée pour que nous puissions cheminer et concevoir à l’intime de nous-mêmes, la vérité de l’amour de Dieu pour nous.

(Citation non prononcée) Ecoutons le Pape François expliquer combien la foi en Jésus-Christ vient restaurer en l’homme un esprit de sagesse :

« La compréhension que l’homme a de lui-même influence grandement ses choix existentiels et éthiques. L’homme d’aujourd’hui ne sait plus qui il est et, par conséquent, il a du mal à reconnaître comment bien agir. (…) Il est clair que là où la vie vaut non pas pour sa dignité mais pour son efficacité et pour sa productivité, tout cela devient possible. Dans ce scénario, il faut redire que la vie humaine, de sa conception jusqu’à sa fin naturelle, possède une dignité qui la rend intangible. La douleur, la souffrance, le sens de la vie et de la mort sont des réalités que la mentalité contemporaine peine à affronter avec un regard plein d’espérance. Et pourtant, sans une espérance fiable qui l’aide à affronter aussi la douleur et la mort, l’homme ne parvient pas à bien vivre et à conserver une perspective confiante devant son avenir. C’est là un des services que l’Église est appelée à rendre à l’homme contemporain. (…) Toute action visant à prendre l’homme par la main quand celui-ci a perdu le sens de sa dignité et de son destin, pour le conduire avec confiance à redécouvrir la paternité amoureuse de Dieu, son destin bon et les voies pour construire un monde plus humain, est authentiquement pastorale. »

François, assemblée plénière de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, vendredi 26 janvier 2018


3/ Alors il nous reste à nous demander : « comment en être délivré de ce mal ? Où trouvons-nous le remède ? » Et bien je vous propose de comprendre que nous sommes mis en présence du Christ qui réalise cette libération de l’esprit de l’homme dans la liturgie de l’Eglise : dans la messe !

Aussi souvent que nous venons à l’Eglise pour la messe, le Christ lui-même pose son acte avec autorité et libère l’homme. La liturgie de l’Eglise est l’acte par excellence par lequel le Christ restaure en l’homme son intégrité, en se donnant à nous, dans sa souveraine liberté et par amour. Il nous délivre comme nous le demandons dans la prière après le Notre Père « Délivre-nous de tout mal Seigneur ».

Le Christ agit en enseigne avec autorité dans la célébration liturgique ; oh ce n’est pas ce que dit le prêtre, que ce que réalise le rite lui-même, et c’est pourquoi nous y sommes attachés et que nous voulons venir

Le Seigneur parle en se donnant ! c’est sa force, son autorité. La messe est la puissance du Christ à l’œuvre dans le monde aujourd’hui !

Terminons en évoquant une autre occasion à travers laquelle le Christ va libérer un homme d’un esprit impur. Une autre fois Jésus expulsera un démon dont le nom est « légions ». De cette scène apprenons que la puissance du nombre ne peut rien contre la puissance du vrai.

Amen.


Père Laurent Stalla-Bourdillon
Dimanche 28 janvier 2018
Basilique Sainte Clotilde

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