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Homélie du dimanche 21 janvier, 3ème du TO

L’appel à la conversion et l’appel des disciples

L’humanité ne s’invente pas, Elle n’existe pas sans Dieu. 

1/ Frères et sœurs, les paroles (Mc 1, 14-20) que nous venons d’entendre, nous alertent sur le temps qui passe, car ce monde passe et le temps est court. Sans doute, nous arrive-t-il de nous demander ce qui est en jeu durant le temps de la vie ?
Tout l’enjeu de la Révélation divine, de l’Incarnation du Fils de Dieu est la communication par Dieu à l’Humanité de la vérité de sa nature. Si Dieu se fait homme, c’est pour dire à l’homme ce qu’il est. Et si l’homme sait qu’il appartient à l’espèce humaine, il ne sait pas ce qu’est la destinée véritable et la signification véritable de l’humanité. Il doit les découvrir, les recevoir, les apprendre. Le passage de l’Evangile est précisément ordonné à cette finalité : faire découvrir ce dont nous avons le plus besoin et y répondre.

De quoi l’humanité est-elle donc le plus en manque ?

Aujourd’hui, si nous écoutons les paroles qui circulent, nous comprenons que nous manquons d’eau, que nous manquons d’air pur, que nous manquons d’espace et de ressources… en vérité, nous devons dire, nous chrétiens, que ce dont l’humanité manque le plus, ce sont des paroles divines, car l’être humain vit de paroles. Et si nous sommes réunis chaque dimanche, c’est précisément pour recevoir des paroles. Des paroles qui viennent de Dieu ; dans ces paroles se trouve la vie véritable, la lumière véritable.

Si tant de nos contemporains peinent à comprendre pourquoi la participation à la messe dominicale est quelque chose d’important, c’est parce que nous ne parvenons plus à expliquer, que les paroles que nous entendons du Seigneur viennent nourrir notre intériorité. Il faut donc les recevoir, les assimiler, en les méditant, en les contemplant littéralement, en prenant le temps de nous laisser imprégner par elles. La nature des paroles que nous entendons et qui viennent nourrir notre intériorité, il est difficile à la comprendre. Recevoir ces paroles pour ce qu’elles sont vraiment, des Paroles de Dieu, est difficile parce que notre époque tend de plus en plus à marginaliser l’importance de la vie intérieure de l’homme. Elles ne sont pas les mêmes paroles que celles que nous entendons en dehors des murs de l’Eglise.

Alors, voici l’affirmation centrale : la Révélation divine nous affirme qu’il n’y a d’humanité selon Dieu, que si cette humanité entre en relation de reconnaissance à Dieu. Je suis en train de vous dire, qu’il n’y a pas d’humanité si cette humanité n’est pas reliée à Dieu ; il n’y a d’homme sur la terre qu’à condition que cet homme soit ouvert à la présence de Dieu en lui ! Bien sûr qu’il y a des créatures humaines, des organismes vivants qui ont la forme de l’humain, et qui ne croient pas en Dieu, et qui vivent leur vie comme s’il était absolument accessoire que Dieu vienne éclairer leur vie. L’affirmation de l’Eglise est différente : elle affirme qu’il n’y a pas d’humanité vraie, authentique, selon Dieu, si le cœur humain n’est pas ouvert à la présence du Créateur, qui veut se révéler Notre Père !

C’est audacieux peut-être pour beaucoup aujourd’hui, de dire cela ; « Mais enfin tout de même, vous exagérez un peu ; il y a beaucoup de gens très bien, qui vivent très bien, qui font des choses belles » ; certainement, ils sont doués de capacités formidables et les développent au service de leurs frères.Mais cela ne fait pas que ces humains entrent dans la vocation divine de l’homme. Car nous n’avons pas à affirmer l’existence de Dieu dans un monde qui le refuse, nous avons à affirmer qu’il n’y a pas d’humanité cohérente qui ne finissent pas tomber dans l’absurdité du sens si cette humanité ne s’ouvre pas à l’amour infini du Créateur. La vocation de l’homme s’appelle la déification. C’est un achèvement de sa nature qui le rend capable de communier à la vie de Dieu et d’entrer dans la vie éternelle.

La vie n’est pas le fait de cellules vivants, d’organismes vivants, la vie est relation à Dieu ! Certainement, c’est une pierre d’achoppement avec la définition qu’en donne le monde. Ici, le monde veut dire l’univers créé qui ne reconnait pas Dieu. Le monde selon saint Jean est la réalité sortie des mains de Dieu, du cœur de Dieu, de l’amour de Dieu, mais qui n’entre plus en résonnance avec lui.

La question des évolutions biotechnologiques qui bousculent nos consciences et qui vont certainement habiter toute cette année, nous renvoient à notre responsabilité d’affirmer qu’il n’y a pas d’humanité digne, pas d’éthique humaine, ou qu’il n’y a d’éthique humain que si l’humanité s’ouvre à la Parole de Dieu.

C’est un clivage et une différence massive pour une société, qui s’autorise de plus en plus à se penser autonome. Nous ne savons pas si nous serons entendus, lorsque nous annonçons que l’homme se détruit lui-même s’il se coupe de Dieu, mais nous devons le dire. Mais nous devons le dire !

Nous ne sommes pas assurés d’un résultat, mais nous sommes conscients de notre responsabilité. Car après tout, une fois encore, si nous sommes ici, ce n’est pas parce que nous pourrions ne pas être ici et être ailleurs. Bien sûr que nous pourrions êtes ailleurs, mais si nous sommes ici, c’est que nous comprenons que nous devons y être pour recevoir la Parole de Dieu qui nous nourrit au plus profond de nous-mêmes. 
2/ Alors, entrons rapidement dans l’Evangile de ce dimanche. Jésus dit : « convertissez-vous et croyez à l’Evangile ». Croyez à la parole de Vie, maintenant le temps est court, les temps sont accomplis, maintenant il faut croire, maintenant il faut sortir de l’obscurité, et maintenant il faut entendre cette parole !$

Et que fait Jésus aussitôt après : il pose un acte qui éclaire ce que veut dire « convertissez-vous ». Sur les bords de la mer de Galilée, il va commencer par appeler deux frères Pierre et André qui sont des pêcheurs. Ils ont un métier et Jésus leur dit « je ferais de vous des pécheurs d’hommes ». Il joue sur l’analogie du métier. Ce ne sont plus des poissons que vous prendrez, ce sont des hommes. Que veut dire « pécheurs d’hommes ? »

De même qu’un pêcheur en sortant des poissons de la mer, - la mer est une réalité invisible dans lequel il y a la vie mais vous ne la voyez pas -, fait sortir quelque chose qui était invisible et le rend visible, de même être pécheur d’homme, c’est faire sortir de l’inconscience de l’homme, de ces eaux dans lesquelles l’homme baigne, littéralement de le faire sortir de ces eaux de l’inconscience pour l’appeler à la réalité qu’est la terre, à cette réalité possible où Dieu le rencontre. « Allez pêcher des hommes » c’est leur dire « allez les sortir de leur ignorance ». « Je ferais de vous des pêcheurs d’hommes » soit mais qu’est-ce que vous leur donnerez à ces hommes que vous aurez péchés ?

Et là nous voyons les deux autres frères, Jacques et Jean. Où sont-ils ? Dans leur barque. Avec qui ? Avec leur père, Zébédé ! L’Evangile nous dit : « Quittant leur père, ils le suivirent ». Cela nous indique que pour être homme, il faut passer de ce père terrestre et entrer dans une relation de filiation avec le Père céleste. Vous n’êtes homme qu’à cette condition en vérité.

Tout le monde peut objecter et dire « non », cela ne me concerne pas ; je suis homme tout seul. Peut-être, mais l’Evangile aujourd’hui nous dit, « convertissez-vous », autrement dit « sortez de l’obscurité, de l’indifférencié, de l’indéfini que sont les eaux, et reconnaissez que vous êtes joyeux, heureux et vivants, par l’amour dont votre Père vous aime ».

Le temps est court ; nous n’avons pas trente-six mille choses à accomplir sur la terre, mais nous avons celle-ci : nous laisser enfanter par Dieu, par son amour. Ainsi les Apôtres partiront annoncer l’Evangile, et c’est leur responsabilité, mais aussi la responsabilité de tout disciple, que d’être capable d’annoncer cette vérité essentielle.

Nous la portons avec nos frères orthodoxes et protestants, nous la portons avec tous ceux qui comprennent que le Christ est venu sortir l’humanité des impasses dans lesquelles elle se trouve dès l’instant où elle renonce à accueillir l’amour de Dieu.

Ce n’est pas simple, nous ne savons pas si nous réussissons, mais nous savons que c’est cette belle tâche, que l’Eglise a reçu comme mission, et nous sommes heureux de l’accomplir ensemble. Amen.


Père Laurent Stalla-Bourdillon
Dimanche 21janvier 2018
Basilique Sainte Clotilde

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