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Homélie du dimanche 14 janvier, 2ème du TO

L’Agneau de Dieu et les biotechnologies,

le libérateur et le sens du corps
1 S 3, 3b-10.19, Ps (39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd); 1Co6,13-20 ; Jn 1,35-42

1/ Frères et sœurs, depuis samedi dernier nous avons à Paris un nouvel archevêque ; l’aube de 2018 commence pour notre diocèse par l’accueil de Mgr Michel Aupetit. L’évêque, « episcopos » en grec, signifie littéralement le surveillant du troupeau qui lui est confié. Il doit le garder, pour cela le regarder, le conduire, le protéger des erreurs, des mauvaises nourritures, afin qu’il ne tombe pas malade et devienne sans force. Or, une force est nécessaire pour sa propre conversion à une fidélité toujours plus grande à Dieu, une force est également nécessaire pour que le peuple se mette au service de tous les hommes.

« Ne regardez pas l’archevêque, contemplez le Christ ! » disait Mgr Aupetit en terminant son homélie le samedi 6 janvier dernier. C’est ce que nous ferons : nous allons contempler le Christ dans l’Evangile sans oublier d’entendre ce qui se dit dans notre monde, les paroles, les promesses qui circulent et qui sont de nature à égarer, à inquiéter, en tout cas qui peuvent se présenter comme des menaces pour le Peuple de Dieu.


2/ Je voudrais vous partager deux petites citations ; la première est entendu hier sur la chaîne de télévision qui s’appelle ARTE ; et je donne la parole au docteur Laurent Alexandre qui dit ceci :

« L’humanité est en train de disparaître. Elle va être remplacé par un homme-dieu, qui ne sera pas nécessairement plus heureux mais qui aura un pouvoir technologique absolument immense ; c’est ce que souhaitent les hommes, c’est-à-dire, mettre fin à la dictature des limites … ne pas mourir, ne pas souffrir, ne pas vieillir, … il est urgent de réfléchir aux implications philosophiques de ce monde, auquel il va être difficile d’échapper, car il est assez difficile d’interdire la technologie ». Laurent Alexandre, Arte, « Demain, l’humain transformé ? » 13/01/2018

Et puis la seconde citation vient de Luc Ferry, le philosophe, et remonte à deux ans déjà :

« Il s’agit aussi de corriger volontairement la loterie génétique qui distribue injustement les qualités naturelles et les maladies. C'est là ce que signifie le slogan transhumaniste « From chance to choice » : passer du hasard aveugle au choix éclairé afin de lutter contre les inégalités naturelles. Nous en sommes encore loin, mais qui peut dire à quoi ressembleront la technomédecine, les nanotechnologies, l’intelligence artificielle et la biochirurgie au siècle prochain ? Il faut (…) anticiper dès maintenant les problèmes éthiques que cette nouvelle approche de la médecine va poser. » Luc Ferry, Le Monde des Religion, 17/06/2016

A la lecture de ces deux extraits, la vision matérialiste de l’homme, nous parlons d’une anthropologie matérialiste, est si massivement dominante aujourd’hui, qu’elle ne sait plus ni où, ni comment mettre une limite à ses pratiques. Mais surtout, cette vision ne sait plus voir l’être humain comme un homme, parce qu’elle ne sait pas ce qu’est un homme. En chantant avec vous le psaume, je réalisais à quel point ce psaume donne la définition parfaite de ce qu’est un homme : celui qui va chanter les louanges de Dieu et qui écoute sa parole. « En ma bouche il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu. Tu  ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens. Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles. » Vois, je ne retiens pas mes lèvres, Seigneur, tu le sais. J’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée. »


3/ Hier matin, Mgr Aupetit réunissant des membres des conseils pastoraux des paroisses de Paris à St Denys de la chapelle, disait que la question des migrants – et c’est aujourd’hui la 104ème journée mondiale du migrant du réfugié  - et celle des biotechnologies ressortait de la même logique : acceptons-nous de nous laisser déranger, bouleverser par l’arrivée de celui que l’on n’attend pas ? L’arrivée d’un enfant qui n’est pas prévue, l’arrivée d’un étranger, la survenue d’une maladie d’un de nos parents, tous ces évènements font irruption dans nos vies et nous dérangent. Ils perturbent notre confort… sauf s’ils sont des évènements à travers lesquels la grâce du Seigneur nous rejoint pour nous conduire vers la vérité de la vie ! 
4/ Les textes de ce dimanche nous offrent des éléments pour penser une autre anthropologie, une anthropologie révélée religieuse et nous aident à apporter une réponse aux risques de cette anthropologie matérialiste qui finit par produire – ce que le pape François dénonce : une culture du déchet, ou l’être humain lui-même devient jetable.
Dans la lecture du 1er livre de Samuel, nous est rappelé l’une des choses les plus difficiles qui soit : la compréhension de ce que signifie l’intériorité de l’homme, qui est le lieu de la présence de Dieu, d’où Dieu l’appelle ! Le jeune Samuel doit s’y reprendre à trois reprises pour finir par répondre à la bonne personne « parle Seigneur, ton Serviteur écoute ».
Si Dieu appelle, c’est à Eli que revient la responsabilité de renvoyer Samuel à son dialogue intime et intérieur avec le Seigneur : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute ». Donc, il y a dans l’homme, plus que nous ne voyons, puisqu’il y a un jeu de liberté, de présence de soi à Dieu et de Dieu à soi, qui échappe à toute personne, il y a dans l’homme une conscience, qui est le sanctuaire, le lieu de la présence de Dieu.

5/ Après l’intériorité de l’homme, l’Evangile de Saint Jean et la 1ere lettre aux Corinthiens, nous font toucher du doigt ce qu’annonce l’Eglise au sujet du corps (humain).  
Le corps est un don, et il est fait pour être donné ; et celui qui accomplit parfaitement la conscience de ce que son corps est un don et qui en réponse, va le donner parfaitement, réalisant cette offrande parfaite de soi, porte un nom : il est « l’Agneau de Dieu » ! L’Agneau est lié au sacrifice. Mais ici il en va du don de soi par amour, d’un sacrifice de soi par amour, et non d’un sacrifice par d’autres au dépend de soi. L’animal est sacrifié sans qu’il ne demande rien, mais cet Agneau de Dieu réalise de lui-même, un sacrifice, un don : « Ma vie nulle ne la prend » dit Jésus « c’est moi qui la donne ». Voici l’agneau de Dieu !
L’Evangile procède par analogie, en utilisant des images. Car les images parlent et ce matin c’est l’image de l’Agneau. Nous l’évoquons en disant « Agneau de Dieu » à la communion, nous avons des représentation d’« Agneau » sur les portes des tabernacles. Et c’est l’« Agneau de Dieu » que désignait Jean-Baptiste ; si cette dénomination de Jésus comme « Agneau de Dieu », est un peu étrange, elle est essentielle pour nous catholiques.
A l’heure où la confusion règne entre l’homme et l’animal, n’est-ce pas un peu dangereux ? Certainement c’est ambivalent, si l’on ne comprend pas qu’une image est faite pour aider à comprendre, car « l’agneau immolé » peut nous aider à comprendre ! A l’époque de Jésus, le symbole de l’Agneau a tout de suite parlé : « Voici l’Agneau de Dieu. Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus. »
L’« agneau » est une image permettant de décrire quelque chose qui se produit en nous ! L’agneau est à la fois symbole de la douceur (l’agneau ne dévore personne, il est doux) ; il est également l’animal du sacrifice ; il est resté le symbole du peuple libéré de son esclavage lors de la sortie d’Egypte. La libération d’Egypte s’empare du rituel d’un Agneau sacrifié dont le sang vient sur les linteaux des portes des maisons pour protéger ses habitants de la mort. L’Agneau de Dieu que Jean désigne est celui qui libère l’homme de tous ses esclavages. Il le fait par sa propre liberté, par le don de lui-même, par son propre  sacrifice.
L’emploi de cette image était parlante pour tout le peuple à l’époque de Jésus. En désignant Jésus du nom d’Agneau de Dieu, Jean révèle en sa personne, la tendresse du Père prête à aller jusqu’au sacrifice de soi pour rejoindre toute personne et lui rendre sa liberté.
Saint Paul souligne dans sa lettre aux Corinthiens que si c’est dans le don de son corps, que Jésus s’est révélé l’Agneau libérateur, c’est aussi par nos corps, que nous entrons avec lui dans son sacrifice ; « Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint, lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car vous avez été achetés à grand prix. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps. »


6/ « Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint ». C’est cela que le jeune Samuel a découvert. Et le corps est le lieu de manifestation de notre offrande. Aussi souvent que vous donnez de l’amour, votre corps va l’exprimer ; autrement dit, le corps est essentiellement destiné à l’expression du don de soi, donc de notre amour.
En nous recevant tel que nous sommes, en renonçant à être notre propre source, en recevant ce cadeau qui nous a été fait, nous comprenons à quelle œuvre de don, le Seigneur nous appelle ! Le corps devient le témoin d’un acte d’amour ! Tous ceux qui depuis Saint Etienne jusqu’à saint Maximilien Marie Kolbe ont permis à l’amour de s’énoncer dans leur corps rappelle la dignité et la vocation du corps humain, que le Seigneur ressuscitera puisqu’il a part à l’expression de l’amour qui est éternel. Si l’amour qui est éternel habite votre corps, alors, il donnera aussi la vie à vos corps mortels !
Frères et sœurs, qu’y a-t-il dans l’homme ? Qu’est-ce qu’un homme ? Aussi souvent que nous perdons de vue ce qui nous habite et qui fait que nous sommes humains, notre relation intime et profonde avec Dieu, que toute personne peut vivre quand bien même elle ne le confesse pas, mais parce qu’elle est habitée par une intériorité, aussi souvent que nous perdons de vue cette dimension, nous livrons l’être humain dans sa corporéité, à ce qui fait la loi dominante du monde dans lequel nous sommes, à la loi du marché où l’idole est l’argent.
Dans un instant, je vous présenterais le sang du Christ, le sang de l’Agneau de Dieu, qui est porteur de la grâce divine ! L’homme n’est sauvé de sa misère spirituelle qu’à condition de se savoir infiniment aimé, appelé et rénové intérieurement par l’amour du Père.

Frères et sœurs, cette semaine vont s’ouvrir les Etats généraux de la bioéthique. Notre pays va donc entrer dans une sorte de combat spirituel pour savoir ce que l’on a le droit de faire avec et sur nos corps ; notre responsabilité de chrétien est certainement de sauver, autant que nous le pouvons, sa signification la plus belle, profonde et heureuse, celle d’être le lieu du don de soi et partant de la vie véritable. Amen.


Père Laurent Stalla-Bourdillon
Basilique Sainte Clotilde
Dimanche 14 janvier 2017

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