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Homélie du dimanche 3 décembre 2017 - 1er dimanche de l'Avent

L’Avent interroge notre relation au temps, au désir et à la vérité

Homélie pour le 1er dimanche de l’Avent
Année B - 2017


Frères et sœurs, la crèche a fait son retour dans la basilique ; d’autres crèches viendront peut-être chez vous, dans vos maisons, dans les écoles, peut-être certaines viendront sur des places de villages, peut-être que quelques polémiques au sujet des crèches – polémiques nous avons l’art- viendront agrémenter le temps de l’Avent qui commence. La crèche est un signe, le signe de l’attente : nous allons attendre – et les enfants le savent bien – attendre le jour de Noël pour y déposer l’Enfant de la Crèche, Jésus. Nous vivons ce signe comme le rappel de sa venue historique, il y a 2000 ans bien sûr, mais nous vivons ce signe de la crèche comme un exercice spirituel personnel. L’Avent nous renvoie à notre propre relation au temps ; l’Avent nous renvoie à notre relation au désir, et enfin l’Avent nous renvoie à la nature de notre désir, donc à la vérité de notre attente de Dieu.

1/ Considérons la manière dont l’Avent nous renvoie au temps. Pour nous tous, d’un point de vue extérieur, le temps comporte le passé, le présent et le futur et un déplacement d’un curseur sur la ligne du temps. C’est souvent de cette façon que nous regardons notre vie : elle passe avec le temps.

Mais le temps correspond aussi à une réalité qui nous est intérieure : ce que nous avons compris de la vie et découvert du monde, s’est formée en nous de façon lente et progressive ; cela a nécessité du temps, cela a permis notre meilleure compréhension de ce qui existe et le temps est donc au service d’une précision du sens que nous donnons à la vie. Il faut du temps pour cela, car la compréhension du sens de la vie n’est pas immédiate, elle est même souvent laborieuse. La joie de comprendre passe toujours par l’effort de chercher.

L’Avent nous invite encore à reprendre conscience du temps, d’une troisième » manière : « Avent » signifie « la venue », « ce qui vient », nous disons que c’est l’avenir. L’avenir se distingue du futur par le fait que le futur est ce vers quoi nous allons, tandis que « l’avenir » est ce qui vient à nous, vers nous ! L’Avent est donc l’attente de Celui qui vient vers nous depuis le terme de l’histoire. Jésus est le Fils unique, venant du sein du Père pour nous Le faire connaître ; en Lui, s’éclairera définitivement pour nous la difficile compréhension, la quête et l’intelligence que nous avons de ce monde, de nos vies et de notre mort. Noël sera la présence du terme de l’histoire dans le présent de nos vies ; en Jésus, l’amour du Royaume sera au milieu de nous, il ne lui restera plus qu’à venir vraiment en nous, par la compréhension pleine, entière, que nous en aurons, par l’accueil que nous lui ferons en nous-mêmes. S’il est la lumière par laquelle toute chose vient à la lumière, il doit naître en nous, pour que sa lumière illumine nos intelligences et nos cœurs.

2/ L’Avent est encore le temps où nous apprenons à désirer. A désirer, la venue de Celui qui vient ! Il ne suffit pas de dire que Jésus vient. La véritable question est : « le désirons-nous ? »

« Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur » chantons-nous à chaque célébration de la messe, et nous allons le faire dans un instant en accueillant le Seigneur Ressuscité qui viendra au-devant de nous sur l’autel ; il sera pour nous notre véritable nourriture spirituelle ! Mais pour chanter la joie de la venue de quelqu’un, il faut l’avoir attendu et désiré ! Il faut l’avoir connu même imparfaitement.

Or, frères et sœurs, comme le souligne la philosophe Catherine Chalier, nous sommes dans une société pressée, dans laquelle et pour laquelle, il est devenu si difficile d’attendre. Pourquoi ?

Attendre, c’est accepter que les choses soient ou qu’elles ne soient pas … j’attends et je verrais bien ; je désire, mais je n’ai pas la maîtrise de ce qui vient. Cette incertitude sur des possibles qui nous échappent ne nous est pas confortable ; nous voulons tout maitriser et savoir à l’avance ce qui va arriver. L’économie de la voyance a de beaux jours devant elle, dès l’instant où nous n’apprenons plus à recevoir avec confiance, à accueillir les évènements, et dans les évènements Celui qui vient vers nous …

En voulant forcer la connaissance du futur, nous nous fermons à l’inattendu. François Cheng écrivait en ce sens : « notre vie est finitude, l’infini est ce qui nait d’entre nous fait d’inattendu et d’inespéré ». L’attente est la possibilité que quelque chose de plus grand que ce que j’attendais advienne ! La mesure du don de Dieu dépassera toujours l’idée que nous nous en faisons, c’est pourquoi cette surabondance sera toujours une joie ! Mais demeurerons ouverts au don de Dieu ! Demeurerons-nous ouverts à l’inattendu dans ce temps de l’Avent ? Serons en train de veillez comme y invite l’Evangile ? La naissance du Messie sauveur dépassera les espérances de nos cœurs : en Jésus, en sa personne, il a apporté toute nouveauté ! Et quand bien-même nous sommes chrétiens croyants, pratiquants, connaissant le catéchisme, nous devons constamment nous laisser être émerveillés par ce que nous n’avons pas encore compris de ce qu’il veut réaliser en nous et pour nous.

Peut-être que ce temps de l’Avent qui pour les orthodoxes est un « carême de Noël », mérite que nous portions attention à quelques réalités de nos vies. En particulier, nos technologies qui permettent d’accélérer les processus de la maturation. On n’attend plus que les choses prennent le temps nécessaire pour devenir. Or, il y a dans la vie humaine des réalités dont le temps est incompressible : l’éducation des enfants, ou encore l’amitié amoureuse qui donnera en son temps un projet de mariage.

Avec la technologie - dont nous sommes si fiers bien sûr - s’affirme notre volonté de maîtriser les options du temps, d’en accélérer le cours, sans attendre ; nous ne pouvons pas attendre parce que le temps presse ; nous nous cramponnons au temps, sans plus nous demander à quoi il sert. Le temps n’est pas la vie, mais le cadre de la venue de la vie ! Oui, la vie vient !  

Nous ne nous demandons plus à quoi sert le temps ?  Nous partons trop vite du principe que nous allons en manquer, et c’est pourquoi le temps presse ; or, nous ne manquons pas de temps, nous manquons de l’intelligence de ce que nous en faisons. Le temps n’est pas fait pour être pressé, mais pour recevoir, il est un espace d’accueil, de réception ; à la limite, il est ce que nous devons garder vide et ouvert pour qu’il puisse recevoir un don !

« Nous confondons le temps de la pulsion et le temps du désir ». La pulsion veut tout immédiatement. Elle ne sait pas attendre. Le désir est l’obligation de recevoir, il est l’ouverture en soi d’un espace d’accueil pour recevoir d’un autre ! 
Oui, notre société – notre ingéniosité - semble déployer plus d’énergie à servir la pulsion que le désir ; nous pourrons trouver sur internet toutes les réponses à nos besoins, à nos pulsions d’achats ou de consommation d’images, - internet calme les pulsions, mais nous détourne de la croissance de nos désirs, de la joie d’attendre ce que je ne peux pas me donner à moi-même ; le désir est parfois une souffrance parce que nous n’en voyons pas sa réalisation ; mais le désir est humainement fécond ! il est spirituellement nécessaire ! Il n’y a pas d’union à Dieu, sans désir de Dieu.

Alors, l’Avent est l’attente propre au temps du désir. L’attente d’un Sauveur qui vient à moi (que je ne peux pas me donner à moi-même). Ce temps me fait rejoindre intérieurement l’Auteur de ma vie que je ne me suis pas donnée à moi-même !

Pour rencontrer Dieu source de ma vie, il me faut descendre dans mon impuissance, éprouver mon désir et le lui offrir ! Là il viendra ! Nous rejoignons en nous la racine même de notre création, car nous sommes là et nous n’y sommes pour rien. Nous devons invoquer et désirer Celui qui est la source de tout. Notre désir, le désir qu’il a mis en nous, mais c’est Lui déjà ! Notre désir de Lui, c’est encore Lui ! et lorsqu’un jour notre désir de Lui sera comblé, alors nous serons pleinement et parfaitement nous-mêmes et nous serons semblables à Lui.

3/ Enfin, l’Avent nous renvoie à la nature de notre désir, à la vérité de notre attente de Dieu, donc à notre foi !

« Pour que l’âme humaine soit plus forte que les dangers qui la guettent à chaque instant et font sombrer son espoir dans la douleur, il faut, selon la Bible, qu’elle se ressource constamment à la promesse » « Pour penser positivement l’attente, il faut être habité intimement par une promesse, c’est-à-dire par une parole bonne, plus forte que toutes les paroles mauvaises qui nous entourent et qui sont aussi en nous. Cette « parole bonne », la Bible l’appelle une « bénédiction ». Croyant ou non, nous pouvons essayer de retrouver en nous la mémoire de paroles et de gestes passés, parfois très ténus, qui malgré toutes les difficultés, tous les malheurs, nous encourage à vivre. » (Catherine Chalier, « L’Histoire promise », Cerf, 1992.) Car nous vivons de paroles et nous vivons d’une promesse. « L’attente… c’est être habité par la mémoire de ces paroles, que l’on peut se redire et s’encourager à ne pas oublier » (Catherine Chalier, « L’Histoire promise », Cerf, 1992.).  

Le Seigneur vient !Et c’est ce que l’Eglise va se redire tout au long de l’Avent.Pour vivre, nous nouons en nous une alliance intime avec une promesse : avec quelle promesse avez-vous fait alliance ? La foi est l’alliance avec la promesse de Dieu, l’accueil de sa bénédiction.

Frères et sœurs en ce jour, l’Eglise invite tous les chrétiens à renouveler sa manière de dire le « Notre Père ». Les médias se sont emparés de cette prière et c’est heureux d’une certaine façon car cela rappelle une chose : le Christ qui va naître nous rappelle que nous avons un Père, il est venu pour cela : nous révéler le Père ! Si nous avons tous une langue maternelle, le Christ vient nous apprendre notre langue paternelle. Celle que l’on parle dans son Royaume : « Notre Père qui es au Cieux ».

« Que ton Nom soit sanctifié », c’est-à-dire que notre être puisse sanctifier ton Nom,

« Que ton Règne vienne », c’est-à-dire que nous puissions nous gouverner intérieurement selon la loi de l’Amour qui est la loi du Royaume.  

« Que ta volonté soit faire », c’est-à-dire que nous puissions nous offrir nous-même et faire de notre vie un don pour les autres, comme le Christ a donné sa vie par amour pour nous.

Et surtout, tout au long de cet Avent, ne nous laisse pas entrer en tentation,

ne nous laisse pas imaginer une minute, que notre vie pourrait s’accomplir sans toi, loin de toi, indépendamment de toi, ou mieux qu’avec toi ! Et si cela devait nous arriver, vient nous délivrer du mal.

Viens Seigneur, viens dans nos cœurs, viens toucher le cœur de tous ceux qui espèrent une promesse, une lumière ! Viens dans cette humanité blessée qui attend le doux visage d’un enfant, d’un sauveur, qui nous redit de quel amour nous sommes aimés, et de quel amour nous sommes capables, pourvu que nous consentions à recevoir la force qu’il veut nous donner, la force de l’Esprit-Saint. Amen.

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