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Homélie du dimanche 19 novembre 2017, 33° du TO

Il est temps de faire paraître les capacités de bonté qui sont en chacun !

Commentaire de la parabole des talents

Homélie pour le 33° dimanche du Temps Ordinaire - A  

Pr 31,10-13; Ps 127; 1Th5,1-6; Mt 25,14-30

Chers amis, je vous propose de méditer ces paroles que nous venons d’entendre à travers trois questions : 1- Comment arrivons-nous à ces paroles, quel est le contexte qui les amène ? Autrement dit, quel contexte amène cette prédication ? 2 - Que contiennent ces paroles et quel enseignement y est contenu ? 3 - Qu’en faisons-nous ? Comment peuvent-elles changer notre façon de vivre ? 
1/ Comment arrivons-nous à ces paroles ?

Cette nouvelle parabole, dite parabole des talents (Mt 25, 14-30) se situe entre la parabole des dix vierges (Mt 25, 31-46) que nous avons méditée dimanche dernier et la parabole du jugement dernier (Mt 25, 31-46) qui sera lue dimanche prochain pour la solennité du Christ Roi de l’Univers. Rappelons que nous sommes au chapitre 25 de l’évangile de Saint Matthieu,

Jésus est entré dans Jérusalem sous l’acclamation des foules qui brandissent palmes et rameaux.  Elles accueillent leur libérateur, leur roi. Donc Jésus leur révèle les lois du Royaume nouveau qu’il vient instaurer et il annonce en parabole les conditions requises pour y entrer. Mais ce royaume n’est pas de ce monde, comme le laisse entendre son face-à-face avec Pilate ; son Royaume ne se découvre qu’une fois passée les portes de la mort où sont déliés les liens du péché qui donnent la mort. Autrement dit, Jésus proclame ici les lois de son Royaume ; ses auditeurs peuvent les entendre et éprouver alors la vérité de leur désir d’y entrer.

Les raisons qui conduisent Jésus a prononcé ces paroles sont bien le fait de son amour pour nous, de sa volonté de nous aider à bien comprendre l’enjeu même de notre vie et sa profondeur insoupçonnée. Les hommes ne savent pas pourquoi ils meurent ni ce qui est en jeu dans le temps de leur existence en cette vie ? Ils ne savent pas si la mort peut-être est autre chose que la fin de la vie biologique ? En mourant Jésus va leur enseigner qu’elle est plus qu’un « passage vers », elle est « une entrée dans » le Royaume ! En parabole, Jésus aide à reprendre conscience de ce que représente le don de la vie temporelle reçue gracieusement, ce qu’elle contient et de ce qu’il convient d’en faire surtout !

Souvent et pour bon nombre de nos contemporains, nous vivons en ce monde, comme s’il était l’unique pièce d’une demeure qui en vérité en comporte plusieurs. Plus tard, il sera trop tard pour dire, « ah, mais je ne savais pas qu’il y avait bien plus d’espace, de champ, que je n’en avais perçu durant le temps de ma vie ».  Si nous étions dans l’ignorance des potentialités de nos vies, après la parabole des talents, nous sommes guéris de notre ignorance ! Elle enseigne sur la signification du temps, et la raison d’être de ce temps préparatoire à la rencontre personnelle avec le Seigneur, et elle fait prendre conscience du chemin par lequel on entre dans la joie de son Maître !



2/ L’enseignement contenu dans cette parabole est simple et profond.

La vie est un don qui nous est confié, comme sont confiés des talents à des serviteurs, un don temporaire à restituer en temps voulu, pour pouvoir recevoir à nouveau, mais cette fois-ci recevoir un don qui sera totalement notre et notre pour toujours : « entre dans la joie de ton maitre ».

Notre vie dépend essentiellement de ce que nous en faisons : « Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres. » Nous ne savons pas comment il l’a fait, mais nous savons qu’il a gardé la conscience éveillée que ces talents devaient servir et il n’a pas rechigné à restituer non seulement les 5 reçus mais encore les 5 gagnés… pour son maître et non pour lui-même ! Il a engagé tout ce dont il était porteur pour que le monde soit enrichi des 5 talents. De même pour celui qui en avait reçu 2. Par effet de contraste, on nous annonce qu’un serviteur enterre son unique talent. Voilà, l’histoire est simple : l’essentiel est d’engager sa vie pour qu’elle dévoile ce qu’elle contient ; or vous n’accédez à la conscience de ce que vos capacités intérieures sont faites pour le Royaume qu’à la condition d’en faire le don, de les éprouver et donc de vous laisser éprouver dans le monde. Le maître appelle la capacité des serviteurs à se montrer responsables du don qui leur est fait, de ce don qu’est leur vie. Cette responsabilité se réalise dans la conscience d’être pour le monde et de se donner eux-mêmes.

Pour entrer dans la joie de son maître, il faut ne pas s’être croisé les bras en attendant que le temps passe ; il faut avoir couru le grand risque de croire que ce que nous sommes participera à la croissance du monde : c’est une audace ! Mais croyez-vous que la capacité d’aimer qui est en nous puisse ne servir à rien ? Non, elle est de Dieu et le Seigneur nous demande de l’engager totalement selon nos forces pour qu’elle produise dans le monde, l’amour qui nous vient du Seigneur. Il y a, en nous, quelque chose qui ne vient pas de nous mais qui est le don de Dieu, il y a, en nous, l’empreinte de la bonté divine.

Le dernier serviteur ne risque rien, il enterre son unique talent, comme on enterre un mort. Il ne croit pas que la vie puisse avoir une autre finalité que la mort. Et lorsque revient le maître, il n’a que le talent enterré à rendre. Ce talent c’est lui-même qui n’a fait retentir aucun écho de bonté dans son histoire. Or, Jésus dit qu’il eut même trouvé son compte s’il avait engagé son talent à la banque, même dans le calcul et la logique strictement humains des intérêts ; même là, il aura produit quelque chose. 
La parabole enseigne que les 2 premiers serviteurs ont su vivre pour autre chose que pour ce monde seulement, ils ont vécu, habités par la conscience que la vie est donc à faire fructifier pour la gloire du Maître ! Ils étaient tout habités par la conscience que le Maître compte sur eux, les rend participant d’une œuvre ; le dernier est sourd à l’appel, sa conscience lui indique que ce monde est absurde et il enterre sa propre capacité à donner que son maître avait pourtant discerné en lui ! Tout homme peut donner un peu de lui-même, sinon par amour du Maître du moins par amour des autres ! L’enjeu de la parabole est donc la mise à jour des capacités de bonté qui sont en chacun ! Il est temps de les faire paraître !

Si le dernier serviteur ne veut pas savoir si son maître a vu en lui une bonté, une capacité à aimer, si cela ne l’intéresse pas et s’il pense qu’il pourra contenter son maitre en lui rendant le talent reçu à l’heure de son retour, et bien Jésus dit : « cela n’est pas possible !  Tu n’as pas vu ce qu’un autre voyait en toi comme trésor. C’est que tu n’as pas voulu qu’un autre t’aide à découvrir de quelle bonté tu étais riche ! ». Là est le drame de l’histoire : ne vous laissez pas dans l’ignorance de ce que Dieu a semé en vous, vous êtes semence divine pour le Royaume : tous !

Jésus rappelle que le Maitre donne, comme son Père a donné le monde et a donné notre vie… Il donne tout pour que ses serviteurs donnent à leur tour ! et donnant ce qu’ils ont reçu, ils sont entrés dans la joie du Maitre : vous êtes ceux en qui – par qui - je fais connaître ma propre munificence, ma magnanimité ! Dieu en ce monde ne se donne à connaître que dans la bonté des hommes, elle est divine ! Le bon curé de Lourdes, le curé Payramal qui avait fini par reconnaître en 1858 que la petite Bernadette Soubirous, ne mentait pas mais qu’elle s’engageait elle-même toute entière dans cette rencontre avec la Belle Dame ; on lui disait  lorsqu’il faisait l’aumône aux pauvres, « Père, vous n’avez rien et vous donnez tout », et il répondait « je suis riche de ce que je donne ».

Telle est la sagesse de la femme décrite dans le livre des Proverbes ! la « femme » dont il est question ici ne désigne pas un rôle social dédié ; le texte part de l’expression de la vie sociale dans laquelle les femmes sont engagées, pour aider à comprendre ce que contient une vie humaine : la capacité de concevoir la charité, l’amour, le don ! « Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre, elle tend la main au malheureux. (…) ses mains travaillent volontiers. (…) Célébrez-la pour les fruits de son travail : et qu’aux portes de la ville, ses œuvres disent sa louange ! » La femme ici évoquée est celle qui a correctement conçue le sens de la vie : trouver la manière de révéler la bonté qui est en chacun de nous ! Comment révèle-t-on la bonté qui est en nous ? En nous mettant au service des pauvres.

Cette parabole nous dit, qu’il y a quelque chose à dévoiler en nous, une merveilleuse capacité à recevoir et à donner ! Le sens de la vie temporelle consiste donc à découvrir cette bonté afin de pouvoir en rendre compte pour notre joie, pour notre plus grande joie ! 

La situation dramatique du dernier serviteur traduit le véritable péril qu’encourt l’humanité si elle rejette son Créateur : « Vous n’avez pas voulu comprendre ce qui déjà se trouve en vous comme en germe de mon image et de ma ressemblance ! Vous n’avez pas voulu comprendre que vous n’êtes pas faits pour vivre, naître, grandir, murir, vieillir, et mourir, mais pour « entrer dans la joie de Dieu » et que votre vie ne peut se comprendre parfaitement sans l’accueil de cette promesse qui vous dépasse, comme vous dépasse du reste le fait que vous soyez nés sans rien avoir demandé ! »

3/ Qu’en faisons-nous ? en quoi cela changera-t-il notre façon de vivre ?

Commençons par éviter les erreurs du mauvais serviteur : il ne dit que du mal de son maître « le maître est âpre au gain », et il ne fait rien de ce don « il enterre le talent. »

Nos vies sont toutes marquées par deux réalités objectives : une première est celle de notre corps et l’autre est celle de notre volonté. Sur notre corps, nous ne pouvons rien ou presque, il est ce qu’il est et durera le temps qu’il durera ; mais la volonté au contraire  est le signe notre dimension spirituelle – elle est en notre pouvoir et ne s’arrêtera pas, elle sera même consacrée pour l’éternité. Nous sommes dans une époque qui semble méconnaître ces deux réalités; nous pouvons aider notre époque à retrouver un peu de sagesse : alors qu’elle cherche à exercer son pouvoir sur le corps pour le faire durer toujours au lieu d’en accepter la finitude, et qu’elle néglige l’importance de la volonté, comme si d’emblée nous n’étions pas libres, il nous faut lui rappeler que le Christ libère de la peur de perdre son corps en nous donnant son Corps ressuscité, en nous donnant son Esprit-Saint ; ainsi il soutient notre volonté de pouvoir dépasser les limites que nous éprouvons, et l’amour du Seigneur touche nos cœurs et les embrase du désir de vivre avec Lui et pour Lui car il nous aime ! C’est ce que nous vivons en chaque Eucharistie.

Frères et sœurs, la parabole met en garde contre ce qui arrive lorsqu’on enterre son talent : par exemple à ceux qui ayant reçu le Baptême, la Communion, la Confirmation enterrent par la suite ces dons sous un manteau de préjugés, sous une fausse image de Dieu qui paralyse la foi et les œuvres. Oui, ce que le Christ nous a donné se multiplie en étant donné à son tour ! Ainsi s’explique cette phrase si difficile de l’Evangile « A celui qui a, on donnera encore et celui qui n’a pas, se fera enlever même ce qu’il a » car « A celui qui a quelque chose à donner, on donnera encore pour qu’il puisse le donner » ; « et celui qui n’a rien à donner, se fera enlever même ce qu’il croyait avoir ». C'est un trésor que nous sommes, Dieu le voit en nous, fait pour être dépensé et partagé avec tous.

Tout est don : la vie, la confiance, l'amour, la liberté sont des dons à vivre sans peur. Il nous est seulement demandé d’accueillir le don et de croire qu’il porte le germe de l’éternité. Si vous saviez le don de Dieu… Amen.

Père Laurent Stalla-Bourdillon
Basilique Sainte Clotilde
Dimanche 19 novembre 2017

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