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Homélie pour la vigile pascale, samedi 15 avril 2017

Chers amis, 

Nous venons d’entendre ce soir des paroles tirées des Saintes Ecritures, des paroles qui sont la Parole même de Dieu. Chacune des personnes venues proclamer cette parole a réalisé un immense service : le don de la vie, car ce n’est pas moins que la vie que nous recevons dans ces paroles. Les paroles de l’Ancien Testament que nous avons entendues nous ont rappelés quelle est cette histoire d’où venons-nous, ce qui est en train de se jouer dans le cours de notre existence, et pourquoi après tout sommes-nous si timides, si peu enclins à appliquer toute notre intelligence, tout notre esprit, tout notre cœur à essayer de comprendre ce qui est en jeu dans le temps de nos vies ? Nous sommes peu enclins à découvrir le grand mystère parce que nous savons qu’une terrible obscurité pèse sur cette histoire. Cette terrible obscurité est cet évènement redoutable qui empêche l’homme d’être fier, car il ne peut pas être fier devant le mal et devant la mort. Une ombre est portée sur nos vies, alors si souvent, comme tant de nos contemporains, nous subissons le temps ou le perdons beaucoup, et parfois nous sommes rappelés, réveillés, car quelqu’un frappe, car nul ne veut que nous dormions dans cette vie.

Le Seigneur vient réveiller l’homme, il vient le ressusciter. Quand le Christ se réveille d’entre les morts, c’est l’homme tout entier qu’il réveille, c’est l’humanité tout entière qu’il réveille. Et en cette nuit, chacun de nous est réveillé. Quelle est cette histoire que nous vivons ? C’est une histoire merveilleuse ! L’œuvre de la création est un don merveilleux ! Cette vie que nous avons reçue est un don merveilleux, tellement merveilleux et qui ne vous a rien coûté. Vous avez reçu la vie gracieusement, sans y être pour rien, c’est-à-dire que c’est un don qui vous est fait en pure grâce. Cette vie ne nous a demandé aucun effort, ce monde ne nous a demandé aucun effort, il nous est tout simplement donné. Nous sommes là. Bien sûr que nous peinons, comme je le disais en commençant, nous peinons à comprendre pourquoi nous sommes là, et nous ne parvenions même plus à identifier à quel point celui qui a voulu ce monde nous crie son amour. Il nous veut vivants ! Et il nous lance ainsi dans l’existence, il nous lance dans cette œuvre admirable. Et parce que nous sommes restés mystérieusement sourds à son appel, il est venu lui-même.

Toutes les lectures, que nous avons entendues, nous ont conduits à comprendre que Dieu lui-même était venu affronter le mal et la mort pour rappeler aux hommes que le seul terme véritable de leurs vies est la vie, la vie de Dieu. Mais il n’y a pas de vie en dehors de l’union à Dieu qui est la vie. Autrement dit : il faut que les hommes se relèvent et reprennent cette course merveilleuse semblable à celle d’un enfant qui court vers les bras de son père pour y éprouver la joie la plus profonde. Jésus est venu courir vers son père. En se faisant homme, il a pris chacune de nos humanités pour nous entraîner avec lui vers la joie sans fin. Jésus est venu prendre sur lui, en lui - et c’est ce que nous avons médité ce Jeudi Saint et ce Vendredi Saint - il est venu prendre en lui tout ce qui arrête l’homme. Et en échange il lui donne le dynamisme de l’Esprit. Au cœur de l’épreuve, il rencontre et affronte l’Adversaire.

Cette joie de ce soir, nous l’entendons dans ces paroles de l’Evangile, échangées entre Marie-Madeleine venant au tombeau et les anges et encore avec Jésus qui la rencontre. Je voudrais attirer votre attention sur cet échange.

L’ange descendu du ciel roulait la pierre et s’assit dessus. Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, se mirent à trembler et devinrent comme morts. Ils étaient sensés être des vivants, mais voilà qu’ils sont comme morts. La mort n’est pas ce que nous croyons qu’elle est. La mort se trouve présente aussi souvent que l’homme s’arrête. L’ange prit la parole et dit aux femmes : « Jésus le Crucifié n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Donc il n’est plus là, venez voir qu’il n’est plus là. Puis vite, allez dire à ses disciples : il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée, là, vous le verrez. » Il nous faut, si vous le voulez bien, prêter attention à ces paroles : « Là, vous le verrez. Il vous précède en Galilée, mais d’abord vite, allez dire à ses disciples : il est ressuscité d’entre les morts. » Il faut bien comprendre ceci : ils verront le Christ en Galilée, parce que d’abord vous, les femmes, vous serez allées dire à ses disciples qu’il n’est plus là où on avait déposé son corps.

La vision du Christ ressuscité est consécutive à l’annonce de sa résurrection. Comprenez-moi bien : cela veut dire que vous ne pouvez pas dire : j’ai vu le Christ ressuscité, et puis ensuite simplement entendre quelqu’un qui vous dira : il est ressuscité. Il est ressuscité, et vous le verrez qui vous précède en Galilée. Et c’est parce que les femmes vont aller l’annoncer que les disciples vont pouvoir le voir. Ne croyez pas qu’il faille désormais que le Christ fasse encore le travail de se montrer lui-même pour que les hommes croient qu’il est ressuscité. Il a chargé les saintes femmes d’aller annoncer qu’il est ressuscité ! Et parce qu’elles vont faire cette œuvre, alors les hommes vont voir et rencontrer le Christ ressuscité. Car le Christ ressuscité ne se rencontre qu’en ceux qui l’annoncent. Et qu’il n’y a aucune chance que les hommes fassent la rencontre du Ressuscité, si ceux-là mêmes qui ont reçu la mission d’annoncer qu’il est vivant se taisent.
Les saintes femmes partent annoncer aux disciples, elles vont honorer leur mission. Et Jésus se présente à elles pour leur dire : « Allez annoncer à mes disciples que c’est en Galilée qu’ils me verront. » C’est donc que le Christ ressuscité se rencontre parce que quelqu’un l’annonce. Il nous est toujours plus facile de dire : je veux bien le voir, et ensuite je dirai. Mais Jésus dit, et les anges disent aux femmes : « Allez annoncer, ainsi vous permettrez aux hommes de le rencontrer. » Ainsi, où rencontrons-nous le Christ ressuscité ? Dans ces existences transfigurées, transformées, habitées par la parole de l’ange, habitées par la parole du Christ.

Il ne suffit pas que le Christ, une fois encore, fasse une œuvre, fasse un miracle, se donne à voir. Fais un miracle, alors nous croirons ! Mais elles vous le disent le miracle, et vous ne voulez pas entendre. Ainsi donc, Jésus ressuscité est remis à la parole, à l’annonce confiante de ceux et celles qui ont aujourd’hui la responsabilité de l’annoncer. Et cette responsabilité est celle de l’Eglise toute entière. C’est parce que vous direz que le Christ est ressuscité que vous permettrez à ceux et celles qui vivent autour de vous de le rencontrer. Je sais bien que cela peut nous sembler audacieux, mais l’annonce de l’Evangile est la pure audace, comme cette existence que nous vivons est une pure audace puisqu’elle nous entraîne vers la vie éternelle, et que la vie éternelle nous l’annonçons dans le Christ ressuscité. Il ne sert à rien de dire aux hommes qu’il y a une vie après la mort si ce n’est pas pour annoncer que cette vie s’est manifestée dans le Christ ressuscité. Il est ressuscité !

Ainsi, cette parole continue son chemin dans le cœur de ceux et celles qui entendent cette parole. Il ne nous appartient pas de savoir s’ils vous croiront, mais le Christ est déjà en chemin vers eux dans cette Galilée. Qu’est-ce qu’est la Galilée, sinon le lieu même où Jésus a inauguré sa mission, où Jésus veut à nouveau - comme il va le faire dans les jours qui viennent - envoyer ses disciples en mission ? Il vous précède en Galilée : c’est, tandis que vous serez en mission d’annonce de l’Evangile, que vous le rencontrerez. Aujourd’hui, le Christ vient à notre rencontre. Chacun et chacune de nous, il vient nous renouveler dans la grâce de notre baptême.

Et dans un instant, c’est Mariam elle-même qui va vivre cette rencontre avec le Christ dans son Eglise, parce que cette Eglise lui annonce qu’il est vivant, qu’elle est appelée à entrer pour la vie éternelle dans une union avec lui, pour toujours. Par le baptême, Mariam va être plongée dans la mort et dans la résurrection de Jésus. Par la confirmation, elle va recevoir part à l’Esprit du Christ, l’Esprit du Seigneur qui vit et qui agit en nous. Par la grâce de l’Eucharistie, elle va recevoir le seul Pain par lequel on s’assimile la vie, la vie du Ressuscité. Et par la grâce de ce jour, parce qu’à côté d’elle se trouve Patrick, son mari, désormais vous serez formés, unis par le Christ dans une unité nouvelle, car le Christ lui-même, dans son alliance avec l’humanité, vient donner forme à votre alliance conjugale. Vous serez ensemble époux, vous serez ensemble une parole, une promesse pour ce monde.



Laissons-nous rejoindre, frères et sœurs, ce soir par tous les signes qui nous sont donnés. Depuis l’obscurité, nous sommes venus à la pleine lumière. Dans un instant, ce sera l’eau, plus encore ce sera l’huile sainte du saint chrême, puis le pain et le vin et toutes les belles réalités qui sont autour de nous. Nous sommes au pied de la croix, mais cette croix ce soir est fleurie, le Christ nous emmène dans le paradis. Amen. 

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