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Homélie du dimanche 18 juin 2017, solennité du Saint-Sacrement

Frères et sœurs,

1/ Ces paroles que nous venons d’entendre sont extraordinaires, elles sont tout simplement la vérité de la vie. Aujourd’hui, nous fêtons avec toute l’Eglise par toute la terre, la Fête-Dieu, la solennité du Corps, la solennité du très saint Corps et du précieux Sang du Christ. C’est le mystère de la Présence réelle du Seigneur dans l’Eucharistie. Pourquoi célébrons-nous cette fête ? Après tout, pourquoi venons-nous à la messe ? Il faut constamment, dans notre foi, remiser nos évidences, repartir de zéro, si vous le voulez bien, pour que ce que nous avons compris, ce qui fait que nous justifions que nous venons, puisse être renouvelé intérieurement et constamment. S’il fallait que je vous dise combien année après année, - et je pense que le père Edouard, le père Antoine, le père Jean-François, le père Thierry de l’Epine pourraient dire la même chose - nous ne cessons pas de comprendre plus profondément ce que nous célébrons, et que le jour de notre ordination, à la vérité, je peux dire que je n’avais pas tout compris et que l’Esprit Saint ne cesse pas de nous aider à comprendre toujours davantage.

Ainsi, nous célébrons le sacrifice du Christ qui est pour le salut du monde entier. L’Eucharistie est l’acte de réception d’un don qui nous est fait. Et ce don fait de nous un don ! et c’est ce que nous allons essayer de comprendre. Le salut se réalise à partir du moment où ce qui est un don reste un don et suscite en nous la gratitude ! Il faut donc vaincre l’idée que la vie est sans finalité, que la vie est un dû. Elle est un don ! Il faut constamment comprendre nos vies comme un don. Et il faut renaître intérieurement pour que naisse en nous la gratitude par rapport à ce don. C’est donc un don immense. Et quel est ce don que nous recevons ? Que signifie l’incarnation du Christ ? Il signifie la révélation de la vérité de notre humanité.

Cette Fête-Dieu remonte au XIIIe siècle. A cette époque, les chrétiens redécouvrent l'humanité du Christ. St François d’Assise à cette époque contemple la crèche. Et c’est le pape Urbain IV, en 1264, qui va promulguer cette fête pour toute l’Église, la fête du Saint-Sacrement : qu’y voit-il ?

2/ Il y voit la vérité de notre humanité. C’est un mystère de foi, bien sûr. C’est un mystère à croire. Mais si nous acceptons, et si nous accueillons la vérité de la Révélation de notre humanité, alors nous sommes sauvés de notre animalité ! Elle nous permet, cette révélation, d’user enfin de notre liberté pour répondre à l’appel du Seigneur. Notre liberté, c’est extraordinaire ! mais elle ne sert à rien si nous ne savons pas pourquoi nous sommes faits, quel est le but, quelle est l’œuvre à accomplir ? Notre humanité doit être accomplie.

3/ Et cela nécessite que nous puissions nous nourrir. Notre humanité ne se réduit pas à ce que nous en voyons, c’est-à-dire notre corporalité. Notre corporalité, notre corps permet de voir notre vie intérieure, spirituelle, notre liberté intérieure, notre être profond. Il faut nourrir la vie de l’homme. Dieu se rend présent aux hommes, en tant qu’il est pour eux leur vraie nourriture. Nous avons besoin de recevoir cette nourriture. Nous avons besoin ensemble de nous dire à une époque où nous sommes tous tellement attentifs à ce que nous mangeons, à la toxicité éventuelle des choses, mais nous passons complètement à côté de ce qui est le plus nécessaire pour nous, ce dont nous nous nourrissons : qui sont les paroles, car les paroles sont l’aliment spirituel qui sont adaptées à notre vie spirituelle.

J’aime cette petite phrase de Gandhi, qui avait compris que si « Dieu devait apparaître aux affamés, il n’oserait leur apparaître que sous la forme de nourriture ». Affamés, nous le sommes ! Affamés de vérité ! Et cette vérité vient au-devant de nous, sous la forme d’une nourriture. Nous avons besoin de cette nourriture qui est la Parole de Dieu qui est la vie des hommes ! « L’homme ne vit pas seulement de pain », avons-nous entendu « mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Il nous faut des paroles divines pour nourrir nos esprits ! Et nous le savons tous, nous sommes saturés de paroles qui n’ont pas la hauteur de la dignité de l’être de l’homme. Si nous baignons dans des paroles qui ne veulent rien dire, nous finissons par vivre un écœurement. En revanche, des paroles qui donnent du sens, qui donnent de la profondeur, des paroles qui dévoilent la beauté de la vie, nous nourrissent intérieurement !
4 /Ainsi, notre être spirituel a faim : faim d’interpréter, faim de comprendre ce réel et ce monde qui nous accueille. Qu’est-ce qu’est la vie ? Notre propre questionnement est une nourriture extraordinaire. Si Dieu a donné la manne aux fils d’Israël qui cheminaient dans le désert - la manne, c’est une question : « manne-hou » veut dire « qu’est-ce que c’est ? » Qu’est-ce que c’est ce qui vient le matin ? « Qu’est-ce que c’est » ce qui chaque jour vient de nouveau ? Nous avons besoin de nous nourrir de questions. Rien ne nous ouvre davantage que les questions sur le mystère de la vie.

5/ Alors, cette Parole vient au-devant de nous, elle vient fortifier notre vie intérieure, c’est une Présence pour fortifier notre cœur. Ce n’est pas une Parole qui vient de loin, c’est une présence qui nous parle : « Je suis là ! » nous dit Dieu. Et nous, nous lui disons : « Ta présence, Seigneur, me guide et me rassure ! Je n’ai pas besoin que tu me racontes des histoires, j’ai besoin que tu sois là, avec moi, durant le temps de la vie ! Car je ne sais pas d’où vient ce monde, et je ne sais pas où va ma vie. » Et si le Seigneur nous dit : « Mais ne crains pas, je suis là ! » Alors, nous lui dirons : « Seigneur, j’ai confiance en Toi ! »

6/ C’est aujourd’hui que le Seigneur nous parle. Le don que le Christ fait de sa vie, ce n’est pas un acte du passé, c’est un acte d’aujourd’hui. En chaque Eucharistie, le Seigneur se donne à nous. Ainsi, l’Eucharistie est un don.

« Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Ma chair, dit Jésus. Qu’est-ce que cela veut dire ? « Ma chair », cela veut dire : « toute ma vie, toute mon histoire ». « Pour que vous connaissiez le début et la fin de votre histoire, je vous donne ma chair ! Parce que ma chair s’origine en Dieu, parce que ma chair s’achève glorifiée en Dieu. Ainsi, vous connaîtrez à travers moi le début et la fin de votre histoire ! Je suis l’alpha et l’oméga ! Je vous donne ma chair, pour que rien de votre histoire ne demeure dans l’obscurité. »

Alors, ce don fait de nous un don. Parfois, il nous arrive de dire que nous aurons quelque chose à donner en échange de notre vie. « Que veux-tu, Seigneur, que je donne ? » Mais, nous ne pouvons rien donner en échange de notre propre vie, pour la garder, pour la préserver, puisque c’est notre propre vie même qu’il faut donner ! Il n’est possible de donner sa vie que dans le sacrifice du Christ, c’est pourquoi il faut que nous puissions y communier. Car lorsque nous venons communier au Corps du Christ, il vient nous aider à nous donner comme lui, à faire de nous-mêmes un don pour les autres, comme il est lui-même totalement un don pour ses frères. C’est ainsi que le sacrement rétablit en nous la filiation divine ! Vous êtes enfants de Dieu, si vous donnez vos vies pour vos frères ! Nous communions ainsi au Christ ressuscité pour les autres, pour que les autres trouvent en nous le don de Dieu pour eux, le don auquel ils ont droit. Car Dieu veut leur parler à travers chacun et chacune de nous.

Et c’est alors que nous comprenons que la mort est engloutie dans le don de Jésus. « Celui qui aime » dit Saint Jean, « est passé de la mort à la vie. » La vie et la mort ne sont pas ce que nous en voyons de façon statique, mais dans la lumière de Dieu la vie est don, don permanent, et la mort est refus du don. « Quiconque mange de ce pain, quiconque mange de ce pain qui est ma vie donnée, entre avec moi et par moi dans le don de lui-même et ne mourra jamais ! »



« Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, dis seulement une parole et je serai guéri. » Seigneur, suis-je vraiment moi aussi une présence, une présence divine pour les autres ? Demandons-nous pour terminer : « de quelle présence, suis-je le pain ? » Ma présence est-elle pain de vie pour quelqu’un ? Si le Seigneur renouvelle ainsi nos cœurs, c’est qu’il veut saisir notre humanité pour y révéler son amour, sa présence, pour nous faire connaître la vie qui n’a pas de fin. Acceptons que le Seigneur nous dévoile dans la profondeur et dans la beauté de nos vies. Nous sommes à lui, nous sommes par lui, et nous sommes pour lui. Amen. 

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