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Homélie du dimanche 2 juillet 2017, 13° dimanche du TO

La filiation humaine

Frères et sœurs,

Cette question nous taraude : qu’est-ce que l’homme, qu’est-ce que notre vie ? Le monde dans lequel nous vivons nous renvoie différentes interprétations possibles. Que sommes-nous ? Que signifie notre vie ? Nous avons peut-être trop souvent pris l’habitude de voir défiler les jours sans nous arrêter pour essayer d’honorer cette question.

La parole de Saint Paul que nous avons entendue fait entendre que le Christ est ressuscité, qu’il est mort et ressuscité. Si nous l’entendons correctement, cela signifie que l’état définitif de notre nature humaine se trouve dans son état de ressuscité. La question qui nous est posée est de savoir si nous entendons cette parole comme une promesse lointaine ou si cette parole constitue pour nous un élément réel, concret, tangible de notre propre histoire. Autrement dit : une parole qui vient transformer, bousculer les représentations que nous nous faisons ou que nos contemporains se font. Car, comme chrétiens, nous allons le voir, nous ne sommes pas censés avoir les mêmes représentations que celles du monde dans lequel nous vivons.

1/ Celui qui aime son père, sa mère, plus que moi n’est pas digne de moi, parce qu’il ne sait pas qu’il se trompe. « Aimer père et mère, aimer fils ou fille, plus que moi – faites-le, et vous n’êtes pas digne de moi » dit Jésus. La filiation humaine – toute importante qu’elle soit – n’est pas ce qui nous permet d’accéder à notre véritable identité. Cela nous est très difficile à entendre, surtout si nous mettons tout notre cœur à honorer ce commandement « Honore ton père et ta mère ». Tout est là : « honore ton père et ta mère ». Notre idée de perfection vient souvent de la qualité d’exécution de nos relations familiales : obéissance pour les enfants envers leurs parents, et amour pour les parents envers leurs enfants. Jésus dit : « Vous ne pouvez pas porter à leur plénitude ces relations filiales sans moi ! »

Et c’est probablement parce que vous essayez de vous prendre pour les propriétaires et les maîtres de la vie, que la croix fut plantée en ce monde. La croix ! « Celui qui ne prend pas sa croix » dit Jésus, « et ne me suit pas n’est pas digne de moi. » Cette croix représente toutes nos tentatives de nous passer de Dieu. Seul l’amour de Dieu est la puissance d’achèvement de nos vies, seul l’amour de Dieu est ce qui leur donne tout leur sens ! Jésus insiste en invitant ses auditeurs à comprendre que la vie n’est pas en votre pouvoir, ni en votre possession : « Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera. » On ne la possède jamais, la vie, on la reçoit toujours pour la donner, on la donne pour la recevoir à nouveau !

Ce don se réalise essentiellement dans l’accueil de l’autre. On donne sa vie essentiellement, non pas lorsqu’on en fait un don à quelqu’un, mais lorsqu’on ouvre en soi une capacité d’accueil. Car il y a dans la capacité d’accueil une disposition divine que nous ne soupçonnons pas assez ! Après tout, d’un point de vue pratique, à quoi sert-il d’avoir la capacité d’accueillir, de créer en soi, chez soi, un espace pour un autre ? Selon la logique du monde, selon l’efficacité du monde, selon la rentabilité du monde, cela ne sert à rien, vous avez beaucoup plus de chance de perdre. L’accueil est donc le signe tangible de la gratuité en ce monde. Et la gratuité est le sceau de la vie divine. Où voyons-nous que Dieu existe dans le monde ? Dans la capacité qu’ont les hommes à s’accueillir les uns les autres gratuitement.

Si l’on entend bien que Jésus conjugue « l’accueil » avec la récompense : « Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille, accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, si ce n’est qu’un simple verre d’eau à un petit en qualité de disciple, il ne perdra pas sa récompense. » Nous pouvons en conclure que : ce qui nous rend digne de Jésus, digne d’une récompense, c’est l’accueil ! Cette récompense nous est inconnue précisément parce que c’est une récompense et qu’elle sera probablement bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer.

2/ Alors, l’essentiel de ce que Jésus enseigne ici et de ce que l’Eglise doit enseigner à sa suite : c’est que la filiation véritable de l’homme n’est pas charnelle, mais spirituelle. Elle n’est pas d’abord humaine, mais divine.  Ce qu’elle annonce n’est pas ce qui tombe sous le sens, mais ce qu’elle a reçu dans le Christ ! L’Eglise comprend la souffrance liée aux problèmes de fertilité des hommes, et de la souffrance du manque qui marque toute vie humaine. Elle rappelle que nous ne sommes jamais propriétaires et maîtres de la vie.

Cette semaine – peut-être l’avez-vous entendu, dans le flot de l’actualité, des nouvelles politiques –, le Conseil Consultatif National d’Ethique a rendu public des avis sur des techniques de procréation humaine.  Cela touche directement le sujet de l’Evangile d’aujourd’hui. Chrétiens, nous pouvons et nous devons oser rappeler que la nature humaine n’est pas réductible à des techniques de productions. Ce n’est pas « d’avoir un enfant » qui apaise une souffrance, c’est toujours un surcroit d’amour qui nous libère de la souffrance.

A notre époque, l’ouverture du marché de la biologie reproductive donne l’illusion de pouvoir faire des enfants à la demande. Or, tout enfant doit encore accéder à sa conscience de personne libre et aimée, de personne appelée à aimer en accueillant gratuitement ses frères et sœurs. Cette croissance advient lorsque nous découvrons notre véritable origine dans la gratuité du don qui lui a été fait. A cette condition, l’enfant échappe au statut de « produit » issu de la seule volonté humaine. Alors, il peut donner sens à ce qu’il vit en ce monde, tout en assumant sa vulnérabilité et sa mortalité.

Chrétiens, par la conscience de notre baptême, nous qui sommes passés par la mort pour ressusciter avec le Christ, nous devons avoir plus de considération pour la vie spirituelle de l’être humain, pour la vie psychique et spirituelle des enfants. Or, nous sommes captifs d’une représentation de la réussite de la vie basée sur « l’avoir » ; « avoir des enfants » semble s’imposer comme un nouveau droit pour réussir sa vie. Mais être des parents ne se réduit pas à « avoir des enfants ».

Etre parent consiste à entrer soi-même dans une généalogie divine, par la confiance en Dieu. La confiance en Dieu dans le cœur des parents est la suprême protéine de croissance du bonheur dans le cœur de leur enfant. Les parents feront le bonheur de leur enfant s’ils demeurent dans le rayonnement de la grâce, c’est-à-dire de la gratuité et de la gratitude pour leur enfant. Jamais un enfant ne doit penser qu’il est le « produit » d’un autre homme. Ce dernier aurait tout pouvoir sur lui. Un enfant sera toujours infiniment plus que ce que ses parents ont compris de lui : il est d’abord et toujours une œuvre de Dieu, une parole vivante de Dieu. Il est appelé à partager la vie divine.

Notre société ignore ou refuse cette possibilité. Chrétiens, nous pouvons rendre saveur à la vie si nous savons en désigner le sens. Nous devons donc réapprendre à regarder la vie non à partir des techniques de procréation mais à partir de la relation fondamentale à Dieu, à l’amour qui seul éternise nos vies. Sans cela, mêmes les techniques les plus abouties ne feront qu’accroître l’angoisse de ne pouvoir maitriser totalement la vie, la mort.

Nous, chrétiens, tenons que la seule vraie généalogie de l’homme est divine. L’homme est d’abord œuvre de Dieu même si son développement corporel le fait passer par des stades de croissance matériellement établis. Nous n’avons pas à penser l’homme, comme l’établit actuellement la mentalité contemporaine selon une représentation linéaire du temps. Il faut partir du terme, de la résurrection du Christ, pour comprendre l’homme : l’origine de l’homme est la vie divine, et sa vie temporelle le dispose à la joie d’y naître. Amen.

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