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Homélie du dimanche 25 juin 2017, 12° dimanche du TO

Frères et sœurs,



1/ Repartons ensemble, si vous le voulez bien, ce matin, de cette grande question qui se pose dans le cœur de toute personne. Cette grande question qui se pose dans le cœur de tout homme est : quel est mon destin ? A quoi suis-je destiné ? Et donc, quel est le sens profond de la vie que j’ai reçue ? Le caractère transitoire de cette vie nous apparaît tôt ou tard, et cela témoigne en nous de la venue de la Sagesse. Comme Jérémie, il devient alors possible de confier sa vie à un autre que soi, à Dieu ! Jésus lui-même témoignera de cette exigence : « Père, en tes mains, je remets mon esprit » dira-t-il sur la croix.



Dieu prend soin de nous. L’homme sage sait qu’un autre pourvoit à sa vie, et c’est ce que Jésus essaie de faire comprendre à ses disciples : « Soyez sans crainte ! » Dieu prend soin de nous parce que nous sommes encore à naître ! « Il faut renaître de l’eau et de l’esprit » dira Jésus à Nicodème. Vous êtes encore dans le temps de votre formation. Autant vous êtes nés en ce monde qui passe, autant il faudra que vous soyez accouchés à la vie qui ne passe pas, la vie éternelle. Autant votre organisme corporel est-il achevé et va se dégradant avec le temps, autant votre organisme spirituel sera-t-il en conception jusqu’à votre dernier jour.Il faudra naître à la vie de Dieu, un jour, il faudra y être prêt, chaque jour !



Saint Paul lui-même compare les douleurs du monde présent à celle d’un enfantement de toute la création. Les souffrances des hommes en sont les gémissements de douleurs, et les chants de louanges des hommes en sont les cris d’allégresse.

2/ S’il est donc nécessaire de développer en soi l’organisme vital de l’éternité, l’amour, il est nécessaire que nous y soyons encouragés, aidés. Et Jésus ne propose pas de venir à côté de nous, comme s’il fallait qu’il nous coache. Il propose de venir en nous, pour développer en nous, par son Esprit-Saint, ce qui doit être développé. Et Jésus exhorte ses auditeurs à ne pas s’inquiéter de ce qui tue le corps, mais de ce qui peut blesser cette conception plus profonde et invisible de nos âmes. Comme Jérémie, on s’en prendra à vous si vous annoncez qu’il y a un Dieu, et qu’il faut l’écouter, car lui connaît notre route, lui l’a empruntée, lui en a franchi toutes les étapes jusqu’à la dernière. On s’en prendra à vous, si vous rappelez aux hommes qu’ils ne sont ni propriétaires du monde, ni propriétaires de leur vie, ni propriétaire de leur corps, qu’ils ne possèdent encore rien. Car la seule possession qui soit à la hauteur de la dignité de l’homme est Dieu lui-même.

Et dès aujourd’hui la célébration de la messe que nous vivons ensemble, nous atteste de l’amour du Père pour chacun de nous. Il nous annonce qu’il veut faire de nous les témoins de son amour, les dépositaires de son amour, nous transformer nous-mêmes de sorte que nous devenions ce pourquoi nous sommes faits : amour. Cette capacité d’aimer qui est en nous, n’est pas en ajout indifférent à notre nature qui serait une nature animale et que par certains côtés, les hommes seraient supérieurs par le fait de ces capacités d’aimer spirituelles. Non, elle est le signe de notre vocation. Seigneur, c’est le fait que tu m’aimes qui est la réponse à toutes mes questions, à toutes mes angoisses ! Ton amour éclaire ma vie et me fait vivre ! 
3/ Les catholiques sont ainsi, par la conscience profonde que leur vie est accompagnée nuit et jour, jour et nuit, et qu’il n’y a pas un instant où l’amour du Seigneur ne nous rejoint, les catholiques sont donc les témoins de la confiance. Et notre société en a besoin. S’il fallait aujourd’hui dans notre société que nous voyons de plus en plus fragmentée, fragmentée à travers des identités religieuses qui semblent vouloir entrer dans un jeu concurrentiel, dans un rapport de forces, s’il fallait que les catholiques dévoilent leur identité dans ce qu’elle a de bénéfique pour tous, car tel est bien là la signification du mot « catholique », alors il nous faut faire un effort supplémentaire. 

Le fait d’être chrétien et catholique n’est en rien comparable au fait de revendiquer une identité juive, musulmane ou hindou. Ce mot « catholique » qui vient du grec signifie « selon la totalité », autrement dit, il s’agit d’une appartenance à un groupe qui a priori n’exclut personne. Plus exactement, tout catholique perçoit ce qu’il a en commun avec toute personne humaine. L’humanité est une, et tous les êtres humains, sont faits de « la même pâte » et ils répondent des mêmes structures de leur humanité. Les identités religieuses sont secondes et n’apportent aucune distinction essentielle différentiant l’humanité d’un juif, d’un hindou, d’un musulman ou d’un chrétien.

Du reste, l’identité chrétienne est reçue à la suite d’un acte, le « baptême » ou la « plongée », par laquelle la personne se laisse unir à Jésus, le Christ, en qui se révèle l’humanité, la plénitude de notre humanité, et la destinée commune à tous les êtres humains. Dès lors le baptême par lequel naît l’identité chrétienne interdit de facto toute différence entre les hommes parce que Dieu les a tous unit dans son amour, dans un unique amour, dont Jésus est la vivante expression. Il est venu aimer tous les hommes.

Le catholique ne peut dire à un non-chrétien « tu n’es pas chrétien, tu n’as pas la même humanité que moi ». Au contraire, il trouve dans son baptême ce qui l’unit à tous les hommes quelles que soient leur culture, leur race, leur religion.

Le baptême fait surgir dans le cœur le sens authentique de la fraternité. Et notre propre société est en peine de trouver ce par quoi la fraternité va renaître. Nous sommes tous appelés à la vie par le même Père, qui nous a donné son Fils pour nous conduire, nous reconduire à la fraternité, à la conscience de notre commune filiation : c’est son amour ! Nous sommes tous nés de l’amour de Dieu !

Chacun peut reconnaître que cette conscience de l’amour qui vient de Dieu a suscité dans l’histoire de notre pays un dynamisme social, un dynamisme éducatif, un dynamisme médical des chrétiens à travers les siècles au bénéfice de toutes les populations. Ce mouvement de charité exprime en vérité l’amour de Dieu établi dans les cœurs. S’il devait se faire que l’idée de faire des non-chrétiens des chrétiens autrement que par le témoignage de la charité, de la confiance en l’amour de Dieu pour eux, s’il devait se faire que nous pensions trouver un autre moyen que celui-là, autrement dit le recours à la force, cela serait comme ce le fut déjà hier, une erreur. Car il ne peut y avoir de contrainte dans l’adhésion au Seigneur Jésus.

Les catholiques s’ils le veulent bien, et c’est cela que je vous inviterais, si vous le voulez bien, à méditer tout au long de ces mois d’été avant la rentrée, car nul doute que, catholiques, nous serons probablement sollicités ou demandés une fois encore ce que nous pensons sur quantités de sujets qui viendront occuper l’espace de la réflexion politique et médiatique. Qu’est-ce que pense un catholique, qu’est-ce qu’apporte à la société un catholique ? Puisque nous avons cette grâce d’avoir reçu la confiance, l’amour, l’amour indéfectible de Dieu pour nous et pour tous les hommes, soyons pour tous ceux que nous rencontrerons témoins de l’unité et témoins de la confiance dans l’amour qui nous éclaire et qui nous console !

Terminons en écoutant une fois encore le théologien suisse Maurice Zundel, disant : « Le chrétien, ce n’est pas celui qui n’est pas musulman, qui n’est pas juif, shintoïste, hindouiste, le chrétien est celui qui n’est qu’un amour, en lequel vit l’amour et n’aborde les autres que comme amour, en suscitant en eux un nouvel amour. » Amen. 

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