sliderhome

Homélie du dimanche 15 août 2017

Solennité de l’Assomption 15 août 2017 de l’année A

Abbaye Notre Dame de Senanque

Chers Amis, pèlerins en ce jour de l’Abbaye de notre Dame de Sénanque, réjouissons-nous ensemble de partager ce moment de communion dans la foi et dans la prière.



En vacances - si toutefois vous êtes en vacances - chacun essaye de trouver le temps du repos ; nous essayons de nous donner du bon temps les uns aux autres. D’ailleurs notre âme aspire au repos, à la plénitude, à la vie. Ce dynamisme nous habite tous ! « Cet élan intérieur est déjà en nous, l’appel de Dieu à Lui, comme une anticipation de quelque chose qui doit s’accomplir. » Benoît XVI.

Le Seigneur lui aussi désire nous donner du repos : il n’ignore rien de notre histoire personnelle, de ce qui nous habite, de nos joies, mais aussi de nos peines, de nos épreuves, de nos doutes et de nos péchés. Le Seigneur nous aime, il apaise notre âme en nous invitant à regarder Marie, sa Mère, à l’heure du terme de sa vie terrestre.



1/ Paradoxalement, cette fête porte sur une fin de vie.



Elle nous aide à comprendre ce qu’est la fin de la vie : une naissance ! Une vraie naissance avec un vrai corps ! Marie a parcouru le chemin de cette vie, notre chemin, elle nous conduit et nous dit : « Je vous emmène à la maison, mes enfants ». Elle continue de faire partie de la communauté humaine et va étendre son intercession à toute l’humanité depuis le lieu de notre destination terminale : la maison du Père.



Cette fête est vraiment la « cause de notre joie » parce qu’elle est la réponse de Dieu à l’angoisse des hommes : qu’allons-nous devenir ? Quel est notre avenir ? Quel est le destin de notre corps ?

Les occasions sont rares d’y réfléchir. Tant de personnes s’imaginent que la mort serait l’abolition de tout l’homme ! Avec l’Assomption de Marie, nous sommes sûrs que notre corps n’est pas qu’une somme d’atomes, il est et restera d’abord le signe visible de l’amour qui nous anime ! Jésus a vaincu la mort, et en Marie la mort est transfigurée ! Ils sont ressuscités tous les deux et nous ressusciterons ensemble au dernier jour.



Frères et sœurs, songeons ensemble que plus la mort est occultée, plus elle est obsédante. Plus on s’évertue à la cacher dans le monde visible, à n’en rien dire, plus elle est présente dans le monde intérieur des pensées et des coeurs.



Nous savons qu’il fallait prendre soin du corps dépouillé de la vie - et nous le faisons tous à l’égard de nos défunts - mais nous ne savions pas à quel point Dieu lui-même voulait en prendre soin en le recevant pour le rendre pleinement lumineux de sa propre Lumière ! Oui, vraiment, la fête de l’Assomption apporte une lumière de paix à ce qui en manque le plus dans notre vie : la compréhension du destin final du corps.

Notre corps est-il aussi destiné à participer à la vie éternelle ? Oui, le corps n’est pas fait pour la mort, n’en déplaise à ceux qui en restent aux seules impressions visibles et sensibles.  Ce mot « assomption » indique un mouvement d’élévation dont la source est extérieure. À l’inverse, une « ascension » indique un mouvement d’élévation mais dont la source est intérieure à la personne qui s’élève. Jésus s’élève dans son Ascension, tandis que Marie est élevée dans son Assomption. C’est ce que le vénérable Pape Pie XII proclamait le 1er novembre 1950, comme dogme, disant « au terme de sa vie terrestre, la Vierge Marie fut élevée à la gloire du ciel en son âme et en son corps », il signifiait une grâce, un don gratuit de Dieu à Marie.

Nos frères orientaux appellent cette fête « la Dormition de Marie » parce que - du point de vue de celui qui regarde Marie - sa mort est comparable comme à nul autre à un sommeil ; mais nous parlons de l’Assomption de Marie, en considérant - dans la lumière de l’Esprit Saint - ce que Dieu fait pour Marie derrière le voile de la mort : Il l’élève avec son corps auprès de Lui. Cela nous annonce qu’il y a une place pour chacun de nous, chacun de nos corps dans le cœur de Dieu.

Cette fête est une joie destinée à tous ! Si cette fête parle aujourd’hui aux baptisés, elle est vraiment destinée à réjouir le cœur de tous les hommes ! L’Église est catholique car sa joie n’est pas pour elle, mais pour toute l’humanité. Et ici, osons le dire, le christianisme rend un service à l’humanité toute entière pourvu qu’elle accueille cette espérance.



2/ Écoutons une fois encore : « Marie fut élevée corps et âme à la gloire du Ciel. » Le « Ciel » désigne le lieu de Dieu, le lieu de l’ordre, là où ne peut régner aucun désordre ! Le corps entre là où il n’y aura plus de désordre, plus de mal.

Ainsi cette fête est encore l’occasion de regarder avec lucidité le mal qui cause tant de souffrance dans le monde. La lecture de l’Apocalypse de St Jean, que nous avons entendue, nous aide à garder courage et espérance. Ce passage, nous a raconté en image, que « l’avenir appartient à Dieu, qu’il est entre les mains de Dieu, que Dieu l’emporte. Et ce n’est pas le dragon qui est si fort (…) qui l’emporte, le dragon qui est la représentation de tous les pouvoirs de la violence du monde. Ils semblent invincibles, mais Marie nous dit qu’ils ne sont pas invincibles. Certes, comparée au dragon, cette Femme qui est Marie, qui est l’Église apparait sans défense, vulnérable. Et véritablement, Dieu est vulnérable dans le monde, parce qu’il est l’Amour et que l’amour est vulnérable. Et toutefois, c’est Lui qui a l’avenir entre ses mains : c’est l’amour qui l’emporte non la haine, à la fin, c’est la paix qui l’emporte. » Benoit XVI

Frères et sœurs, ce n’est pas là un vague espoir. Il y a une raison à cette espérance. Et nous la découvrons en regardant la vie de la Vierge Marie. L’espérance invincible de l’Église vient du trésor caché, du Cœur Immaculé de Marie, de son Cœur débordant d’amour pour Dieu et pour ses enfants ! 
3/ Ainsi nous pouvons aller plus avant, et dire que l’Assomption de Marie est la révélation de l’effet de l’amour dans tout l’être de Marie, corps et âme ! Marie est celle qui conçoit l’amour de Dieu pour tous les hommes !

Lorsque Marie meurt, l’évènement de sa mort constitue la phase ultime de sa conception de Jésus. Toute sa vie, Marie n’a cessé de concevoir « qui est Jésus ».

Mais nous aussi, Frères et sœurs, toute notre vie nous concevons quantité de choses, nous les concevons à l’intime de nous-même. Nous concevons des idées, des projets, parfois nous concevons de graves erreurs. Mais nous concevons à l’intime de nous-même et c’est cela la grandeur de l’homme qui est capable de concevoir Dieu lui-même. Toute sa vie Marie a porté en elle Celui qui ne cessait de grandir en son coeur et qui rayonnait en elle. Elle est la première en chemin dans cette quête intérieure. Elle n’a pas accueilli la Résurrection de Jésus comme trop souvent, hélas, nous le faisons : comme un évènement qui ne change pas grand-chose au cours de notre histoire. Elle a accueilli la Résurrection de Jésus comme l’évènement qui changeait tout en elle, car il fallait qu’elle conçoive encore et encore… combien cet enfant était l’Amour invincible de Dieu notre Père…

À la Pentecôte, Marie est au milieu des apôtres, elle est là pour aider l’Église à concevoir à son tour « Jésus ressuscité », victorieux de la mort ! C’est une autre conception qui commence. Elle a donné son petit corps de mortel au Fils éternel du Père. Désormais, Marie aide l’Église à concevoir son Corps Ressuscité, à invoquer l’Esprit Saint et à se nourrir de sa Présence ! Chaque jour, Marie va être dans l’Église, le Cœur Immaculé capable de concevoir la Miséricorde Sans Mesure du Seigneur. Elle est entrainée par le Seigneur !



4/ Nous devons aujourd’hui, frères et sœurs, nous émerveiller de ce que tout être humain porte en lui un formidable potentiel d’amour qui le prépare à devenir lui-même « Amour ». Laissons naître en nous l’Amour et préparons-nous à naître pour toujours à la vie éternelle de Dieu.

« Aime mon enfant et tu vivras ! Conçois combien tu es aimé et combien tu es fait pour aimer ! » nous dit Marie. « Aime, mon enfant et la mort sera pour toi le passage à la vie pour laquelle tu es né en ce monde ». Sans doute est-ce là, l’une des choses les plus difficile à croire.

Alors, ayons la simplicité de reconnaitre que ce mystère nous dépasse, mais justement, ayons la joie de croire ce qu’aujourd’hui l’Église nous invite à croire. « Croire » c’est avoir foi, c’est avoir confiance ! Aujourd’hui chacun de nous est renouvelé dans sa foi. « Croire » c’est un combat de tous les jours ! Croire que notre corps est aussi l’affaire de Dieu !

Ce n’est pas à nous, de dire à Dieu ce qui est raisonnable de croire. Trop souvent nous sommes tentés de réduire le périmètre de la foi à ce que nous avons déjà compris et estimons raisonnable de croire. Mais il est de notre responsabilité d’entrer avec joie et confiance dans la Parole que l’Église aujourd’hui nous annonce. C’est à cette condition que cette fête sera pour chacun de nous une grande joie !



5/ En ce jour - et nous l’avons dit au commencement de cette Messe - nous prions aussi pour notre pays, la France, « Fille ainée de l’Église ».

Prier pour son pays, c’est vouloir que ceux qui l’habitent et ceux qui le dirigent soient inspirés et soutenus par cette lumière qui vient de la foi au Seigneur Jésus.

Cette expression « Fille ainée de l’Église » employée par le Pape Jean-Paul II en 1980 à la suite d’autres Papes, ne doit pas être mal comprise : elle ne signifie pas que la France revient de droit au catholicisme puisqu’elle est « la Fille ainée de l’Église ».

Cette expression veut dire qu’il y a en France une capacité de foi semblable à la foi de l’Église. Il y a en France une capacité de concevoir la foi au Seigneur vivant. Cette fête patronale de la France nous invite à prier pour que les français puissent concevoir dans leur cœur l’espérance que Dieu leur donne en Marie.

Il y a en France, la capacité de susciter dans les consciences une très haute idée de ce qu’est la nature humaine, et de la destinée divine de toute personne.

« France, tu as reçu la vie, et tu peux la donner à ton tour. »

Autrement dit, France, « Fille ainée de l’Église », signifie un encouragement à mettre en œuvre la « capacité de susciter la vie dans les âmes, en aidant les consciences à prendre la pleine mesure de la vie, ‘don de Dieu’ ».



6/ Concluons, en nous réjouissant de ce que chacun de nous soit doué d’une capacité de concevoir combien ce monde est bon ! Que la vie de chacun de ses habitants est bonne !

Une capacité de concevoir une issue heureuse à la vie, par-delà les épreuves, le mal et la mort.

Notre corps est un don, même fragile, vulnérable, il est bon ! Dieu l’aime et s’est promis d’y manifester sa gloire !

Faisons donc de notre vie, un don pour les autres à l’exemple de la Vierge Marie.

En ce temps de vacances, que chacun de vous puisse regarder ceux qui l’entourent avec ce regard de lumière : l’issue de ce monde passager n’est pas la tombe mais le Ciel ! Et nous y serons tous ensemble !

L’issue de nos vies est la vie ! Aidez-vous les uns les autres, en vous aimant les uns les autres ! Comme Dieu vous aime !

En Marie se tient éveillée pour toujours la parfaite gratitude, amour sans mesure pour Dieu, gratitude de Marie envers Dieu. C’est pour cela que Marie reste constamment resplendissante, parce qu’elle est perpétuellement dans l’action de Grâce, ça veut dire la gratitude. Prenez-La dans vos vies, invoquez-La ! Avec Marie, soyons remplis de gratitude, demeurons dans son Magnificat tous les jours de notre vie.

Réveillons en nous la louange qui revient à Dieu, notre Créateur, et préparons-nous à présent à recevoir sur l’autel, Jésus ressuscité qui ouvre à sa Mère les portes de la vie !

Il les ouvrira aussi pour nous, pourvu que nous puissions comme elle, concevoir la bonté sans mesure du Seigneur pour tous ses enfants. Amen.

Père Laurent Stalla-Bourdillon

Contact express