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Homélie du dimanche 4 juin 2017, solennité de la Pentecôte

Frères et sœurs,

Nous voici en cette fête de la Pentecôte, cinquante jours après Pâques. Cette célèbre fête fait mémoire de la descente de l’Esprit-Saint sur l’Eglise naissante. Mais la fête de la Pentecôte n’est pas un évènement du passé. Ce que nous célébrons aujourd’hui de façon rituelle dans l’année liturgique est comme le sommet de notre foi. Nous faisons mémoire du don que Dieu ne cesse pas de faire à son Eglise. Ainsi en vérité, c’est une Pentecôte perpétuelle que vit l’Eglise. Elle a besoin de feu de l’Esprit dans les cœurs, de paroles de vie sur les lèvres, de prophétie dans les regards, disait Paul VI. L’Esprit-Saint est Dieu lui-même. Il sonde les profondeurs de Dieu, hier, aujourd’hui, demain. Il est le maître de l’Histoire, il est aussi le maître de nos vies. Il est la présence actuelle de Dieu dans le monde par son Eglise. L’Esprit-Saint désire, il est le désir de Dieu. Dieu nous désire, et il nous envoie son Esprit afin que nous soyons transformés.

Mais de quelle transformation s’agit-il ? Malheureusement, il est difficile aujourd’hui de percevoir l’importance de la Pentecôte, l’importance de cette fête, de ce qu’elle signifie pour nous parce que nous ignorons qui nous sommes. Je veux dire : nous ignorons la façon dont nous-mêmes comme être humain nous fonctionnons, ce dont nous avons besoin pour vivre en humain. Nous ne pourrons comprendre pleinement la Pentecôte qu’à condition de comprendre que l’être humain vit de l’Esprit, que ce qui nous anime quotidiennement, c’est l’Esprit !

Mais de quel Esprit s’agit-il ? Puisque nous le savons tous, c’est un esprit qui dirige notre vie, ou plutôt nous nous dirigeons constamment selon un esprit. Cet esprit suscite en nous des désirs, des actions que nous allons réaliser. Donc, la question qui se pose est la suivante : quel est donc cet esprit qui m’habite aujourd’hui ? Puis-je me suffire de mon esprit ? En vérité, il ne s’agit pas d’en chasser un pour le remplacer par un autre, encore que… Le rituel du baptême prévoit un exorcisme, c’est-à-dire qu’il s’agit de laisser la place à l’Esprit de Dieu qui vient reprendre sa capacité d’inspiration de nos pensées. Nous avons donc besoin de comprendre, comme dit Saint Paul, que « l’Esprit-Saint parle à notre esprit » afin de la purifier, de sorte que nous puissions vraiment comprendre qui nous sommes. L’Esprit-Saint vient nous aider à comprendre qui nous sommes, où nous devons aller et où nous conduit cette vie. Ce que nous sommes, c’est-à-dire ce à quoi nous sommes destinés.

Le pape François disait il y a un an : « L’Esprit-Saint nous délivre de la condition d’orphelins et il nous restitue celle des fils. » Car après tout, voilà l’œuvre de l’Esprit-Saint dans nos cœurs : il nous rappelle, il nous fait connaître que nous sommes enfants de Dieu. Et tant que cela nous manque, nous sommes dans l’errance, et si cela nous manque, nous sommes captifs d’illusions sur nous-mêmes. Ainsi donc, c’est lui qui inspire nos pensées, il est à l’intérieur de nous. Et comme le disait saint Grégoire le Grand : « Le ciel est l’âme des justes. » Ainsi donc, l’Esprit-Saint est le Royaume de Dieu qui vient au-dedans de nous, c’est-à-dire qu’il vient nous remplir des pensées mêmes de Dieu. Nous sommes ainsi rendus justes parce que l’Esprit-Saint lui-même nous accorde au dessein de Dieu. 
Mais comprenez bien qu’il faut lui laisser la place. Comprenez bien qu’il faut lui demander, qu’il faut compter sur lui. Et c’est là certainement que se joue pour nous ce qu’on appelle le combat spirituel. Jusqu’où sommes-nous disposés à prier le Saint-Esprit, à l’invoquer, à lui demander de nous éclairer, de nous inspirer, à lui demander à nous corriger ? Viens, Esprit-Saint ! Et comme nous l’avons entendu, il est celui qui vient restaurer ce qui est abîmé, réchauffer ce qui est froid, il vient rendre la vie à l’homme. Mais son œuvre la plus éminente, au-delà du fait qu’elle vient nous unir à Dieu parce qu’elle réalise cette alliance avec Dieu : elle nous unit les uns aux autres, il est l’unité de l’humanité. Il est celui par qui nous pouvons reconnaître que nous sommes tous nés de Dieu, appelés à l’unité en Dieu.

La Pentecôte est cette fête qui évoque en arrière-fond Babel où des hommes de la même langue ne se comprirent plus, alors qu’à la Pentecôte, des hommes de langues différentes se rencontrent et se comprennent. Il faut donc qu’il y ait dans la profondeur du cœur de l’homme une ouverture, un accueil à la présence de Dieu pour réaliser cet accueil à la présence de l’autre qui va être donné comme le témoin de Dieu pour moi, celui par qui me vient la grâce de Dieu, mon frère, ma sœur. Dieu nous appelle et réalise cette unité.

Frères et sœurs, l’Eglise est dans le monde le germe de cette unité promise. Certainement, nous en voyons des contradictions, des contre-témoignages. Certainement qu’il serait plus facile pour nous de dire : eh bien, la preuve que ce que vous dites est fausse, est que nous n’en voyons pas de preuve, nous n’en voyons pas de trace. Achevez votre œuvre, faites l’unité entre les hommes, et je deviendrais chrétien ! Hélas, cela ne se réalise pas de cette façon-là, puisque l’Esprit-Saint vient en nous et agit, tandis que nous nous efforçons d’aller vers les autres. C’est Lui qui vient nous donner ce surcroît d’ouverture, de force, d’audace, et qui nous rend libres, pour que la lumière de l’unité, qui est aussi la lumière de Dieu, paraisse en ce monde. Nous n’avons pas le choix, nous avons la mission en vertu de l’Esprit qui est donné à l’Eglise de nous tourner vers tout homme, et de leur annoncer qu’ils sont enfants de Dieu, qu’ils ne sont pas ce qu’ils croient qu’ils sont, qu’ils ne sont pas ce qu’on leur dit qu’ils sont. Car ils sont enfants de Dieu.

Il y a donc une présence du royaume qui est comme un germe, une semence. Cette unité est là. Il nous appartient d’en vivre très profondément. Sans doute pouvons-nous aujourd’hui, en union avec le pape qui réunit à Rome tous les mouvements charismatiques dont il fête le 50ème anniversaire comme une ardente invocation d’une nouvelle Pentecôte pour l’Eglise. Cette Pentecôte veut dire le consentement que les chrétiens fassent à la présence de l’Esprit-Saint dans leur vie. Tournez-vous vers lui, tournons-nous ensemble vers lui ! Donnons-lui notre temps, donnons-lui notre vie !

C’est ce surcroît de disponibilité confiante à Dieu présent dans le monde qui nous permettra de vaincre toutes les tragédies qui surviennent de façon récurrente, dont le rythme semble s’accélérer, et nous pensons évidemment aujourd’hui à tous ceux qui sont endeuillés parce que la folie a encore frappé à Londres hier soir. Le cœur de l’homme est malade, Dieu l’aime cependant d’un amour infini et veut le guérir. Il nous appartient, chrétiens, d’annoncer, de témoigner à tout homme que nous sommes habités par l’Esprit, un esprit qui doit être notre esprit purifié par le don de Dieu. Demandons cette grâce les uns pour les autres ! Que l’Esprit-Saint nous fasse proclamer : « Dieu, notre Père, nous aime d’un amour infini, Jésus est ressuscité ! » Amen. 

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