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Homélie du dimanche de Pâques, 16 avril 2017

Frères et sœurs,

Que cette fête de Pâques soit pour chacun de vous une source de joie profonde ! De quoi notre humanité a-t-elle le plus besoin aujourd’hui sinon d’entendre une fois, une bonne fois et profondément, une bonne nouvelle ? Cette bonne nouvelle, ce ne sont pas les hommes qui se la créent et se la donnent les uns aux autres, c’est Dieu lui-même qui l’adresse à l’humanité : Il vient lui-même annoncer à l’humanité quel est l’horizon véritable de la vie. Il vient redire à chaque personne ce qu’elle représente pour Lui. Nous sommes précieux les uns pour les autres, jusqu’à un certain point certainement, mais infiniment précieux pour Dieu ! Et lorsque nous voyons l’état de l’humanité aujourd’hui, ses divisions, ses fractures, ses blessures, nous nous demandons comment il est possible que des hommes aient autant de haine à l’égard d’autres hommes, alors qu’ils partagent la même humanité et qu’ils appartiennent ensemble à la même famille ! Il nous faut donc bien entendre cette bonne Nouvelle que nos cœurs désirent entendre, mais qu’ils n’osent pas croire possible.

Dieu lui-même vient purifier le cœur des hommes ! Il vient purger dans le cœur de l’homme le mal qui s’y trouve. Il vient vaincre la cécité, il vient vaincre la surdité, il vient vaincre l’insensibilité, et l’être humain ainsi se réveille. Réveiller, se réveiller, se réveiller d’entre les morts, de la mort – tel est le sens de la fête qui nous réunit aujourd’hui. C’est la Résurrection, la Résurrection du Seigneur Jésus.

De quoi s’agit-il au juste ? Pouvons-nous, en prenant en petit moment, essayer de nous redire ce dont il s’agit vraiment ? La Résurrection, nous en avons entendu parler. Nous savons bien qu’elle concerne la vie de Jésus, mais il nous est si difficile d’y croire. Nous sommes dans un contexte de société, de vie, de culture, qui a tellement conçu l’impossibilité de la chose, que nous tenons la Résurrection de Jésus pour quelque chose que les chrétiens aiment à se raconter, mais qui est sinon improbable, voir complètement impossible.

Si l’on vous annonce une nouvelle, quelque chose de peu ordinaire, vous allez naturellement chercher à comprendre les causes de cette chose. Vous allez vous demander « comment cela peut-il se faire ? ». Vous allez chercher la cause, la cohérence de cette chose : « comment est-ce possible ? » Cette question, « comment est-ce possible ? », des hommes et des femmes se la sont posée, lorsqu’ils ont dû faire face à l’absence du corps de Jésus dans le tombeau. « Comment est-ce possible ? »

Marie-Madeleine court au tombeau et voit cet espace vide. Elle ne dit pas : « Jésus est ressuscité ». Elle dit : « On a enlevé le corps de Jésus, et je ne sais pas où on l’a mis ». Marie-Madeleine est parfaitement logique, elle est cohérente : à vue humaine, si le corps n’est plus là, c’est que quelqu’un l’a emporté.

Jésus était mort. Jésus était pleinement homme. Nous confessons qu’il est vrai Dieu et vrai homme. Sa mort, comme toute mort humaine, est d’abord un évènement spirituel, avant d’être un évènement biologique. Or, nous annonçons que Jésus est vivant, qu’il est ressuscité. La résurrection de son corps est la révélation de la possibilité de résurrection du corps humain, et donc de notre corps à chacun. S’il a vraiment pris notre nature, alors il nous enseigne quelque chose sur notre nature humaine. Nous devons vaincre l’idée que Jésus, lui, a pu ressusciter parce qu’il est Fils de Dieu. Il est ressuscité parce qu’il est vrai homme ! Et la bonne Nouvelle porte sur notre humanité !!! Et il est ressuscité pour apprendre à tous les hommes qu’ils sont appelés à ressusciter, et que cela appartient à la trajectoire de chacune de nos vies. L’enjeu de cette fête est donc l’accueil d’une nouvelle, d’une bonne nouvelle sur notre nature humaine.

Hélas, notre nature humaine est sortie du champ de la pensée de nos contemporains. Qu’est-ce qu’est l’homme ? A quoi est-il destiné ? Bien souvent, pour éviter de nous poser la question, nous convenons que l’homme est un animal. Ou alors nous allons penser que l’homme est une machine. Mais il est ni un animal, ni une machine, il est un être humain, il est un homme, il est destiné à devenir enfant de Dieu ! Il faut donc nous intéresser aux conditions de possibilité de la résurrection. Comment se fait-il que Jésus soit ressuscité, lui qui est vrai homme ? Qu’y a-t-il en lui qui fasse que cela a été rendu possible ? Car une fois encore, il y aurait une certaine paresse intellectuelle et spirituelle à se dire qu’après tout, Dieu peut bien le faire. Mais si Dieu fait quelque chose, il veut que nous puissions comprendre ce qu’il fait, car ce qu’il fait nous concerne tous. Qui est ressuscité ? Jésus. Qui est Jésus ? Il est celui qu’on appelle « le Verbe de Dieu », « la Parole de Dieu », « le Verbe fait chair ».
Regardons - pour bien comprendre ce qu’est la résurrection - cette scène d’évangile que nous avons entendue. Pierre court au tombeau, alerté par le message de Marie-Madeleine. Il est précédé par le disciple que Jésus aimait, qui lui n’est pas entré. Pierre entre le premier dans le tombeau. Derrière lui entre le disciple que Jésus aimait. Ce que nous avons entendu dans l’Evangile, c’est ce que le disciple que Jésus aimait a vu. C’est lui qui nous raconte l’histoire. Nous ne savons pas ce que Pierre a éprouvé, cela ne nous est pas dit. Mais nous savons ce qu’a rapporté celui qui marchait avec Pierre et qui est entré dans le tombeau après Pierre. Que nous dit-il ? Il entre dans le tombeau : ce tombeau est vide du corps de Jésus,  mais lorsque lui entre, ce tombeau est plein de la présence de Pierre. Car Pierre est devant lui dans le tombeau. Il vit Pierre devant l’absence du corps de Jésus. Il vit Pierre face à l’impensable. Pierre, en entrant dans le tombeau de Jésus, est en train de prendre pied avec la vie. Il est en train de comprendre, c’est-à-dire qu’il est en train de laisser se former en lui une parole, une compréhension, un sens, une cohérence des choses qu’il n’avait pas conçues jusqu’alors. Il est en train de laisser se former en lui un Verbe de vie. Il est en train lui-même de ressusciter parce que ressuscite en lui cette Parole de vie que Dieu a adressé aux hommes en Jésus et qui est en train de prendre chair de sa chair. Ce Verbe de vie est en train de naître en Pierre, ce Verbe par lequel toute chose prend sens.

Et pourquoi ce Verbe est en train de naître et de ressusciter en Pierre ? Parce que ce Verbe était mort dans les hommes, ce Verbe est mort dans tous les hommes, car tous les hommes sont plongés dans l’ignorance du sens de leur existence. Et lorsque vous avez des hommes qui ne savent pas pourquoi ils vivent, eh bien vous savez que dans cette humanité la parole de sens est morte. Dès lors, vous comprenez que, dans cette histoire, le mort n’est pas celui que vous croyez. Jésus est mort, mais il est mort pour révéler aux hommes qu’ils sont morts, donc ils n’ont pas en eux la Parole par laquelle leur vie prend sens. Et cette Parole, Dieu nous l’a envoyée en son fils Jésus. Il faut donc aujourd’hui que ressuscite en nous une parole, une parole de foi par laquelle notre vie, soudain, prend sens. Oui, nous étions morts. Et cette tombe dans laquelle est entrée Pierre est vraiment celle dans laquelle Jésus est allé chercher l’humanité. Il est allé la chercher pour l’en sortir.

Désormais, Pierre, tout entier dans son être, porte en lui cette Parole. Le Verbe de Dieu se fait chair de sa chair. Et Pierre va partir sur les routes du monde pour annoncer ce que l’Eglise annonce aujourd’hui, pour annoncer ce qui nous réunit aujourd’hui dans cette église : les hommes sont appelés à partager la vie de Dieu. Telle est la merveille de nos vies, telle est ce dont l’Eglise est dépositaire. Ce trésor qu’elle porte, elle ne le porte pas pour elle. Elle le porte pour tous les hommes, car tous les hommes ont besoin d’entendre cette parole qui leur fait un bien intérieur, parce qu’elle vient leur apporter tout simplement la Vie. Jésus ressuscité est la Vie des hommes.

Et aussi souvent que vous annoncerez à quelqu’un que le Christ est ressuscité, et parce qu’il est ressuscité, vous êtes appelé à ressusciter, vous ferez du bien à cette personne, même si immédiatement elle vous gratifie d’un petit sourire narquois, en vous disant : « est-ce bien possible ? » Il ne vous appartient pas de savoir si cette personne va vous croire sur le champ.

Les disciples de Jésus vont partir annoncer que tous les hommes sont appelés à ressusciter. Que ce que nous portons en nous, notre âme, a besoin d’être nourri, a besoin d’être fortifié. Notre âme, c’est ce Verbe, cette Parole, ce par quoi nous nous disons les uns aux autres : je t’aime, je vis par ton amour. Notre vie n’a de sens que parce que nous nous aimons. Ce que nous sommes au plus profond de nous, ce n’est que l’amour. Notre corps de chair connaîtra la tombe, mais nous ne sommes pas nos corps, nous sommes l’amour que nos corps manifestent. Il nous faut aujourd’hui essayer de redécouvrir ce qu’est l’homme, quel trésor il est. Alors, je vous le disais, nous avons besoin d’être nourris, d’être fortifiés. Qu’est-ce qui vient nous fortifier davantage que des paroles qui nous encouragent ? De quoi avons-nous le plus besoin, comme un enfant, d’entendre de la part de son père qui l’encourage : va, mon enfant, va, donne, aime, sers tes frères, deviens l’amour que tu es !

Et pour fortifier cette parole en nous, le Christ lui-même se donne en nourriture. Dans un instant, à cet autel, nous allons communier à son Corps ressuscité. Il nous donne une nourriture pour que nos corps puissent l’assimiler. Mais en l’assimilant, c’est notre âme qui est fortifiée. C’est la promesse qu’il nous fait, et la promesse, chers amis, nous l’entendons comme une Parole. Et cette Parole vient nous fortifier en nous, car voyez-vous, d’une certaine façon, il serait vain de venir simplement communier pour recevoir quelque chose de matériel, sans que nous comprenions que ce don qui nous est fait, est fait pour nous parler, pour que nous recevions en nous une Parole, sa Parole, Lui-même !

Dieu notre Père, ouvre nos oreilles, ouvre nos cœurs, pour entendre que rien ne nous parle davantage de ton amour, qui nous est donné gracieusement, gratuitement, inconditionnellement. Tu nous as donné cette vie gratuitement. Tu as manifesté que tu relevais, que tu donnais la vie à ton Fils. Tu donnes la vie, et tu nous la donneras encore. Mais nous avons tant de mal à nous laisser aimer, à nous laisser porter. Seigneur Jésus, toi qui es ressuscité d’entre les morts, Toi qui es le Vivant, tu ne consommes pas la vie, tu la donnes. Donne-nous ta vie, fais-nous vivre de ta vie !

Lorsque vous allez recevoir le Corps du Christ ressuscité, c’est votre avenir, frères et sœurs, que vous allez recevoir. C’est Lui qui, venant en vous, reforme un cœur semblable au sien, c’est Lui qui forme en vous un être semblable au sien, capable de se donner à ses frères. En regardant à nouveau le monde aujourd’hui, nous pouvons tous humblement demander à Dieu de nous aider à le recevoir correctement, de nous aider à comprendre qu’il veut venir nous délivrer du mal, pour que l’humanité entière soit délivrée du mal. Il nous ouvre les portes de la vie. Puisse chacun et chacune d’entre vous repartir de cette basilique en ayant cette joie profonde en vos cœurs, de savoir que Dieu jamais ne vous abandonne, que Dieu toujours se tient près de vous, pour parler à votre cœur et faire renaître en vous le Verbe de vie, son enfant bien-aimé. Amen.

Père Laurent Stalla-Bourdillon

Dimanche 16 avril 2017, Jour de Pâques

Basilique Sainte Clotilde

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