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Homélie du dimanche 26 février 2017, 8° du TO

La vocation du corps, la Providence de Dieu et la confiance de l’homme


Frères et sœurs,

Nous voici ce matin dévoilés, mis à nus, dans ce que portent en secret nos cœurs à tous, semblables à toute l’humanité. Cette inquiétude qui se tient dans le cœur de l’homme, cette inquiétude qui est nourrie par son ignorance du sens des choses, du sens de l’Histoire. « Dieu, m’a-t-il oublié ? » disait le prophète Isaïe. Nous portons en nous cette question : Dieu m’a-t-il oublié ? Et nous la portons plus particulièrement lorsque nous sommes touchés par l’épreuve, lorsque notre vie se trouve malmenée par des maladies, par des épreuves. Nous essayons d’y répondre, nous essayons d’apporter des solutions à ces difficultés que nous rencontrons. Nous ne savons pas très bien ce que nous sommes pour Dieu. Je répète : nous essayons d’y répondre, mais nous sentons bien que toutes nos réponses sont frappées d’insuffisance. Non, je ne suis probablement pas que cela pour Dieu, d’ailleurs je ne sais pas très bien ce que je suis pour lui.

Alors le prophète Isaïe, dans une formule extrêmement consolante pour le peuple d’Israël, lui dit : mais tu es le fils de ses entrailles ! Et Dieu, à travers son prophète, se sert d’une image que nous connaissons pour nous aider à comprendre ce que nous sommes pour lui : nous sommes une part de lui-même, nous sommes un fruit de ses entrailles. Comment une mère pourrait oublier son nourrisson ? Nous sommes un fruit de Dieu, nous sommes un « dire » de Dieu, nous sommes une parole de Dieu. Dieu nous prononce. Mais nous ne le savons pas, c’est-à-dire quelque chose en nous a oublié à quel point Dieu était attaché à nous, même pas attaché comme s’il pouvait se détacher, il ne peut pas se détacher de nous, car nous sommes son œuvre. Je répète : nous sommes une Parole de Dieu. Et c’est parce que nous ne le savons plus qu’il nous a envoyé sa Parole, qu’il nous a envoyé son Fils, parce que le Fils est celui qui dit qui est le Père. Et Jésus va nous donner son Corps. Dieu ne peut en aucune manière nous oublier.

Oublier, c’est ne plus se souvenir, en hébreu : zakhor. Z-k-r, cette racine du mot qui donnera le prénom Zacharie, « celui qui se souvient ». Zacharie, le père de Jean-Baptiste, fut muet jusqu’à ce que remonte en lui le souvenir de l’homme qui arrête d’oublier quelle est la promesse que Dieu lui a faite. Alors, Zacharie habité par la promesse de Dieu retrouve la parole. La parole de Dieu est la parole de celui qui n’oublie pas, qui ne peut pas oublier, qui ne peut pas nous oublier. C’est ce que nous croyons. Si vous êtes croyant, faites confiance à Celui qui jamais ne vous oublie, qui jamais ne vous perd de vue, non pas pour vous juger, mais pour vous faire grandir, pour que grandisse en vous votre joie de savoir qu’il est là pour vous constamment. Comment nos contemporains qui ne croient pas en Dieu pourraient être désireux de croire en lui, si ceux-là qui croient en Dieu ne lui font que modérément confiance ? Notre confiance en Dieu doit être totale !

Quand il y a des choses que nous ne voyons pas, mais la seconde lecture que nous avons entendue nous a dit : la venue du Seigneur mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres. La venue du Seigneur, la venue de la Parole de Dieu nous éclaire sur quelque chose qui reste cachée, qui reste obscure et que nous appelons symboliquement : les ténèbres. Mais ces ténèbres contiennent quelque chose que nous avons à découvrir, mais nous n’avons pas accès à ce que contiennent ces ténèbres, nous n’avons pas accès à ce que contient une épreuve dans notre vie. Une épreuve dans notre vie n’est seulement quelque chose d’absurde. Absurde voulant dire que nous sommes sourds à ce qui nous arrive. C’est absurde, ça n’a pas de sens... Ce n’est pas que ça n’a pas de sens, c’est que je suis sourd au sens de ce qui m’arrive ! Donc nous ne pouvons pas voir, et pour dire cette impossibilité de comprendre les épreuves de nos vies, nous nommons cela : ténèbres. 
Mais le psaume 138 dit : « J’avais dit, les ténèbres m’écrasent, mais la nuit devient lumière autour de moi, même la ténèbre pour toi n’est pas ténèbre. La nuit comme le jour est lumière. C’est Toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant Toi le prodige, l’être étonnant que je suis. Etonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait. » Voilà la parole de celui qui est entré dans la lumière, ou plutôt qui a laissé la lumière entrer en lui, dissiper toute ténèbre, toute crainte.

Alors dans l’Evangile, le Seigneur Jésus dit : « Mais de quoi vous inquiétez-vous ? » Nous sommes en effet tellement tirés à l’extérieur de nous-mêmes, tellement oublieux de Celui qui veut pourvoir à notre vie que nous pensons que nous allons y pourvoir bien mieux que lui. Et c’est en cela que Jésus nous invite à la confiance totale qui s’appelle pour nous : la providence de Dieu. La providence de Dieu : Dieu pourvoit, voilà ce que cela veut dire. Mais vous voyez bien que nous sommes mystérieusement mis à l’épreuve de notre confiance dans la divine providence. Providentia - pro : devant, videre - voir. Prévoir, voir devant, voir en avant. La providence de l’amour, c’est la prévoyance de Dieu qui voit ce dont nous avons besoin. C’est exactement ce que Jésus nous dit : « Mais votre père sait ce dont vous avez besoin. » L’amour prévoit toujours, il a prévu par avance. Il n’y a pas de ténèbre pour Dieu, rien ne lui est caché. Sans l’amour provident de Dieu, nous sommes livrés au règne du destin aveugle. Et nous avons à vaincre en nous cette petite voix qui nous dit : « il y a un cours de l’histoire qui est aveugle ». Alors, convertissez-vous à l’amour, convertissez-vous à la lumière !

La providence de Dieu se traduit pour nous, en nous dans une confiance absolue en lui. Nous savons, chrétiens, depuis le début, depuis notre naissance que l’amour nous enveloppe, qu’il est victorieux de la mort. Je dis depuis notre naissance, car lorsque nous sommes sortis du sein maternel, l’amour, la bienveillance, la charité de nos parents sûrement, mais de tous ceux qui  constituaient cette communauté humaine au sein de laquelle nous sommes nés, a pourvu à notre vie. Car, combien même nous étions formés après neuf mois, nous ne sommes pas viables tout seul, nous sommes remis à l’amour, à la prévoyance de l’amour, à la providence dont les hommes sont capables pour que cette petite vie humaine tienne le cap de son indigence native.



Alors nous avons à réfléchir à la signification de ce qu’est notre corps, et nous avons à convertir notre regard sur notre corps. Car le corps n’est pas ce que l’on croit qu’il est. Le corps n’est plus transparent à l’amour, il est le signe d’un amour. Il est le signe, je disais toute à l’heure, d’une parole de Dieu, d’une volonté de Dieu sur nous. S’il est là, notre corps, de quoi est-il le signe ? Et si je vous dis que Dieu ne nous quitte jamais du regard, qu’il veut habiller chacun de nous d’un vêtement de gloire plus grand que celui de Salomon, c’est qu’il veut que nos corps signifient ce qu’ils signifient aujourd’hui : son amour, sa gloire. Car c’est lui qui a permis que nous soyons. Nous ne sommes pas simplement des produits de l’histoire, nous sommes l’œuvre d’un amour. Alors si nous lisons notre corps à la seule lumière de notre raison, notre corps nous parle du temps qui passe, notre corps nous parle des instincts, de la matière, du temps et de la mort qui vient, et nous sommes plongés dans les ténèbres. Et nous devenons haineux à l’égard de notre corps, tellement haineux que nous voulons nous-mêmes le corriger. Mais il est le signe d’un don, d’un don de vie qui n’est jamais possédée par l’homme, mais qui est toujours reçue.



Jésus révèle l’énigme de notre corps, lui qui est toute lumière. Il est cet enfant sorti de l’eau au moment de son baptême, et qui entend la voix de son père qui lui parle. Il est cet enfant sur le mont Tabor, transfiguré dans la lumière du feu de l’Esprit. Il est cet enfant qui traverse l’épreuve du Golgotha. Il est celui qui nous rappelle qu’en chacun de nous, dans notre corps, un enfant est en train de grandir et va naître un jour pour toujours à la vie sans fin. Oui, notre corps est le lieu divin où Dieu déploie son amour qui est sa puissance et sa vie. Chercher d’abord cela, c’est le royaume de Dieu. Chercher d’abord l’éternité, qui n’est pas un temps infini, mais qui est une présence permanente de Dieu à votre vie.

Viens Seigneur, révèles-en notre corps la splendeur de ta lumière. Fais de nous des êtres de lumière qui rayonneront de la lumière de ton amour. Amen. 

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