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Homélie du dimanche 22 janvier 2017, 3ème du TO

Communier au Corps du Christ

Chers enfants,

Quel bonheur pour moi de vous voir ici avec vos parents après cette succession de mercredis matins où nous nous sommes retrouvés à l’école ou à la chapelle pour préparer ce grand jour de votre vie, un jour dont il est probable que des souvenirs resteront gravés dans votre cœur, dans la mémoire de votre cœur !

Avec vous, chers parents, chers paroissiens, chers amis, je voudrais rappeler, nous rappeler ensemble un certain nombre de choses qui me semblent essentielles pour notre temps. Le défi majeur pour la jeunesse, pour vos enfants, le défi éducatif majeur de notre temps est de rendre aux jeunes une idée juste, une haute idée de ce qu’ils sont, de ce qu’ils ont reçu de vous, de ce qui les constitue dans la profondeur de leur être et surtout de ce à quoi ils sont appelés.

Et ce n’est pas en écoutant le bruit du monde qu’ils le sauront, le monde leur dira qu’ils sont pour le monde, pour la vie économique, les réduisant alors à des forces de travail demain dont nous voyons bien qu’elles peuvent devenir obsolètes, moyennant quoi l’être humain pourrait lui aussi devenir obsolète. Et nous pourrions redouter alors que l’homme soit une réalité jetable, comme le pape François ne craint pas de le redire, il nous faut nous garder de cela.

Donc, c’est en écoutant la Parole du Seigneur que l’Eglise annonce et qu’elle s’efforce de vivre et de comprendre, que le cœur de l’enfant accède à « l’être humain », à ce qu’il est lui-même, qu’il est comme dévoilé à lui-même. Et c’est cela que nous voulons faire ensemble, tous ensembles : aider les plus jeunes à découvrir la grandeur de ce qu’ils sont, alors leur permettre aussi de résister à la force de réduction de la personne à la matière qui compose son corps. L’être humain n’est pas son corps, mais son corps est le signe d’une présence en lui, d’un intime, d’une puissance rayonnante d’amour. Recevoir aujourd’hui le corps du Christ, c’est recevoir sa présence, c’est recevoir une personne, c’est recevoir une puissance d’amour qui vient me révéler que je suis moi aussi une puissance d’amour en ce monde.

L’éducation de vos enfants à l’école sainte Clotilde intègre cette profonde part d’eux-mêmes qui est le formidable potentiel d’amour qui est en eux. Oui, l’être humain porte en lui une dimension qui le rend apte à la communion avec l’amour sans mesure que nous appelons « Dieu », et dont le Seigneur Jésus a révélé l’être intime, « la Sainte Trinité », relation de don de soi par amour sans mesure. Heureux sommes-nous de savoir que vos enfants à l’école non seulement reçoivent des connaissances sur le monde, mais qu’ils reçoivent cette connaissance sur eux-mêmes pour qu’ils puissent être dans le monde ce qu’ils ont à être : des témoins de l’amour de Dieu. 

Alors, nous pourrions le dire : « je dois me construire, pour construire le monde ». Pour construire le monde, je ne dois pas seulement connaître ce qui est dans le monde, mais aussi ce qui est dans l’homme. Et c’est sans peine que nous pouvons ensemble déplorer - comme le faisait Saint-Paul dans la lettre que nous avons entendue - que tant de maux de ce monde, que tant de rivalités entre les hommes viennent des désordres qu’il y a dans le cœur des hommes eux-mêmes, ignorants leur profondeur, ignorants leur vocation. Pour donner au monde la lumière de la joie, je dois encore accueillir la lumière par laquelle je me découvre moi-même, objet d’un amour infini de Dieu ! Et si je suis objet d’un amour infini de Dieu, alors je vais annoncer que tout homme est l’objet d’un amour infini de Dieu, parce que peu le savent, parce que peu sont prêts à l’entendre.

Alors si nous sommes ensembles disciples du Christ, catholiques dans cette église catholique, c’est parce que nous tenons ensemble un certain nombre de vérités, et je voudrais en rappeler simplement trois : 

1/ Dieu est créateur, il est bon et sa création est bonne. Il donne la vie gracieusement, sans mérite préalable de notre part. Le désir de Dieu est de nous appeler à partager sa vie. La vérité, c’est que nous ne sommes pas surs de vouloir ce qu’il veut, et préfèrerions souvent vouloir ce que nous voulons nous-mêmes. Mais qu’est-ce que notre volonté personnelle ? Que peut-elle vouloir vraiment si ce n’est la volonté de Dieu lui-même puisque lui seul est à l’origine de toute cette œuvre magnifique dans laquelle nous sommes ? Comprenez-moi bien, quel intérêt y aurait-il à vouloir quelque chose d’autre que la volonté de Celui qui a voulu que je sois ? Et « si Tu veux que je sois, alors je veux jusqu’au bout ce que Tu veux pour moi ! Car Toi seul as la clé de ma destinée, Toi seul as la clé de la grandeur de mon être ! Et j’ai besoin de le recevoir ! » Dans leur communion, les enfants aujourd’hui reçoivent le Christ, qui est en Personne la volonté de Dieu, la volonté du Père.

2/ Ensuite, nous croyons qu’existe du mal dans le monde et que ce mal atteint aussi le cœur des hommes. Nous en sommes à la fois les complices et les victimes. Le Seigneur nous annonce qu’il est possible d’en guérir, d’en être délivré moyennant une confiance sans mesure en Lui. Lui peut nous en délivrer en nous pardonnant nos péchés. Alors nous sommes saints, vraiment saints, parce que son amour nous pardonne. Et les enfants ont fait vendredi, ici dans le chœur de la basilique, l’expérience merveilleuse de la tendresse de Dieu, de la miséricorde par laquelle le Seigneur récrée un cœur pur. Alors ils peuvent dire : « Seigneur, tu ne m’aimes pas parce que je suis sans péché, mais je suis sans péché parce que tu m’aimes et que tu me sauves par ton amour ! » Ainsi dans leur communion, les enfants reçoivent l’amour du Christ qui les sanctifie, son amour gratuit, inconditionnel et irrévocable. 

3/ Enfin, et je m’arrêterais avec cette troisième dimension de notre foi, essentielle pour notre temps : la liberté de chacun fait sa destinée éternelle. Je ne suis pas une marionnette, Dieu prend au sérieux mes désirs, mes choix, mes actions. Il me pardonne mes erreurs, mais il respectera jusqu’au bout ma liberté et je serais tenu responsable de ce que je fais de bien et de ce que je fais de mal. Oui, mes actions construisent ou détruisent, me construisent ou me détruisent. Elles construisent un monde meilleur, si je me laisse moi-même habiter par le Seigneur. Que Ta vérité, Seigneur, vienne en moi !

Disons pour résumé, que nos actes ne sont jamais complètement neutres, et que nous devons apprendre à vivre selon notre baptême, selon l’amour du Père reçu au baptême pour vivre dès maintenant en « Enfant de Dieu ». Certes, c’est une tâche exigeante, et parfois nous préférerions ne pas avoir cette liberté, nous préférerions que quelqu’un nous en ôte. Mais c’est notre grandeur, c’est notre beauté ! Et c’est tous ensembles que nous venons apprendre à user de notre liberté pour la vérité, pour la vérité de ce que nous sommes.  Dans leur communion, les enfants reçoivent aujourd’hui le Christ, qui est la vérité de l’homme, la vérité qui les rend libres, qui les humanise pour qu’ils agissent dans leur vie en vue de la vérité.

Tout cela fait qu’à l’école et à l’Eglise, nous voulons aider les enfants à accéder à eux-mêmes, à la profondeur de ce qui est en eux ; à donner le meilleur d’eux-mêmes, à les appeler à donner le meilleur d’eux-mêmes. Eglise et école participent de la même mission d’éducation qui n’est pleinement humaine que si elle est aussi spirituelle. Cette pleine mesure de leur bonté, de cette bonté qui est en eux, ils la reçoivent aujourd’hui dans l’Eucharistie. Il y a en chacun de vos enfants, chers parents, une dimension qui est en eux sans eux, qui est en eux sans vous, elle est de Dieu ! Et Dieu lui-même vient la nourrir. En communiant, ils reçoivent l’amour sans mesure, qui vient former en eux une capacité d’amour sans mesure.

Alors, et nous terminerons avec cela : ce n’est pas simplement pour eux-mêmes qu’ils communient, c’est pour les autres, pour leurs familles. C’est pour que je sois celui que les autres ont le droit d’attendre de moi. « Je communie, et tu viens, Seigneur, renouveler mon cœur pour que les autres trouvent en moi le cœur aimant auquel ils ont droit. Car je ne peux pas les priver de l’amour que tu as mis en moi pour eux, et c’est pour que je sois pour eux que je viens communier aujourd’hui ».

Autrement dit, nous avons constamment besoin de renouveler intérieurement nos cœurs en venant toujours à la source de l’Amour, à la source du Christ en le recevant. Et c’est en l’écoutant peu à peu que nous accueillerons la plénitude de la révélation de Dieu. Car, voyez-vous, il y a encore un défi qui nous tient : nous aimons Dieu assurément, nous voulons qu’il nous accompagne, mais nous voulons surtout qu’il nous dévoile la plénitude, c’est-à-dire la mesure sans mesure de son amour pour nous. Or, notre tentation constante est de réduire le projet de Dieu à l’aune de ce que nous pensons raisonnable, alors nous enfermons Dieu dans notre raison au lieu de nous ouvrir à la raison de Dieu qui nous emmène bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer. Tel est le cœur de la foi, telle est le sens de notre confiance.

Oui, Seigneur, aujourd’hui entraîne-nous, entraîne-nous dans ton Royaume d’amour puisque ton Royaume d’amour vient au-dedans de nous. Heureux-sommes nous de nous laisser transformer intérieurement. Prions les uns pour les autres ! Prions particulièrement pour les enfants, car le monde de demain va recevoir d’eux ce que Dieu aujourd’hui est en train de déposer en eux. Ils seront ceux qui relèveront demain les défis de l’unité, de la solidarité du monde. Et cette solidarité viendra parce qu’ils auront été capable de se tenir devant le Christ, solitaire peut-être mais avec lui toujours, pour leur joie. Amen.

Père Laurent Stalla-Bourdillon

Dimanche 22 janvier 2017

Basilique Sainte Clotilde

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