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Homélie de la Nuit de Noël, 24 décembre 2016

Le moment est venu ! Oui le moment de la joie est venu avec vous les enfants, avec vous chers parents, grands-parents peut-être, oncles, tantes, amis, cousins, qui êtes tous réunis ce soir en cette basilique pour cette merveilleuse nuit de Noël. Le moment est venu pour nous tous ensemble d’essayer de nous redire pourquoi cette nuit de Noël est la source d’une grande joie pour nous et pour le monde ? Mais, vous le savez tous, il est nécessaire, génération après génération, de nous redire ce qu’est Noël. Après tout, vous le savez bien, l’effervescence de la consommation de ces dernières semaines nous a bien alertée sur le fait que nous approchions d’une fête. Mais quant à la possibilité de savoir ce qui est contenu dans cette fête, quant à la possibilité même de dire « Joyeux Noël ! », vous sentez bien que nous devenons de plus en plus incertains, peut-être la situation devient-elle plus inconfortable.

Noël est une joie pour tout homme ! Pour tout homme, fut-il d’une autre confession religieuse chrétienne, parce que si un non-chrétien découvre ce qu’est Noël pour un chrétien, alors il demandera à ce chrétien de vivre Noël jusqu’au bout, si tu crois vraiment ce que tu m’annonces ! Mais qu’est-ce que les chrétiens annoncent à Noël ?

Ils annoncent cette joie extraordinaire que Dieu entend le cri des hommes ! Dieu entend ce cri qui provient du plus profond de notre cœur, du plus profond de notre être et qui n’est pas le bruit du monde. Le cri le plus puissant que nous fassions entendre vient du plus profond de nos cœurs. Il est si profond, chers amis, que nous ne l’entendons pas !

Un cri de souffrance ! Et ce monde crie de souffrance ! Mais aucun homme, semble-t-il, sur cette terre ne peut supporter la densité de ce cri. « Tais-toi, ton cri de souffrance me perturbe ! »

Un cri d’ignorance, car nous ne savons pas après tout, ni vous ni moi, complètement, parfaitement pourquoi nous sommes là, pourquoi le monde est-il aussi frappé par le mal ? Pourquoi aucun homme ne parvient à la solution de ce mal ? Cri du plus profond de nos cœurs !

Mais voilà, Dieu entend ce cri. Il le connaît. Et lui seul peut y répondre. Noël est une source d’immense joie, car la réponse que Dieu fait au cri des hommes, c’est de nous envoyer son Fils. Nous sommes tous et toutes, chers amis, objet de la bienveillance de Dieu. Il vient et prend notre humanité. Il naît comme un petit homme. J’ai déposé, chers enfants, ce santon de Jésus dans la crèche. Ce santon est la contraction du mot « santun », du « petit saint ». Les santons de nos crèches sont ces figures de saints qui sont venus devant le Christ dans la crèche pour se laisser sanctifier par lui. J’ai déposé le Christ : il est venu prendre notre humanité. Il est venu s’unir à nous, s’unir à notre chemin en prenant lui-même le chemin de l’existence humaine. Il veut parcourir les nuits et les jours, il veut parcourir les joies et les peines de tous les hommes. Et ce faisant il nous dit que Dieu ne veut pas que nous restions seuls, seuls avec nos souffrances, seuls avec nos cris. Alors il dit : « Voici je viens à toi ! » L’Enfant de la crèche, Jésus dont le nom signifie « Dieu sauve » est aussi « Emmanuel » ce qui signifie « Dieu avec nous ». Il est le seul qui soit capable de nous aider à rendre vraiment ce monde meilleur, le seul qui soit capable de nous aider à vaincre l’énigme du mal et de la mort. « Je suis avec toi. Je suis avec toi sur la route de la vie. » Parce qu’après tout et voilà, l’immense cadeau de Noël ce soir, chers amis : le Christ, en prenant notre humanité, vient nous redire ce qu’est notre humanité. Ce que nous ignorions, c’est que notre humanité est le joyau de Dieu.  Nous ne nous figurons pas à quel point l’humanité que nous avons reçu comme une grâce de nos parents est le joyau de Dieu, le trésor de Dieu - et ce soir chacun de nous, quels que soient les qualités et les défauts de nos parents, doit les bénir du plus profond de son cœur pour la vie reçue. L’être humain n’est pas fait pour traverser 40, 50, 60 ans, 100 ans peut-être en ce monde, il est fait pour s’épanouir dans l’éternité bienheureuse. Il est fait pour traverser la mort. Vous êtes dépositaires de ce que Dieu aime le plus en toute la création : votre humanité est sainte, elle est bénie de Dieu, elle est une œuvre magnifique ! Et c’est parce que Dieu ne veut pas que nous demeurions dans l’ignorance quant à ce que nous sommes qu’il assume notre humanité et qu’il vient nous prendre par la main. 
Dans le cœur de cet Enfant se trouve un cœur intact, un cœur parfait, un cœur parfaitement humain. Le cœur de Jésus est parfaitement humain. C’est le seul qui soit pleinement humain avec celui de Sa mère. Et qu’est-ce que c’est qu’un cœur humain ? C’est un cœur qui va engager la personne à se mettre au service de ses frères.

Est homme celui qui sert ses frères, celui qui arrête de se regarder le nombril et qui se met à se donner, qui n’a plus peur de se donner parce que donner n’est pas perdre, parce que se donner est révéler la beauté de l’humanité qui est en nous. Et Jésus va ainsi gravir cette montagne, montagne de l’amour en se donnant jusqu’au bout. Il va affronter le mal, il va affronter la mort pour nous, de sorte que vous sachiez tous - si vous vouliez le garder dans votre cœur - que Dieu lui-même est le gardien de vos vies, que Dieu lui-même a le projet de reformer en vous un cœur pur, saint, parfait. Toute chose que nous nous efforcions de faire nous-mêmes techniquement ; techniquement peut-être en essayant de perfectionner notre nature humaine, ou bien peut-être même parfois en essayant d’oublier que nous avons une liberté, d’oublier que nous avons à nous sanctifier, c’est-à-dire à nous améliorer. Parce que parfois nous sommes tentés de nous résigner. Le Christ vient nous dire : « Mais je suis avec toi ! Et l’amour brûlant de mon cœur pour toi formera et reformera en toi un cœur brûlant d’amour. » Telle est notre joie ! Nous ne sommes pas seuls.

Alors ce soir nous devons vaincre et écarter toutes ces tentations qui consistent à dire : « Ce monde est mauvais. L’homme est mauvais. » Non, ce monde est bon, c’est l’œuvre de Dieu. Non, l’homme est beau, il est l’œuvre de Dieu. Nous le savons, nous le croyons : l’histoire ne va pas nulle part, nous ne sommes promis au néant, nous sommes promis à l’amour. Et cet Enfant est venu nous apprendre une chose essentielle, chrétiens : que le bien n’est pas quelque chose à faire, comme s’il n’y avait qu’une liste de chose à accomplir, « le bien est toujours quelqu’un à aimer » (Zundel). Aussi ce soir, chers amis, le plus beau des cadeaux que vous allez pouvoir vous faire, est de renaître, de renaître à la joie, à la grâce de vivre avec ceux qui vous entourent, avec ceux qui sont là autour de vous, que vous puissiez leur dire : « Tu es un don de Dieu ! Il y a en toi un trésor que Dieu me montre ». Bénissez-vous ! Bien sûr que nous avons toujours tant de raisons de nous voir par là où nous n’allons pas bien, par là où nous pouvons nous reprocher tant et tant de choses, mais ce n’est rien par rapport à la grandeur que nous sommes ! Et c’est précisément à condition de nous dire que je suis grand, que vous êtes grands, que Dieu vous appelle, que vous prendrez alors la route, la route du Christ, celle qu’il ouvre devant vous.

C’est notre joie, chers amis, c’est la joie de toute l’Eglise que de pouvoir annoncer à toute l’humanité qu’il y a dans cet Enfant le salut de toute l’humanité. Oh, naturellement personne n’est obligé de le croire - or c’est bien là ce que croient les chrétiens.

Alors ce soir ensemble, nous allons accueillir au plus profond de nos cœurs - si vous le voulez bien -, la puissante lumière du Christ, son amour, l’amour de Dieu pour vous. Ne quittez pas cette église sans avoir au plus profond de votre cœur laisser pénétrer la lumière de l’amour de Dieu pour vous. Il vous aime ! Il viendra vous chercher coûte que coûte, parce qu’il lui en coûte de nous voir partir, de nous voir souffrir. Il nous aime ! Et, chers parents, chers grands-parents, le plus grand désir que vous pouvez avoir pour vos enfants, pour cette génération assise devant moi sur ce tapis, c’est qu’ils connaissent Jésus, qu’ils s’attachent à Lui, qu’ils entrent en amitié avec Lui. Car dans son regard, l’amour est inconditionnel. Il nous aime parce que nous sommes tout simplement. Il nous aime de façon irrévocable. Rien, rien ne l’empêchera de venir nous dire que nous sommes aimés de Dieu notre Père, et qu’il veut nous conduire de ce monde à la joie sans fin. Joyeux Noël ! Amen.

P. Laurent Stalla-Bourdillon

24 décembre 2016

Basilique Sainte Clotilde

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