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Epiphanie du Seigneur, 8 janvier 2017

Solennité de l’épiphanie

Les mages ou l’humanité en quête de sa plénitude


Frères et sœurs,

La fête de l’épiphanie prolonge la grande joie de Noël. La célébration du jour de Noël oriente nos regards vers l’enfant qui illumine la crèche. L’octave de Noël, huit jours après, le 1er janvier est la fête de « Marie, Mère de Dieu ». L’Eglise invite les fidèles à lever le regard depuis l’enfant de la crèche vers celle par qui il est venu, Marie qui le donne. Huit jours plus tard encore, et c’est aujourd’hui, l’Eglise invite tous les fidèles à comprendre ce que Saint Matthieu dans son évangile veut nous faire entendre, lorsqu’il nous raconte le récit de ces mages qui viennent à Jérusalem d’abord, puis à Bethléem pour adorer l’enfant. Que faut-il comprendre de ce que nous décrit saint Matthieu de ce que voient les mages ? Ils voient non plus simplement l’enfant, non plus simplement la mère, mais l’enfant et Marie, sa mère. Cet enfant nous le regardons, nous l’adorons parce qu’il porte pour nous la plénitude de l’humanité. Il a pour nous le secret de notre humanité. Notre humanité, chers amis, ni vous ni moi nous ne pouvons dire jusqu’au bout ce pour quoi elle est faite, ce qu’elle contient ni sa véritable grandeur. La mesure de l’homme n’est pas dans l’homme, mais en Dieu qui a voulu l’homme. Et tant que nous n’avons pas le Christ en qui la plénitude de l’humanité est révélée, nous ne savons pas qui nous sommes. « Veux-tu savoir ce que tu es fils d’homme, humain ? Suis-moi, et tu sauras ».

La visite des mages nous invite à découvrir quelque chose de très profond. Il y a toutefois une question qui se pose parfois, et nos commentateurs de la vie de l’Eglise, du christianisme se plaisent parfois à dire - comme c’est le cas actuellement avec un auteur célèbre – « après tout, tout cela est de l’ordre du mythe, cela ce sont des histoires, il n’y a aucune certitude historique, car il n’y a de vrai que ce que l’histoire nous raconte, que ce que les preuves historiques nous permettent de savoir ». Alors la question se pose : « les mages sont-ils vraiment venus ? » Hélas, nous pensons que seul ce qui est historique est vrai. La visite des mages n’est pas vraie parce qu’elle est historique, entendez, qu’elle s’est produite dans l’histoire et qu’elle ressort d’un passé lointain - ce qui au fond ne nous avancerait pas tellement. Elle est vraie et historique parce qu’elle ressort d’un aujourd’hui de la vérité de votre histoire à chacun, de notre histoire à chacun !



Expliquons. A l’Orient de nous-mêmes, dans la profondeur de notre cœur, dans ces espaces infinis qui nous habitent, il y a un Orient. Il l y a un désir d’être orienté vers la vérité. De cet Orient viennent les puissances intérieures de la quête, du désir : de la quête de vérité, de la quête de beauté, de la quête de sens. Les mages sont le symbole de cette humanité en quête de vérité. Et Jésus, plénitude de l’humanité, appelle par sa présence au milieu des hommes, il appelle à lui l’humanité qui est en quête de plénitude, en quête de lui ! Il est donc logique que celui qui est la plénitude de l’humanité oriente désormais vers lui, du plus profond de leur humanité leur soif de vérité. Et les mages se mettent en marche. Les mages sont en chacun de vous ; ils sont ces désirs profonds de voir, de comprendre et d’adorer, qui se trouvent dans le cœur de tout homme ! Ils sont nos désirs d’être enfin gouverné par le bien, par l’amour, d’être enfin libéré de la peur de la mort, d’être enfin dans la louange joyeuse du Créateur que nous connaissons comme notre père. Ces mages sont l’humanité en marche vers sa joie ! Cette humanité est en nous, cette part d’humanité qui cherche sa joie sans fin ! Oui, ces mages sont notre propre humanité en chemin vers son accomplissement.



Nous entendons dans ce récit que la connaissance ne suffit pas, il ne suffit pas de connaître les choses. Il faut le désir de rencontrer Jésus ! Hérode a la connaissance, mais il n’a pas le désir. Les mages ont le désir, ils n’ont pas la connaissance et ils vont l’acquérir en dépit des épreuves qui se trouvent dans l’humanité, car il y a aussi en nous (à la surface de nos vies) un Hérode qui résiste, qui ne veut pas que quelqu’un le supplante. Il y a en nous un Hérode qui veut faire barrage aux mages. 
Ces hommes déposent devant l’Enfant Jésus ce qu’ils ont de plus précieux. Qu’y a-t-il de plus précieux pour l’homme, sinon ce par quoi un homme devient vraiment homme ? Il n’y a rien de plus précieux pour un homme que ce qui permet à son humanité de se développer, tout le reste est vain. Si nous avons toutes les richesses de la terre, mais que nous n’avons pas ce par quoi nous devenons homme, tout est vain. Alors à travers les présents qu’ils offrent à l’Enfant Jésus, ces hommes apportent ce qui est - pour les sages qu’ils sont - l’expression de ce qui est le plus important.

Et cela nous est symbolisé par l’or qui représente la royauté de celui qui gouverne avec sagesse ; car un homme n’est un homme que lorsqu’il se gouverne lui-même avec sagesse et par amour ! Ils apportent la myrrhe qui symbolise l’immortalité de celui qui a vaincu la mort par sa confiance dans l’amour de son père pour lui. Car, entendez-le bien, l’homme n’est homme, et pleinement homme, que lorsqu’il a vaincu la mort en lui, de sorte que, chers amis, la plénitude de notre humanité et la plénitude de notre vie est devant nous ! Elle est devant nous, elle est en nous par la grâce de notre baptême. Mais nous savons que nous atteindrons la plénitude de notre humanité que lorsque le Christ aura vaincu en nous tous les germes de mort et que nous serons ressuscité avec lui. Il y a un travail à faire en nous !

Et puis il y a l’encens qui symbolise la prière de celui qui unit ciel et terre, l’homme et Dieu pour une louange éternelle. Un homme n’est un homme que lorsqu’il a parfaitement uni en lui la présence de Dieu et lorsque Dieu s’est parfaitement uni à lui, lorsqu’il est entré dans cette louange qui est le seul sacrifice qui plaise à Dieu, le sacrifice de louange : « je te bénis Père du ciel et de la terre ! »



L’humanité dans sa plénitude est devant nous : elle est devant nous dans le temps, mais elle est devant nous dans cet enfant ! Et la chance, la grâce que Dieu nous fait, c’est de le recevoir aujourd’hui sur cet autel, lui qui nous parle et qui se fait pour nous nourriture, qui régénère nos cœurs.

L’homme en quête de vérité et d’adoration se heurte - je vous l’ai dit - à la médiocrité de ceux qui pensent pouvoir gouverner selon leur seule sagesse. Il y a cet Hérode à l’intérieur, et il faut se méfier de ceux-là qui veulent se gouverner selon leur sagesse car ils finissent en meurtrier des plus petits, comme le fera Hérode.

Il y a encore ceux qui pensent pouvoir atteindre l’immortalité par leurs seules sciences : ils finissent en broyant la dignité de l’homme. Et il y a ceux qui pensent n’avoir d’autre Dieu qu’eux-mêmes, ils finissent dans l’oubli froid de l’enfer.

A travers ces mages, Saint Matthieu veut nous dire que la quête de l’humanité aboutira, quoi qu’il arrive. La joie de l’humanité aboutira, notre joie aboutira. L’Enfant Jésus est cette joie ! Heureux ceux qui le trouvent, mais déjà heureux ceux qui le cherchent !



Pour terminer, je voudrais que nous puissions regarder les mages offrir ces présents : or, encens et myrrhe. Vous avez tous chez vous un peu d’or, un peu d’encens peut-être, un peu de myrrhe – si non de la myrrhe, du moins du parfum. Ce sont des réalités assez simples après tout ; mais ce qui importe ce n’est pas la valeur de ce qu’ils offrent, c’est l’amour avec lequel ils les offrent, c’est l’amour avec lequel ils les offrent... Je voudrais qu’en cette année - puisque c’est la période des vœux - toute chose que nous nous donnons, nous nous le donnions toujours avec amour, avec amour ! Car en te donnant quelque chose aussi simple que ce soit, j’honore ton humanité, j’honore ton humanité, cette humanité qui est belle, qui va vers la Christ, qui va vers sa joie.



Demandons cette grâce pour nous-mêmes, demandons-la pour toute l’humanité, car - nous le croyons - elle ne trouvera la paix qu’en trouvant Celui qui est le prince de la paix, Celui qui vient refaire nos cœurs à chacun. Aujourd’hui la question n’est pas de savoir qui appartient à quelle religion ou quoi. La question est de savoir qui permet au cœur de l’homme de devenir plus humain, d’être refait de l’intérieur, d’être sanctifié et purifié. Préparons-nous donc à présent à recevoir Celui qui est l’envoyé de Dieu, celui qui nous aime d’un amour infini et qui vient refaire en nous le cœur d’un enfant de Dieu capable de se tourner vers son Père et de lui dire avec confiance : « je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre ». Amen.



Père Laurent Stalla-Bourdillon

Dimanche 8 janvier 2017

Basilique Sainte Clotilde

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