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Homélie du dimanche 27 novembre, 1er dimanche de l'Avent

Le temps de l'Avent, un temps d'attente vigilante et joyeuse


1/ Frères et sœurs, durant l’Avent, l’Eglise donne une coloration particulière au temps qui pourtant s’écoule invariablement.

Ce dont nous allons parler ensemble ce matin est extrêmement important et peut-être particulièrement difficile, difficile à vivre, c’est pour quoi nous allons en demander la grâce les uns pour les autres.

Je voudrais commencer par me poser quelques questions avec vous. Des questions simples, peut-être des questions d’enfants, des questions d’enfants que nous avons cessés d’être, et essayer d’y répondre.

Si l’Avent est un temps d’attente, qu’est-ce qu’attendre ? Et que devons-nous vraimentattendre ? Et d’abord qu’est-ce que le temps ? A quoi sert le temps ? Quelle idée vous faites-vous du temps ?

Vous le voyez bien, est-ce que finalement, le temps ne nous fait pas constamment attendre un futur comme un mur blanc sur lequel nous projetons quantité de choses… un futur que l’on imagine, mais qui comme un mur se repousse à mesure que nous avançons. Il y a toujours un futur devant nous… et c’est parfois fatiguant d’être toujours devant ce mur du futur qui s’éloigne à mesure que nous avançons, et que nous ne pouvons jamais saisir comme s’il contenait la plénitude de notre vie. Il y a en nous une attente, et devant nous un avenir. Pourquoi cette ouverture sur un lendemain ? Pourquoi devons-nous attendre demain ? Pourquoi cette incomplétude du présent, comme si rien dans le présent ne pouvait nous combler pleinement si bien que nous n’aurions enfin plus à vouloir un demain ?

2/ A quoi sert le temps ? Justement à l’attente ! Et à quoi sert l’attente ? A la croissance de l’amour ! A quoi sert le temps ? A l’amour et à rien d’autre, à rien d’autre de sérieux. Il n’y a de temps que parce que nous sommes capables d’aimer.

Le temps est pour la créature spirituelle et corporelle que nous sommes. Le temps est le cadre approprié à la nature humaine. Parce que nous sommes humains, nous avons besoin du temps.

Les autres vivants n’ont pas conscience du temps, vos animaux, vos plantes, aucune autre créature n’envisage le temps. Le temps est le reflet dans notre conscience de l’exigence de l’amour : il doit croitre. C’est pour nous que le temps à un visage, le visage de l’amour que nous espérons car il nous fait vivre et nous rend heureux !

Le temps est pour ceux qui aiment : pour que le temps creuse en eux un manque, un vide qui sera comblé. L’amoureux qui attend d’être réuni à son amour, comprend que son attente douloureuse est aussi un temps de croissance, un espace en lui où l’amour et le désir murissent.

A quoi sert le temps ? A devenir plus homme en répondant à l’appel de l’amour, et si le temps laisse sa marque dans et sur le corps qui devient de plus en plus fragile, c’est en nous qu’il doit faire son œuvre, tandis qu’il ouvre dans l’âme une attente !

3/ Le temps est donc inséparable du désir ! Le temps de l'Avent prépare la fête de la naissance de Jésus à Bethléem. Nous devons désirer la venue de cet enfant qui sauve le monde par sa Présence, son Amour sans mesure.

Dans ce bref temps liturgique, d'un peu moins de 30 jours, l’Eglise invite tous les chrétiens à se remettre en situation d’attente : d’abord, le souvenir de l’attente de la naissance du Messie – c’est le sens de la présence d’une crèche ; puis, l’attente aujourd’hui de sa venue que nous célébrons dans la messe, car le même que nous attendons dans la crèche, est celui que nous attendons maintenant dans sa venue sur l’autel dans l’offrande du pain et du vin. Demandons-nous en cet instant quelle est notre attente relativement à la venue du Christ sur l’autel ? Et voici une troisième attente : celle de toute notre vie en vue de la venue définitive du Christ qui marquera la fin de l’histoire. La venue du Christ est définitive, est la fin de l’histoire. (Le temps est ordonné à l’amour, comme nous le voyons lié à la lumière. Lorsque la plénitude de la Lumière sera advenue, il n’y aura plus de temps.)

Une fois qu’est venu celui dont l’attente constitue le cœur de l’histoire et bien, il n’y a pas plus d’histoire puisqu’il est venu ! La fin de l’histoire est la présence du Christ ! Ce sera pour nous la joie d’être uni, réuni à Lui, cette joie posera le sceau final de notre vie. C’est ce qu’annonce le psaume : “Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait plus qu’un.” La fin de l’histoire sera notre unité. Lorsque nous serons pleinement unis les uns aux autres, il n’y aura plus de temps. Oui, le temps est pour la réalisation de notre union au Seigneur, de notre unité les uns avec les autres. Etcette unité sera l’avènement de la paix et de l’amour comme l’annonce Isaïe : “Parole d’Isaïe,– ce qu’il a vu au sujet de Juda et de Jérusalem. Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haute que les monts, s’élèvera au-dessus des collines.(…) ils n’apprendront plus la guerre.”   

Donc nous devons apprendre à penser spirituellement la fin du monde et pas seulement matériellement la fin d’un univers qui sidère les esprits avec l’image d’une explosion cosmique du soleil et des galaxies. Ce n’est pas cela la fin de l’histoire. Pour nous, la fin de l’histoire est la venue du Seigneur Jésus dans sa Gloire ; c’est Lui qui achève tout et saisit tout l’amour et le manque d’amour qui dans l’histoire aura hâter ou différer sa venue !
4/ Saint Paul en s’adressant aux Romains cherche à les aider à adopter les bonnes dispositions pour vivre en chrétiens, : “Frères,    vous le savez : c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. (…) La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. » Le cycle des jours et des nuits annonce un jour sans couchant, un jour de vie éternelle, à laquelle Jésus dans l’Evangile veut préparer ses disciples : “Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient.  Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.  Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »    

C’est une exhortation à la vigilance et à l’intelligence. Si vous savez veiller pour protéger votre maison des voleurs que vous n’attendez pas, vous devez veiller pour accueillir celui qui vient et que vous attendez !

On ne connaît pas le jour et l'heure de la venue du Christ : on ne calcule pas pour être prêt, on est prêt tout le temps. Un enfant à qui l’on a demandé de se tenir droit - comme cela arrive à tous les enfants - dirait « puisque Maman me regarde, il faut que je me tienne bien » ; c’est un calcul. Il dira désormais « je me tiens bien parce que cela m’est demandé, et alors maman est là » même si sa mère n’est pas là. Elle est rendue présente par l’observance de la loi, par la fidélité, par l’amour qu’on lui porte. Si on ne fait les choses que par intérêt, on calcule ! et nos calculs sont ridicules. Si on fait les choses par amour, on est habité par l’amour, on ne craint plus le temps qui vient.

5/ Concluons en comprenant que le Royaume de Dieu ne vient pas seulement à nous comme quelqu’un qui a annoncé sa venue et qui sonne à notre porte. Il vient en nous parce que nous l’attendons. Saint Paul dit aux Romains : « Revêtez-vous du Seigneur Jésus. » Alors l’idée de se revêtir donne à penser que nous prenons quelque chose de l’extérieur. Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus de l’intérieur de vous-mêmes ; en vous laissant habiter intérieurement par lui ! Il vient parce que nous l’attendons.

Souvent nous râlons lorsque les personnes sont en retard, elles ne répondent pas aux exigences de notre temps. Mais si nous faisons preuve de patience nous les accueillons plus profondément en nous. Le Royaume de Dieu vient en nous parce que nous l’attendons. L'Avent est le temps de l'attente de Dieu et cette attente devient le vase de l’amour ! La mesure de notre patience est aussi la mesure de notre amour ! Vous êtes toujours plus patient avec ceux que vous aimez, qu’avec ceux que vous aimez moins.

Si Dieu nous aime infiniment, il est infiniment patient avec nous, et nous devons aussi être infiniment patients avec lui, car Il vient nous apporter l’amour et la vie ! Et c'est justement pour cette raison que l’Avent est le temps de la joie.

Quand on demanda à Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, alors qu'elle était sur le point de mourir, si elle n'avait pas peur du voleur qu'elle était sur le point de rejoindre, elle répondit qu'elle l'attendait avec désir et amour. Elle nous donne un exemple de sérénité, d’ouverture à Dieu, d'intense attente d’amour.

Reprenons, pour terminer, l’oraison d’ouverture de ce premier dimanche de l’Avent :

 "O Dieu, Père miséricordieux, qui pour réunir les peuples dans ton royaume a envoyé ton Fils unique, maître de vérité et source de réconciliation, réveille en nous un esprit vigilant pour que nous marchions sur tes chemins de liberté et d'amour jusqu'à te contempler dans la gloire éternelle. Par notre Seigneur Jésus Christ." Amen.

Père Laurent Stalla-Bourdillon

Basilique Sainte Clotilde

Dimanche 27 novembre 2016

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