sliderhome

Homélie du dimanche 13 novembre, 33° du TO

La vie à partir du terme.

Nous venons d’acclamer cette parole : « Louange à Toi, Seigneur Jésus ! » Non pas parce qu’elle contiendrait des choses douces, et vous l’avez entendu, elle contient des choses terribles. Peut-être qu’un observateur, entrant dans la basilique, entendant cette proclamation de l’Evangile s’étonnerait de voir une telle acclamation d’une parole si inquiétante. Mais précisément, nous l’acclamons parce que c’est la Parole du Christ. La Parole du Christ retentit dans l’Eglise, et la responsabilité de l’Eglise dans le temps qui est le nôtre - à toutes les époques, mais pour nous dans ce temps - est de nous aider à vivre une chose en particulier : c’est de nous apprendre à penser notre vie à partir de sa fin, à partir de son terme.

Quel est ce terme ? Quel est le terme de notre vie ? Nous sommes, peut-être sans nous l’avouer, tous habités par cette question : Qu’adviendra-t-il à la fin ? Notre société est davantage préoccupée par la question de l’origine : D’où venons-nous ? Si nous savons d’où nous venons, alors nous savons peut-être où nous allons. L’Eglise, contrairement à cette inclination vers une quête de l’origine, nous invite au contraire à réfléchir et à accueillir la révélation de la fin, du terme. L’Eglise nous dit : vous découvrirez l’origine lorsque vous serez parvenus au terme, lorsque vous aurez rencontrés le Terme. Ce Terme pour nous chrétiens, c’est un amour infini. Nous cheminons vers l’Amour. Et nous découvrirons donc, au terme de notre histoire, lorsque nous aurons plongé dans l’amour sans mesure, l’Amour qui est au commencement de tout ce qui existe et qui est au commencement de notre vie. Ce terme de l’Histoire, qui est aussi le terme de notre propre histoire, nous est annoncé, nous est montré, révélé dans le Christ ressuscité.

Lorsque nous pensons au terme de l’Histoire, nous sommes également habités par tout ce que les scientifiques ou les cosmologues nous annoncent de la déflagration finale. Mais ce terme du cosmos, nous ne le verrons pas. Nous aurons conçu, connu un autre terme, le terme du temps de notre vie. Et voyez-vous, ce terme consiste pour tout homme en un accomplissement intérieur. La fin de notre vie, le terme de notre vie viendra, lorsque sera achevé en nous tout ce qui doit se réaliser en nous. Nous sommes dans un processus actuel d’accomplissement. Nous sommes en train de mettre en oeuvre nos capacités d’aimer pour devenir de plus en plus ce que nous avons à devenir. Et lorsque nous serons devenus tout amour, alors il n’y a plus d’après, il n’y a plus de développement possible, car la plénitude est atteinte.

Vous voyez, il y a constamment dans notre manière de comprendre le terme, la temporalité et la dimension d’une qualité intérieure, d’une plénitude intérieure, d’un accomplissement intérieur. Pour nous ce terme, je vous le disais, c’est le Christ ressuscité. Le terme de l’Histoire, le terme de notre histoire, c’est le Christ ressuscité. Comment, expliquez-moi, comment le Christ ressuscité est le terme de mon histoire, de votre histoire ? Parce que le Christ ressuscité est le signe visible du Père qui donne la vie à son enfant. Et c’est précisément cela le terme de notre histoire : c’est que nous rencontrons celui qui nous aime d’un amour infini et qui a conçu depuis l’origine de nous communiquer sa vie. C’est précisément le trésor de
l’Eglise d’annoncer cette Parole : le Père appelle les hommes à Lui. Le Père appelle les hommes de sorte qu’il puisse leur communiquer ce qu’il a le projet de leur communiquer depuis toujours : son Etre, sa Vie, Son Amour, tout Lui-même. Et nous sommes tous et toutes en attente de recevoir ce don, cette plénitude qui accomplira une fois pour toutes, pour toujours notre existence et notre vie. Nous pressentons bien que nous sommes heureux de vivre, que nous sommes heureux d’aimer, mais qu’il nous manque cette plénitude, qu’il nous manque cette infaillibilité intérieure, et que nous sommes constamment rattrapés par ces sortes de morsures par lesquelles nous sentons qu’il y a une incomplétude, que quelque chose ne va pas, ou que d’autre chose - qui ne devrait pas prendre place dans nos coeurs - vient prendre place dans nos coeurs et nous détourne de notre route. Le Christ ressuscité est le signe du Père qui donne la vie et qui nous appelle à la même confiance que Jésus a vécue.
Je voudrais, avec vous, faire mémoire d’une expérience que vous avez probablement vécu enfant, et dont vous avez peut-être été témoin récemment, lorsque vous avez vu un petit enfant. Nous sommes toujours frappés de voir que, lorsqu’un adulte, un père - prenons l’exemple jusqu’au bout -, un père ouvre ses bras devant un enfant qui apprend à marcher - comme nous-mêmes sommes en train d’apprendre à marcher vers le Père des cieux que nous ne voyons pas, mais qui nous a donné le signe de ce qu’il veut nous donner dans le Christ ressuscité -, quand un père ouvre ses bras vers un enfant, l’enfant se lève et se risque à la marche. Soudainement, la vision de ces bras ouverts libère dans l’enfant une énergie qui le met en route. Il ne réfléchit pas sur les chutes possibles sur cette route. Il ne réfléchit pas à ce qu’il pourrait lui arriver. Il ne sait même pas s’il sera capable de rejoindre ces bras ouverts. Mais ce qui est extraordinaire, c’est que l’enfant a conçu intérieurement une joie, celle de la rencontre, celle de la communion, celle de se retrouver pris dans ces bras. Oh, c’est certainement très inconscient, mais cette réalité est bien le signe spirituel très profond de ce que nous avons à vivre.
Or, pour libérer cette énergie pour se mettre en route, il faut avoir vu, entendu Celui qui appelle. Car sans appel, on reste assis. Bienheureux sommes-nous chrétiens de savoir que le Père nous appelle, car c’est à condition de cet appel que nous voyons cette énergie se développer en nous, que nous avons l’audace, le courage pour aller vers le Père, pour permettre au Père de nous donner ce qu’il veut nous donner. Vous comprenez que nous ne sommes désormais plus attachés à ce qui nous entoure, mais nous sommes habités intérieurement, nous sommes attirés intérieurement. C’est cela que le Christ vient annoncer. C’est cela qu’il vient dire. Et comme nous l’évoquions, il se peut qu’il y ait des chutes et des épreuves.

Et c’est précisément ce que le Christ dit dans l’Evangile d’aujourd’hui. Jésus n’a pas l’intention d’effrayer ses disciples, de les affoler. Il veut nous aider à comprendre que ce sont des évènements mal-interprétés qui suscitent l’affolement. Nous sommes affolés lorsque nous ne comprenons pas ce qui se passe. En parlant de guerre, de révolution, de famine, de persécution, d’évènements tristes, le Christ ne fait que décrire ce qu’est la situation des hommes au fil du temps de l’Histoire. Nous savons tous que cette réalité est présente. Cela génère une inquiétude, cela peut terroriser intérieurement. Le Seigneur est en train de dire ceci à ses disciples : « ne vous laissez pas impressionner, n’ayez pas peur, ne vous affolez pas, parce que les réalités du monde qui sont autour de vous, à partir desquelles vous pensez l’équilibre de votre vie, sont détruites. Vous devez prendre appui sur la Parole qui vous appelle et sur la présence de Dieu à votre vie ». Oui, le Seigneur est présent à chacune de nos vies. Il est présent à l’intime de nous-mêmes et sa présence est notre secours le plus important. Nous sommes en relation avec Lui.
Cela n’est pas facile à penser. Nous sommes tellement captifs ou saisis ou sidérés par tout ce qui se passe autour de nous que nous oublions que quelqu’un s’intéresse à nous et que quelqu’un a décidé de nous aider à traverser ces épreuves. Nous sommes appelés de toute éternité. Le Seigneur n’est pas étranger à nos épreuves. Il ne veut pas nous les épargner. Il veut nous permettre de les traverser avec Lui de sorte que ce soit Sa présence qui grandisse en nous. Qui croyez-vous, qui soit le plus proche de vous ? Vos proches, ceux avec qui vous partagez votre vie, ceux avec qui vous travaillez ? Plus proche qu’eux encore est le Seigneur. Sa proximité n’est pas une proximité physique, c’est une proximité spirituelle intérieure. Mais pour l’éprouver, il faut consentir à Lui offrir du temps comme en pure perte - pour comprendre qu’il est là et qu’il se tient à l’intime de nous, et qu’il nous conduit.
Cette proximité, cette présence est la présence de la Sainte Trinité. Le Père nous appelle, il nous fait entendre sa voix par la présence de son Fils. Et c’est à l’intime de nous-mêmes que nous portons cela. C’est pourquoi Jésus s’appelle l’Emmanuel, « Dieu avec nous ». Il n’est pas avec nous comme s’il était tout simplement à côté de nous, il est avec nous parce qu’il est en nous. C’est la force spirituelle, c’est la lumière spirituelle qui permet d’avancer dans l’Histoire et de ne pas se laisser impressionner par les évènements qui surviennent. Combien de personnes aujourd’hui vivent ce que nous avons entendu : des maisons détruites, des quartiers détruits, des villes détruites par des bombardements, des maisons détruites par des tremblements de terre comme en Italie récemment, des villages détruits par des cyclones. Des personnes aujourd’hui ont connu l’effacement complet de ce qui faisait leur univers de vie. Le Seigneur, s’il se pouvait que le Seigneur se trouve à l’intime de leur coeur pour leur dire : « Je suis avec toi tous les jours de ta vie. Mon amour te conduit. Mon amour t’éclaire. »
Bienheureux sommes-nous de vivre dans ce contexte de vie où, après tout, les choses semblent d’une relative stabilité, mais elle est toute relative. Ce n’est pas parce que nous sommes en paix que nous sommes affranchis de vivre cette union profonde avec le Seigneur, car après tout, tout passera - et nous le savons.

Je voudrais terminer en vous invitant à accueillir, là encore à l’intime de votre coeur, deux personnages qui ont accompagnés Jésus tout au long de sa vie. Un au commencement, l’autre à son terme. Celui qui ouvre la voie au Seigneur, c’est Jean-Baptiste, c’est le Précurseur. C’est celui qui dit aux hommes : « Voici l’Agneau de Dieu ». Et celle qui est au terme de la vie du Christ, au moment où tout semble s’effondrer : la Vierge Marie au pied de la croix, debout. Chacun de ces deux personnages qui encadrent le Christ Jésus nous aident à répondre à la question : que faire ? Que faire pour avancer, pour donner confiance aux autres. Jean-Baptiste nous dit : « Convertissez-vous ! Faites pénitence ! Accueillez celui qui vient, celui qui est votre vie, celui qui vous rappelle que vous avez un Père qui vous aime et qui vous appelle ». Il donne un horizon à votre vie. Cultivez cet horizon, réjouissezvous d’avoir un père qui vous appelle. Tous les hommes ne l’ont pas, tous les hommes n’ont pas cette chance. Tous sont appelés à devenir enfants de Dieu, mais tous n’ont pas encore entendu cette promesse. Et il faudra encore l’affirmer, il faudra encore la montrer. Il faudra encore la défendre.
Et la Vierge Marie dit aux hommes : « Portez le Christ en vous, comme moi je l’ai porté. Portez la promesse du Père en vous, comme moi je l’ai portée. » Marie a porté Jésus, elle l’a mis au monde. Et elle a porté Jésus au pied de la croix, elle a porté la promesse de la vie. Et c’est ainsi que nous pouvons témoigner auprès des autres cette heureuse confiance qui habite le coeur des chrétiens. Car après tout, dans les tragédies et les évènements de l’Histoire, les chrétiens ne doivent pas céder à la même panique que les autres. Ils doivent s’appuyer sur Celui qui, en eux, est leur stabilité, en eux est la promesse. Nous avons besoin d’un surcroît de force et de foi pour vivre cela. Tous, nous sommes toujours édifiés par des personnes qui sont profondément habitées par leur foi et qui ne se laissent pas entraîner par des commentaires ou des paniques, lorsqu’elles surviennent. C’est bien le Seigneur qui
nous attend au terme de notre histoire. Acceptons d’être les uns pour les autres un signe d’espérance. Notre époque attend ce signe. Même si nous ne savons pas ce qui nous réserve l’avenir, nous savons que c’est en Lui, par Lui - par celui qui vient vers nous en cette célébration -, que nous traverserons toutes les épreuves, car il est à jamais vivant. Accueillons à présent son amour qui se donne à nous dans le sacrement de l’autel. Voici que nous appelle notre Père du ciel. Amen

Media

Contact express