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Homélie du dimanche 6 novembre 2016, 32° du TO

La résurrection se reçoit dans les sacrements.

1/ Frères et sœurs,

Au début de ce mois de novembre, avec la fête de la Toussaint, nous avons gouté la joie de la communion des saints. Joie de tous nos frères et sœurs, qui ont traversé le temps de leur vie et qui sont entrés dans la plénitude de la vie en Dieu. Puis le lendemain, nous avons prié pour tous nos défunts. Savez-vous que chaque semaine sur la terre, un million deux cent mille personnes parviennent au terme de leur pèlerinage terrestre ? Pas une année ne s’écoule sans que - de près ou de loin -, nous soyons nous-mêmes affectés par un deuil. De part le monde, la famille humaine est constamment en deuil.

Si nous le voulons bien, nous sommes invités aujourd’hui à nous laisser interroger par la signification même de notre vie, du temps de la vie, du temps qui nous est donné, et sur les conditions même de notre vie. Nous voyons bien que lorsque la mort survient, elle survient pour nous toujours d’une certaine manière « de l’extérieur », c’est-à-dire qu’il y a une sorte d’intrusion, une puissance qui nous est extérieure nous prive de la possibilité de vivre.

Dans le livre des Maccabées, nous voyons ces fils mourir du fait d’une autorité, d’une puissance politique qui vient attenter à leur vie. Mais voilà que ces hommes font de leur mort un acte personnel de foi. Ainsi la mort ne nous apparaît pas seulement comme une simple réalité biologique, mais elle se trouve être habitée de l’intérieur par une action humaine, par un acte humain. Si nous y songeons, c’est exactement ce que vit Jésus lui-même : on le prive de sa vie en le mettant à mort, mais tandis qu’on le prive de sa vie, il fait lui-même de sa vie une offrande et un don. 

2/ Ainsi nous voyons qu’il y a - dans notre personne humaine - une double dimension : une dimension corporelle, matérielle, biologique, et une dimension spirituelle. Notre vie s’accomplit à condition de la mise en œuvre de la dimension spirituelle de notre être. Nous n’avons pas reçu un corps et une vie pour la voir s’écouler de l’extérieur comme devant un sablier mesurant le temps qui passe, temps sur lequel nous ne pouvons rien.

Nous avons reçu cette vie, et dans cette vie nous avons reçu une merveilleuse capacité intérieure qui est « la vie ». Notre vie ne se réduit pas à la palpitation cardiaque, mais notre vie est ce par quoi nous respirons intérieurement, dans un accueil reconnaissant du don de la vie et dans une offrande de nous-mêmes. Car il n’y a rien que nous n’ayons reçu pour le garder. Et tout ce que nous sommes, nous le recevons comme un don, et ce don nous met au défi de la reconnaissance, c’est-à-dire de la gratitude pour ce don.

Oui, nous le savons, nous passons. Et la vie se réduit pour tant de nos contemporains à cette dimension absolument tragique. Or, chrétiens que nous sommes, réunis dans la basilique à la lumière du Christ ressuscité figuré par le Cierge Pascal, nous sommes témoins pour nos frères les hommes, qu’il y a une autre manière de regarder le temps. Il est difficile de la partager parce que nous sommes immergés dans un univers qui s’est convaincu lui-même que l’homme vient de nulle part, et que la mort constitue l’abolition de l’homme. Or, si nous sommes réunis chaque dimanche, c’est précisément pour lutter, lutter, pour résister, résister intérieurement contre cette vague si puissante qui finit par gagner le cœur des chrétiens eux-mêmes. Etes-vous bien sûrs que si nous sommes ici c’est parce que nous sommes voulus, attendus ? 


3/ La création est une œuvre merveilleuse. Nous sommes des créatures et nous ne sommes pas aux principes de notre vie. Nous nous recevons tous comme un don. Or, il y a dans ce don que nous sommes, une dimension qui ne vient pas de nous, mais qui vient de Dieu – la capacité extraordinaire d’aimer, la capacité de nous donner, de nous offrir. Il y a donc dans l’homme une profondeur qui échappe à notre monde contemporain. Nous devons habiter cette dimension.

Il y a également une autre dimension qui échappe au regard de notre époque : c’est précisément la signification de cette profondeur intérieure. C’est-à-dire que nous interdisons inconsciemment à Dieu de nous donner la vie dans la mort. Nous sommes gagnés par l’impossibilité d’une vie dans la mort parce que nous avons réduit la lecture de la vie à ce que nous en éprouvons corporellement, biologiquement. Pourquoi devrions-nous interdire à Dieu de nous faire entrer dans sa vie et de nous communiquer sa vie ? Lorsque nous sommes réunis à l’église chaque dimanche, nous sommes réunis par le Christ ressuscité. « Je suis la Résurrection et la Vie », dit Jésus à Marthe qui vient de perdre son frère Lazare. « Je suis la résurrection !»

Lorsque nous sommes réunis et que nous venons à l’église, nous venons communier au Ressuscité. Nous venons recevoir dans notre vie de mortels la résurrection, la victoire du Christ, c’est-à-dire la puissance de son amour, de sa confiance par laquelle le Père l’engendre, l’engendre et le relève constamment. La mort peut tuer un vivant, mais la mort ne peut pas tuer un fils, car un fils reste toujours un fils, et sur ce lien de filiation la mort ne peut rien. Si donc en Jésus, nous trouvons celui qui nous rend cette filiation, nous savons que nous trouvons en lui la vie. Lorsque nous venons à l’église, nous entrons dans la lumière du Ressuscité.

4/ En ce moment, les évêques de France sont réunis à Lourdes pour leur conférence annuelle. Au début de leurs échanges, ils se sont penchés sur la question des vocations sacerdotales. Les vocations sacerdotales - ce n’est une nouvelle pour personne - continuent de diminuer. Ainsi faut-il s’interroger, et ils s’interrogent eux-mêmes. Que faire ? Les prêtres sont les serviteurs de la résurrection. Nous comprenons donc aisément que s’il n’y a pas un Créateur au commencement qui est aussi Celui qui nous attend au terme, comme le confiait ce martyre des fils d’Israël, si nous ne croyons pas cela, alors il n’y a aucune raison que nous ayons des prêtres. Il n’y a aucune raison que nous célébrions les sacrements, car chaque sacrement permet à la résurrection de faire irruption dans notre vie. C’est le « monde qui vient » qui nous rejoint dans les sacrements. Les prêtres sont les serviteurs du Christ ressuscité.

Saint Paul exhortait les chrétiens en leur disant : « Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais, car tout le monde n’a pas la foi. » Le point ici est que le manque de foi dans le Créateur, le manque de foi dans l’amour qui fait vivre, pervertit la vie. Prions pour que nous parvenions à échapper à la perversion de notre vie. Notre vie se pervertit aussi souvent que nous laissons tomber le Créateur qui est aussi Celui qui nous attend, Celui qui nous aime.

La mission de l’Eglise est de maintenir vive cette lumière. Personne n’est obligé de croire que le Christ est ressuscité, mais tout le monde doit s’interroger sur la signification du sens de sa vie. C’est un effort, c’est un travail. La révélation que l’Eglise annonce nous aide à faire ce travail. Peut-être avons-nous collectivement, dans notre société, renoncé à réfléchir. Peut-être sommes-nous déjà intérieurement acquis et gagné par cette sorte de résignation intérieure. Il faudra bien, tôt ou tard, que le chrétien apparaisse avec la singularité de sa foi. Nous allons vers la vie. L’heure de notre mort qui nous est promise va libérer l’être qui est en train de croître à l’intime de nous-mêmes. Et dans la promesse de la résurrection, il n’aura plus simplement de relation dans le monde à travers la modalité d’un corps mortel dans lequel nous sommes, mais il aura dans sa communion et dans son union au Christ ressuscité une puissance sur l’ensemble de la création, une relation nouvelle à l’ensemble des êtres créés. Seigneur Jésus, Toi qui es vivant, Toi qui pour nous as traversé la mort, tu nous prends dans ta mort.

5/ Cet après-midi - pour ceux qui le peuvent -, nous nous rendrons à Saint-Sulpice pour franchir la Porte Sainte du jubilé de la Miséricorde à Saint-Sulpice. Nous ferons cette démarche jubilaire en pèlerinage paroissial. Nous le ferons pour confesser notre foi. Et nous le ferons également pour prier pour tous nos défunts. En vérité, nous prenons nos défunts, et nous donnons leur mort au Seigneur. Nous prenons la mort du Seigneur et nous la déposons sur la mort de nos défunts. C’est Toi Seigneur qui nous prends dans Ta mort et Ta résurrection. Quelle qu’ait été notre vie, nous savons que c’est Toi qui nous entraînes dans cet acte de confiance si profond en la présence du Père qui est là et qui nous aime. Nous nous reverrons tous. Nous ne sommes pas nés simplement pour vivre quelques années en ce monde, nous émerveiller ou nous affliger. Nous sommes nés pour connaître l’Amour qui est au commencement de tout et qui sera pour chacun de nous au terme de notre histoire. Et notre bonheur sera de communier à cet Amour. Demandons cette grâce les uns pour les autres. Demandons la grâce de vivre l’espérance de l’Eglise, et non pas un vague espoir. L’espoir se distingue de l’espérance en ce que l’espoir est incertain. Notre espérance repose sur la victoire du ressuscité, du Christ vivant à jamais.

6/ Préparons-nous à présent, si vous le voulez bien, à recevoir dans la communion Celui qui est ressuscité d’entre les morts, Celui qui déjà, par notre baptême, nous a saisis en lui pour nous faire passer en lui à la Vie. Puissent nos cœurs se laisser réjouir intérieurement. Demandons cette grâce, parce que nous avons besoin, vous et moi, tous les jours, chaque matin, lorsque nous nous réveillons. Nous avons besoin de nous réveiller une deuxième fois intérieurement à la lumière de la foi. Et pour cela nous avons tous besoin les uns des autres. Nous avons besoin de prier ensemble. Nous avons besoin de nous enseigner ensemble, de louer ensemble. Que le Seigneur bénisse chacun et chacune d’entre vous. Que le Seigneur console tous ceux parmi nous qui ont besoin d’être consolés. Que la lumière du Christ ressuscité, brillant devant nous, soit notre joie à jamais. Amen.

Père Laurent Stalla-Bourdillon

Basilique Sainte Clotilde

dimanche 6 novembre 2016

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