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Homélie du dimanche 30 octobre 2016, 31° du TO

Zachée : l’homme rejoint par l’amitié de Dieu

Frères et sœurs,

Chaque dimanche, lorsque nous nous réunissons sous les voûtes de Sainte-Clotilde, comme le font tant et tant de nos frères et sœurs dans les églises à travers le monde, nous nous réunissons pour nous laisser éclairer par la Parole de Dieu. Cette Parole que je viens de lire et sortit d’un livre par l’effet de la proclamation - l’évangéliaire - ; cette Parole vous la retrouvez dans votre bible, vous la retrouvez chez vous. Cependant, ce n’est pas chez vous que vous la recevez, mais c’est en venant ici dans l’église. Cette Parole ainsi proclamée vient éclairer notre cœur, vient rejoindre un espace de notre être, un espace intérieur de notre vie. C’est elle qui nous réunit et nous constitue comme un seul peuple à l’écoute. Et nous demandons au Seigneur de nous rentre attentif et d’éclairer la profondeur de notre être par sa Parole. Nous avons besoin de la lire ensemble, de l’écouter ensemble.

Le livre de la Sagesse, que nous avons lu en commençant, nous propose cette vérité toute simple que nous aurions grand profit à méditer, à partager, et à nous redire quotidiennement : la vie en ce monde vient d’un Autre. Nous ne sommes pas la cause de notre vie. Vous me direz sans doute que c’est évident. Mais cette « évidence » est pleine de sagesse. Et si nous ne sommes pas la cause de notre vie, c’est que nous sommes l’expression de la volonté d’un Autre. Personne n’est obligé de tenir qu’il y a une volonté qui est au principe du monde, au principe de notre vie. Chacun est libre de croire que le monde vient de nulle part et va vers nulle part - c’est une hypothèse, il faut les confronter. Il faut peut-être voir laquelle des deux est la plus réconfortante pour nous.

Ce monde est l’objet de la bienveillance de Dieu. Il le veut parce qu’il l’aime, et parce qu’il l’aime, il ne cesse de le créer et de porter un dessin d’amour sur lui et sur les créatures qui peuplent ce monde. « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent », dit Jésus. Alors, lorsque nous disons que ce monde ne vient pas de nous, nous nous situons en face de l’auteur du monde. Nous établissons entre Lui et nous une distance. Nombreux sont nos contemporains qui se trouvent à ce stade de la possibilité qu’il y ait un Créateur. Mais après tout, aussi distant qu’il est, il devient trop incertain ou improbable de le connaître correctement.
Le psaume que nous avons entendu a fait retentir ce que Dieu attend de nous : « Je bénirai Ton nom, toujours et à jamais. » c’est-à-dire : « Je bénirai Ton nom : je dirai le bien que Tu me veux. Seigneur, je bénirai Ton nom. Je Te bénis parce que Tu m’as voulu, parce que Tu m’as appelé, parce qu’au-delà d’être simplement, dans l’Histoire, le fait d’être l’enfant de mes parents - comme vous êtes chacun l’enfant de vos parents -, vous êtes aussi, à l’intérieur de cette volonté de vos parents, la volonté de Dieu. Je bénirai Ton nom, Seigneur ».

Et c’est pourquoi Saint Paul peut faire entendre - dans le passage de la deuxième lettre aux Thessaloniciens que nous avons entendu -, la vie est un appel de Dieu. Dieu nous appelle à Lui à travers le don qu’il nous a fait. Vous avez reçu la vie comme un don, et par ce don, Dieu vous appelle à Lui. C’est vrai de vous, mais c’est vrai de tous les hommes qui n’entendent pas forcément cet appel parce que leur vie n’est pas interprétée comme un don, le don de quelqu’un qui les aime.

Ainsi dans ce passage de l’Evangile que nous entendons aujourd’hui, nous voyons de quelle manière cette distance apparemment infinie qui existe entre l’Homme et Dieu est comblée. Dieu nous aime et vient nous le dire. Cette distance est vaincue. Nous tenons, chrétiens, qu’il y aun but à l’existence, que notre vie n’est pas sans finalité, sans but précis. De ce but, nous pouvons nous approcher ou nous pouvons nous en écarter. Zachée s’est écarté de ce but. Il avait fait du but de sa vie : lui-même, ses biens, ses richesses, son habilité à se procurer cette richesse. Ce qu’il nous faut entendre dans cette rencontre entre Zachée et Jésus, c’est que le but authentique de la vie, dont Zachée s’est éloigné, ce but authentique de la vie s’est Lui-même approché de Zachée. Si nous ne savons pas où nous devons aller, ce « où nous devons aller ? » s’approche de nous en la personne de Jésus. Il vient nous chercher sur le chemin, et plus particulièrement sur le chemin de notre perdition. « Le fils de l’Homme est venu chercher ce qui était perdu. » Plus nous confessons que nous sommes perdu, plus nous avons une chance de tenir, de croire que ce but vient s’approcher de nous.

Nous n’avons pas, par conséquent, à avoir l’audace de dire que nous savons quel est le but de notre vie. Il est tellement au-delà de notre prise, au-delà de notre conception, au-delà de notre imagination. Le « but » s’approche de Zachée, et nous devons simplement, ce matin, consentir à nous laisser émerveiller intérieurement, car le but de la vie, c’est donc une personne et l’on atteint ce but en entrant en relation avec cette personne. Nous ne soupçonnons pas que le but de la vie puisse être d’entrer en relation avec une personne. Comment entre-t-on en amitié ? Croyez-vous d’ailleurs que le but de votre vie soit de nouer des amitiés ? Souvenons-nous que nous ne partirons de ce monde qu’avec nos amitiés.

Jésus pose alors et fait entendre la condition de la rencontre avec lui à Zachée. Et cette phrase, vous le savez bien, doit retentir aussi dans nos cœurs : « Descends vite ! » Descends de ta hauteur ! Descends de ta volonté de me voir de l’extérieur, parce que tu ne me connaîtras pas de cette façon-là. « Descends vite ! » Il faut descendre pour rejoindre le Seigneur, qui est Lui-même descendu pour venir à notre rencontre. Jésus va descendre là où nous ne voulons plus descendre. Il descend dans notre cœur, il descend dans nos vies, il descend dans nos peines, il descend dans nos fractures, il descend dans nos failles, il descend dans notre mal, il descend dans notre péché. Descends vite, parce que je viens te chercher par là où tu ne te tiens plus, par là où tu ne te regardes plus, où tu ne te considères plus !

Sans doute est-ce cela qui doit peiner le plus le Seigneur, parce que nous considérons qu’il y a des choses perdues, comme sont perdus en nous peut-être tant d’aspects de nos vies que nous ne regardons pas parce que c’est abîmé, et que nous pensons perdus. Nous ne croyons pas que Lui puisse faire des choses à partir de ce qui était perdu. Et précisément, vous voyez que Jésus vient chez Zachée. Zachée était l’homme perdu pour Jéricho la ville, parce qu’il était collecteur d’impôts, parce qu’il était riche, parce qu’il trompait les autres. Il était perdu, il n’était pas digne d’amitié. Jésus sauve par le pouvoir de l’amitié ce qui était perdu. Osons croire que nous portons en nous le pouvoir d’une amitié, le pouvoir des amitiés. Et que renouer, donner son amitié à quelqu’un, c’est vouloir lui attester qu’il y a en lui quelque chose de bon, quelque chose d’infiniment aimable. Jésus naturellement, vous le comprenez, ne regarde pas Zachée comme les autres le regardent. Et nous avons nous-mêmes à convertir notre regard les uns et sur les autres. Nous savons que cela est difficile. Mais Jésus est venu sauver ce qui était perdu.

Dans cette rencontre entre Jésus et Zachée, nous avons deux temps, deux temporalités qui se rencontrent : le temps de l’homme qui s’en va vers la mort en s’appuyant sur ce qu’il possède ; et vous avez le temps de la vie éternelle, qui est le temps de l’amitié. Qu’est-ce qu’est la vie éternelle, chers amis ? C’est l’amitié profonde du cœur à cœur avec le Seigneur. De nos cœur-à-cœurs réciproques, ouverts, dans cette expérience de la vie que vous faites, que je fais, que nous faisons, qui nous dépasse, qui un jour sur cette terre prendra fin, mais que nous aurons eu la joie de partager ensemble, de partager dans l’amitié, nous voulons au cours de cette messe, à quelques jours de la fête de la Toussaint – les saints sont ceux qui sont entrés dans cette amitié profonde avec le Seigneur -, nous voulons que l’humanité - qui est capable d’amitié - vive cette amitié. Car après tout, nous en avons assez de voir les hommes se déchirer, se battre, se rejeter quand il n’y a qu’un seul but à leur existence, qui est de les voir renaître à une amitié fraternelle.

Oui, ce matin le Seigneur le dit à chacun de nous : « Descends vite ! Aujourd’hui il me faut demeurer chez toi. » Que ferons-nous de l’amitié que le Seigneur nous offre ? Et comment offrirons-nous à nos frères et sœurs cette belle amitié que nous sommes capables de leur partager ? Si nous manquons de force pour oser et risquer une amitié nouvelle avec des personnes pour qui, peut-être, nous n’avons pas une considération particulière, demandons cette grâce au Seigneur. Qui sait si Zachée n’attendait pas, secrètement dans son cœur, que quelqu’un vienne vers lui, que quelqu’un s’adresse à lui, que quelqu’un lui offre son amitié pour le libérer intérieurement de tout ce sur quoi - de manière fausse - il fondait sa vie ?

Seigneur, c’est Toi qui viens nous sauver sur les chemins de nos vies, c’est toi qui es le terme véritable de nos existences. Nous te bénissons, nous bénissons Ton nom. Nous te rendons grâce et nous nous disposons à te recevoir. Amen.

Père Laurent Stalla-Bourdillon
Basilique Sainte Clotilde
Le Dimanche 30 octobre 2016

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