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Homélie du dimanche 2 octobre 2016, 27° du TO

Annoncer la Bonne Nouvelle que nous sommes devenus par le baptême

1/ Frères et sœurs, la première lecture que nous avons entendue, la lecture du livre d’Habacuc, aurait pu être une description de la réalité qui est actuellement sous nous yeux. « Pourquoi, Seigneur, nous montres-tu, mets-tu sous nos yeux le mal et la souffrance ? » Le Seigneur entend la plainte, il entend le cri qui monte du cœur des hommes, et il demande à son prophète d’écrire cette parole qui s’accomplira.

La question qui nous est posée est : « jusqu’où croyons-nous que Dieu lui-même sera capable de restaurer le monde ? » Non pas nécessairement en réparant les réalités temporelles et historiques, mais en restaurant dans l’homme ce qui doit être restauré. C’est-à-dire sa capacité d’aimer, sa capacité de rendre grâce, sa capacité de s’unir aux hommes, et ensemble de louer Dieu.

Car si nous sommes meurtris en voyant ces images absolument terrifiantes de ce qui se déroule dans le monde, nous le voyons en Syrie, mais nous ne le voyons pas au Yémen, nous ne le voyons pas ailleurs, or cela se réalise. Ces destructions visibles sont le signe d’une altération, d’une destruction intérieure très profonde dans le cœur de l’homme. Et Dieu annonce à son prophète qu’il viendra lui-même certainement, c’est-à-dire non pas peut-être, mais qu’il va relever l’homme, refaire de l’homme selon son cœur. Jusqu’où tenons-nous cette parole ? Jusqu’où croyons-nous cela ? Jusqu’où donc sommes-nous attachés à Celui qui tient toute chose en sa main ? Et ce qu’il tient aussi dans sa main, c’est l’heure de notre mort, et c’est l’heure de notre résurrection. Jusqu’où pouvons-nous nous confier totalement à lui ? C’est la question de la foi, de la confiance.

2/ Les disciples demandent à Jésus d’augmenter en eux la foi. Jésus ne leur répond pas sur une modalité ou une manière de faire. Augmenter, augmenter, c’est-à-dire « devenir plus fort, avoir plus de… ». Qu’est-ce que c’est : « augmenter la foi ? » Jésus en tout cas leur dit apparemment que ça ne dépend pas tellement de lui. Cela dépend d’eux. Je voudrais que nous puissions éventuellement nous dire que si nous avions davantage la foi, alors nous pourrions mieux défendre Dieu. Sans doute que Jésus est réservé par rapport à leur demande « augmente en nous la foi ». Car il se pourrait que, comme les disciples ou les disciples comme nous d’une certaine manière, nous nous disons parfois que Dieu devrait nous être reconnaissant de croire en lui : après tout, nous ne sommes pas si nombreux. Il devrait nous être redevable de maintenir son souvenir au milieu des hommes. Après tout, ce serait un peu grâce à nous que Dieu existe encore.

Ce sont ces mêmes pensées qui habitent le cœur des contemporains de Jésus. Est-ce nous qui allons défendre Dieu ? Pour les délivrer de cette idée, Jésus emploie une parabole dont il faut mesurer l’ironie ou la vérité tout simplement. Il leur dit : « Mais comment croyez-vous que vos propres serviteurs pourraient s’imaginer qu’à leur retour des champs leur maître, c’est-à-dire vous, vous les recevriez en leur remerciant et en leur disant : « Mais venez, venez ! Mes chers serviteurs, passez donc à table ! Je vais vous servir en remerciement de ce que vous avez fait. » Non, vous ne le ferez pas, mais vous leur demanderez de continuer leur travail. Car il n’y a, après tout, rien d’extraordinaire à faire le travail qui est leur travail. Jésus en fait est en train de dire : lorsque vous avez foi en Dieu, vous ne rendez pas service à Dieu particulièrement, mais vous faites la base du travail de l’homme, pas moins. L’homme est homme que lorsqu’il a foi en Dieu. C’est la condition même de la respiration de son humanité.

Cela est difficile sans doute à entendre, à croire parce que finalement nous dirions, mais alors tous ceux qui n’ont pas la foi, ne sont-ils pas moins des hommes ? Assurément, ils le sont. Mais la question qui nous est posée collectivement est : comment rendons-nous compte de notre vie, de ce monde ? Et pourquoi sommes-nous habités par cette capacité d’aimer qui est en nous et que nous ne parvenons pas à corriger ? Seigneur, tu es notre maître ! Tu es le maître de l’amour ! Tu es Celui au service duquel nous avons la grâce d’être chaque jour ! Et c’est en toi et par toi que nous trouvons la vie ! C’est-à-dire que notre vie vient de toi, elle est en toi. 
3/ Lorsque nous entendons saint Paul dans la deuxième lecture, nous l’entendons parler de l’Evangile. Et il exhorte son disciple à faire deux choses : à garder l’Evangile et à annoncer l’Evangile. De même que la semaine dernière, je vous disais que nous entendons parler des chrétiens, mais nous oublions que les chrétiens, pour « être chrétiens » sont d’abord « baptisés ». Et qu’après tout, il faudrait mieux comprendre la signification du baptême pour comprendre la signification d’un chrétien. Le baptisé est immergé et plongé dans un amour dans lequel il trouve la vie.

Aujourd’hui nous pourrions dire que, si nous parlons de « chrétien », nous devrions dans le même temps penser à ce qu’est l’Evangile. Un chrétien est quelqu’un qui « est évangélisé ». Il est plus important d’annoncer et de dire cela qu’un « chrétien est évangélisé », que de dire qu’un chrétien est quelqu’un qui va annoncer l’Evangile. Car il ne va annoncer l’Evangile qu’à condition d’être lui-même évangélisé. Sommes-nous évangélisés ? Que veut dire « être évangélisé » ? Cela veut dire d’avoir conçu intérieurement que nous sommes devenues nous-mêmes en personne cette bonne nouvelle ! Qu’annonce l’Evangile ? Que chacun de nous est une bonne nouvelle ! Parce qu’en chacun de nous, Dieu a répandu son amour qui nous donne la vie et qui nous sauve de la mort. « Etre évangélisé », c’est avoir reconnu que le Christ, dont l’amour est sans mesure, est à la source de notre vie hier, aujourd’hui et demain. Nous sommes l’Evangile vivant. L’Evangile n’est pas une somme de paroles, de choses à faire, c’est une existence transformée, habitée par le Christ.



4/ C’est à condition de savoir que le Seigneur est notre vie que nous pourrons dire à un arbre, comme le dit Jésus dans la parabole : « Déracine-toi et va te planter dans la mer. » Cette parole contient la vie. Car l’arbre, qui symbolise ici l’homme, ne peut pas vivre dans la mer, qui symbolise ici la mort. Mais si vous aviez foi dans Celui qui est la parole du Père, la source de la vie et qui est venue pour nous en ce monde, vous pourrez dire à un homme : « Tu vas, dans la mort, recevoir la vie et trouver la vie ». Et c’est à condition d’être habités nous-mêmes par cette parole, c’est-à-dire de donner parole à la parole, que l’Evangile s’annonce. Tel est le cœur du message que nous portons. Tel est aussi ce que l’humanité a besoin d’entendre. Car aujourd’hui nous ne devons pas simplement espérer que les choses aillent mieux demain. Nous devons accueillir la puissance de l’amour de Dieu qui guérit nos cœurs. Vous ne faites que votre devoir, lorsque vous vous laissez inspirer par l’amour dont le Seigneur vous a aimés jusqu’au bout. Amen.



Père Laurent Stalla-Bourdillon

Basilique Sainte Clotilde

Dimanche 2 octobre 2016

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