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Homélie du dimanche 6 décembre, 2ème dimanche de l'Avent

1/  Frères et sœurs, dans un contexte comme celui que nous connaissons, le grave danger est celui de la fermeture du cœur. Il y pousse alors de la jalousie, de la méfiance sinon de la haine de l’autre et ultimement une rébellion contre celui qui nous donne la vie. La fermeture du cœur est aussi bien une incapacité d’accueillir la parole de l’autre qu’un refus d’écouter ce que me dit quelqu’un d’autre. Dans les deux cas, je n’écoute plus que moi-même.  

Lorsque l’homme est blessé, il ne sait plus qu’il est aimé ! L’effet du mal dans le monde consiste bien dans le fait que des hommes perdent la vie, mais plus encore dans le fait qu’il devient impossible pour l’homme de se croire aimé, voulu et attendu.

La profondeur d’une blessure reçue donne la mesure de l’épaisseur de la fermeture. Et toute l’histoire biblique ne raconte pas autre chose que la manière dont Dieu s’y prend pour traverser ce mur. Il faut toute une  patience, une intelligence et une persévérance pour dire à nouveau « Ecoute moi, mon amour », et que le cœur s’ouvre alors à nouveau.
Ne pas admettre que le don de la vie soit le signe de l’amour de Dieu pour nous, est probablement la plus grave conséquence du mal dans le monde.

La première mission de l’Eglise consiste non à essayer de purger le mal dans le monde, mais d’y annoncer et d’y révéler le vrai visage d’amour de Dieu, source et fin de toute vie humaine.

L’Eglise n’est pas une force politique car elle n’est pas là pour gouverner le monde,

L’Eglise n’est pas une œuvre de bienfaisance, car elle n’est pas inspirée par une philanthropie,

L’Eglise est servante de la Parole de Dieu qui parle au cœur de tout homme et révèle le visage du Dieu d’Amour, Amour sans mesure. L’Eglise offre la grâce de naître à la dignité d’enfant de Dieu dans le baptême et de s’en remettre avec confiance à l’Amour du Père qui ressuscite de la mort.

L’Eglise est puissante par l’Esprit-Saint qui l’anime, Esprit d’Amour !

Dès lors, sa parole inspire des œuvres de charité ; dès lors sa parole aide à discerner sur les choix de gouvernants ; l’Eglise est déjà la communion avec la vie en plénitude que le Christ Ressuscité a répandu dans les cœurs après son Ascension. Dans l’Eglise et dans le Christ, Ciel et Terre ne font qu’un !


2/ Pour toujours mieux comprendre l’espérance qui anime les chrétiens, Saint Paul dit  « je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance pour discerner ce qui est important ».

Un discernement qui nous permet l’audace de ne pas nous arrêter aux échecs de nos vies, aux épreuves que traverse la famille humaine.

« Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel ».

Jérusalem appelée par celui qui l’aime, désigne chaque âme en particulier, toute l’humanité appelée, et en elle l’Eglise qui répond à l’appel du Seigneur « Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère » ; elle se laisse alors cette Jérusalem que nous sommes, dénudée de son tristesse pour revêtir la parure de Joie !


3/  Un discernement encore qui nous permet de comprendre les conditions requises pour écouter la Parole du Seigneur : « la Parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie » : Jean est dans le désert, le lieu de la mort !

Jean doit prêcher « un baptême de conversion », c’est-à-dire reconnaître ce qui nous donne la mort pour recevoir le pardon des péchés », qui consiste à recevoir la force d’un amour qui prive le mal de son effet ultime : la perte du sens de l’amour de Dieu.

« Voix de celui qui crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé,
toute montagne et toute colline seront abaissées ;
les passages tortueux deviendront droits,
les chemins rocailleux seront aplanis ; et tout être vivant verra le salut de Dieu ».

Jean reçoit dans le fond de son âme, la Parole, c’est le pardon qui vient !

Plus important que de commenter sans fin la médiocrité des hommes, est l’éveil de la conscience pour accueillir celui qui vient parler à notre cœur « Ecoute moi, mon amour ».

Le pardon est ce par quoi, l’amour plus fort que le mal se donne et transforme le cœur,  ne laissant pas s’y installer des ravins, des montagnes, de chemins tortueux, mais au contraire venant rétablir un horizon de vie heureuse car le Seigneur se fait connaître dans le cœur, « et tout être vivant verra le salut de Dieu. » Il le verra parce qu’il éprouvera l’amour de Dieu dans le désert de son cœur. Dieu s’éprouve plus qu’il ne se voit comme un spectacle. Nous ne voyons pas qu’avec nos yeux, mais d’abord avec le cœur. A la frontière de la mort, le désert devient à la fois le lieu de l’écoute et de la vision : Dieu s’y révèle comme à Moïse dans le buisson ardent, comme à Elie à l’Horeb.

Le langage de la terre parle du cœur ! Ces réalités visibles (montagnes, ravins, collines) renvoient à un paysage invisible mais que nous connaissons tous parfaitement : notre cœur, dont les ravins nous empêchent d’avancer, dont les montagnes nous bouchent l’horizon, le cœur est compliqué, tortueux,  inquiet : Dieu vient s’occuper de votre cœur ! C’est la grande joie de ce temps d’Avent. Nous apprenons à redescendre en nous pour y recevoir la Parole bienfaisante du Seigneur.

4/ Alors avec Marie, Immaculé Conception, nous apprendrons à lui répondre : « oui, viens Seigneur Jésus ». Jésus est le Visage de la Miséricorde du Père. Marie l’avait pleinement conçu dans son coeur ; elle communiait à la joie de Dieu qui venait sauver l’homme de ses enfermements. Le Christ est la vraie lumière du monde et c’est Lui que nous devons constamment annoncer à tous ceux que nous côtoyons à longueur de journée. Et si nous ne pouvons l’annoncer à toute humanité, dans notre cœur et par notre prière nous pouvons littéralement immerger le monde dans le Cœur du Christ.

« Ecoute moi, mon amour, je viens pour toi » ; « oui je t’écoute, Seigneur, viens répandre ton amour en nos cœurs, viens Lumière du Royaume ». Amen.

P. Laurent Stalla-Bourdillon

Basilique Sainte Clotilde

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