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Homélie du dimanche 15 novembre 2015

(Suite au attentats de Paris le 13 novembre 2015)

« Courage, j’ai vaincu le monde. » Jean 16,33

1/ Frères et sœurs, les paroles de la liturgie de ce dimanche sont de nature à rejoindre ce que les uns et les autres nous pouvons porter dans notre cœur comme effroi, comme questionnement, comme bouleversement, comme tristesse. L’actualité, parce qu’elle nous touche de façon extrêmement proche, dans notre ville, ne cesse de nous montrer le Mal qui se trouve dans le cœur de l’homme, ou en tout cas la disponibilité du cœur de l’homme au Mal. Mais qu’est ce que le Mal ? Et pourquoi certains en sont-ils davantage captifs ? Le fond de la Parole que nous venons d’entendre est une puissante invitation, une très forte consolation, à faire en sorte que devant les évènements du monde,  qui nous blessent, qui perturbent l’équilibre dans lequel nous sommes , qui font comme disparaitre le monde dans lequel nous étions paisiblement installés, c’est une invitation et une consolation à aller chercher et à aller nous appuyer sur une Parole plus profonde en nous, à aller chercher la Parole sur laquelle la réalité de nos vies est fondée. Car si ce monde est de Dieu, si ce monde vient de Dieu, si ce monde va à Dieu, alors Dieu conduira, Dieu apaisera, Dieu révèlera. « Seigneur, ce monde est le tien. Viens toi-même ! » Autrement dit, nous sommes tous remis devant cette Parole qui se tient à l’intime de nos cœurs par laquelle nous rendons compte, nous exprimons le sens des choses, le sens du monde. Et vous, que dites-vous du sens du monde ? Comment comprenez vous ce mystère du Mal ? Ce mystère de l’Amour qui vient dans le Christ pour vaincre le Mal. Les évènements frappent à la porte de notre cœur ; ils nous imposent de dire quelque chose. Que disons nous ? Le Christ s’offre pour être cette Parole, qui viendra peu à peu grandir dans notre cœur et saisir notre cœur et qui viendra établir notre cœur dans sa paix, car il est le Maitre, car il est Celui qui vient poser un baume de paix dans chacun de nos cœurs. 
2/ Ce matin et de manière un peu exceptionnelle, je vais vous partager quelques paroles d’un professeur de psychopathologie (1) qui m’ont semblées précieuses pour comprendre les évènements qui viennent de se passer, et pour comprendre ce point d’articulation entre la réalité psychique et la réalité spirituelle. Ce que je viens de vous dire, c’est que finalement, nous sommes tous habités par un ordre des choses ; nous avons tous conçu depuis notre enfance - et cela est nécessaire pour vivre - une parole intérieure pour rendre compte du sens des choses. Quelle était donc cette parole qui se tenait dans le cœur de ceux qui ont donné la mort il y a quelques jours ? Quelles représentations du sens du monde se faisaient-ils ? Ces paroles que je vais vous lire, je les ai reçu quelques jours avant les attentats, elles étaient hélas tristement prophétiques. Ce professeur de psychopathologies dit :

 « Le phénomène de la radicalité a pris une telle dimension qu’elle nécessite une intelligibilité au croisement du politique, de l’histoire et de la clinique.

Selon les données actuelles, deux tiers des radicalisés recensés en France (3 100 ont été à ce jour signalés) ont entre 15 et 25 ans, et un quart sont mineurs : la grande majorité est dans cette zone moratoire du passage à l’âge adulte qui confine à l’adolescence persistante. Cette période de la vie est portée par une avidité d’idéaux sur un fond de remaniements douloureux de l’identité. Ce qu’on appelle aujourd’hui « radicalisation » est une configuration du trouble des idéaux de notre époque. »

Demandons-nous donc, et c’est moi qui parle sur quel fond individuel et collectif, les idéaux se nouent-ils dans la formation du sujet humain ?

Le professeur de psychopathologie reprend : « L’offre djihadiste capte des jeunes qui sont en détresse du fait de failles identitaires importantes. Elle leur propose un idéal total qui comble ces failles, permet une réparation de soi, voire la création d’un nouveau soi, autrement dit une prothèse de croyance ne souffrant aucun doute.

(Ces jeunes étaient donc en attente, sans nécessairement montrer des troubles évidents). 

L’offre radicale répond à une fragilité identitaire en la transformant en une puissante armure. Lorsque la conjonction de l’offre et de la demande se réalise, les failles sont comblées, une chape est posée. Il en résulte pour le sujet une sédation de l’angoisse, un sentiment de libération, des élans de toute-puissance. Il devient un autre. (…) La personne cède à l’automate fanatique.

Les failles identitaires ne sont évidemment pas l’apanage des enfants de migrants ou de familles musulmanes, ce qui explique que 30 à 40 % des radicalisés soient des convertis. Ces personnes cherchent la radicalisation avant même de rencontrer le produit. Peu importe qu’ils ignorent de quoi est fait ce produit, pourvu qu’il apporte la « solution ».

La presse avait rapporté le cas de djihadistes qui avaient commandé en ligne l’ouvrage L’Islam pour les nuls. Aujourd’hui, l’islamisme radical est le produit le plus répandu sur le marché par Internet, le plus excitant, le plus intégral. C’est une sorte de « kit clé » en main de l’idéalisation, à l’usage des désespérés d’eux-mêmes et de leur monde. »


3/ Alors sur ces paroles qui nous éclairent sur la réalité intime et intérieure de chacun de ces jeunes, nous sommes renvoyés nous-mêmes, à la représentation que nous portons du sens du monde. Béni soit le Seigneur qui nous offre sa parole ! Béni soit le Seigneur qui nous fait entendre cette parole si consolante : « le ciel et la terre passeront mais mes paroles ne passeront pas. » « Le ciel et la terre », ce sont des réalités matérielles, elles passeront. « Mes paroles sont celles qui sont au fondement de tout, au fondement de votre être ; vivez de ma Parole et vous saurez de quel amour vous êtes aimés ».

Je voudrais vous laisser avec ces deux petites phrases et une prière. Cette première phrase vient de la bouche de Jésus lui-même, dans l’Evangile de Jean au chapitre 16, il dit : « Courage, j’ai vaincu le monde. » Et la réponse que nous devons lui faire, est celle que nous ne cesserons de prononcer tout au long du Jubilé de la Miséricorde, cette parole que Jésus a demandé à sainte Faustine, d’écrire sur le tableau qui représente Jésus ressuscité, victorieux du Mal et de la mort : « Jésus, j’ai confiance en Toi. »

Et la prière que je vous laisse, a été retrouvé sur une petite sœur du Sacré Cœur, tuée en Algérie en 1995, il y a 20 ans (2). A cette époque, l’Algérie connaissait cette même vague de fanatisme. Elle écrivait ceci :  


Vis le jour d’aujourd’hui,  
Dieu te le donne, il est à toi.
Vis le en Lui.  

Le jour de demain est à Dieu  
Il ne t’appartient pas.  
Ne porte pas sur demain  
le souci d’aujourd’hui.  
Demain est à Dieu,  
remets le lui.  

Le moment présent est une frêle passerelle.  
Si tu le charges des regrets d’hier,
de l’inquiétude de demain, 
la passerelle cède  
et tu perds pied.  

Le passé ? Dieu le pardonne. 
L’avenir ? Dieu le donne.
Vis le jour d’aujourd’hui  
en communion avec Lui.  

(Et s'il y a lieu de t'inquiéter pour un être aimé,
regarde-le dans la lumière du Christ ressuscité).



Père Laurent Stalla-Bourdillon

Basilique Sainte Clotilde



1/ Fethi Ben slama, Professeur de psychopathologie à l’université Paris-Diderot, dont il dirige l’UFR Etudes – psychanalytiques. Le Monde 12 nov 2015

2/ Soeur Odette Prévost , petite soeur de Charles de Foucault  , tuée en Algérie le 10 novembre 1995 

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