Aimer son frère ennemi

S’aimer comme des frères est une expression dont l’emploi présume que les membres d’une même fratrie sont nécessairement unis par de tendres sentiments réciproques. Rien n’est moins sûr. Pourtant le lien de parenté subsiste et opère, car nul ne choisit son frère ni ne peut l’abolir. Une responsable politique me confiait un jour au sujet d’une de ses sœurs : "Je la déteste, mais c’est ma sœur".

Quand le Pape titre en forme d’exhortation sa dernière encyclique "Fratelli tutti", ceux qui le prennent pour un naïf feraient bien d’y réfléchir à deux fois. Il s’agit en effet d’abord d’un constat qu’il serait imprudent de contester aujourd’hui. Que tous les humains fassent partie d’une même famille est une réalité scientifique, certes toujours étonnante et énigmatique, mais qu’aucun anthropologue sérieux ne mettrait plus en doute.



La solidarité de destin de l’humanité devient plus évidente que jamais au regard des menaces globales qui pèsent désormais sur elle. Ceux qui s’en exonèrent en bornant leurs vues et leurs projets à leur petite existence individuelle s’excluent par là-même de cette humanité qu’ils ne veulent pas partager. Ils se soustraient au labeur commun pour le progrès et la conservation de tous, se "damnant" ainsi d’avance : quel dommage pour tous et quel malheur pour eux !

Quand le Seigneur nous commande d’aimer sans limite, il nous révèle la grandeur du défi que pose à l’humanité la puissance du mal auquel elle doit résister pour réaliser sa vocation à l’amour. Or, elle ne peut faire sans
l’Esprit Saint répandu sur toute chair par la grâce du sacrifice pascal. Il est donné en abondance à ceux qui, par la foi en son Fils Jésus Christ, aiment Dieu de manière à aimer comme un frère tout homme pour qui il a donné sa vie, fût-il encore ennemi, dans l’espérance de le recevoir un jour comme compagnon de vie éternelle.
Père Marc Lambret



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