L'ami, la vigne et le bien-aimé

Le triangle "classique" qui met en scène l’époux, l’épouse et le briseur de ménage, n’a pas fini d’inspirer une foule d’auteurs plus ou moins inventifs dans l’exploitation de ce filon hélas inépuisable. Trop souvent, le deuxième homme se trouve être en plus un ami du mari bafoué. Ajoutons
qu’évidemment le drame peut se jouer de façon symétrique entre un couple et une autre femme plutôt qu’un autre homme, sans compter des variantes que nous passerons sous silence.

Le chant plaintif que nous entendons aujourd’hui au livre d’Isaïe est une métaphore saisissante dont le prophète nous donne les clefs : la vigne, sa bien-aimée, est la maison d’Israël, et l’époux, c’est le Seigneur. Un ami lui prête sa voix pour déplorer l’infidélité et ses conséquences désolantes. Dans sa reprise évangélique sous la forme de la parabole des vignerons homicides, Jésus désigne ce groupe comme responsable et coupable du malheur advenu.



Quand Dieu choisit un peuple, c’est par amour, un amour inconditionnel et irrévocable. Quand il choisit des hommes dans ce peuple pour le
conduire en son nom, il en fait ses amis qu’il récompense de leur peine par une proximité particulière avec lui. S’ils trahissent, devenant de mauvais bergers, ils se comportent comme des "briseurs de ménage", en exploitant la vigne pour leur propre compte et en la détournant de son Seigneur.

L’histoire de la première Alliance, jalonnée de ruptures et de pardons, semble s’achever sur un échec définitif. Mais, si le Seigneur écarte les
vignerons infidèles pour les remplacer par d’autres "qui feront produire du fruit à la vigne", il ne change pas de vigne. Il n’est pas un homme, pour remplacer son épouse par une autre qui lui plairait plus, il est le Dieu
fidèle. Depuis que son Fils s’est fait le Messie d’Israël jusqu’à la Croix, il ouvre l’Alliance à tous sans renoncer du tout à retrouver les brebis qu’on avait égarées. Au jour des Noces de l’Agneau, la Bien-aimée sera
l’humanité réconciliée.

Père Marc Lambret



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