Quand c'est fini, cela commence

Aujourd’hui comme souvent, l’évangile finit mal, du moins à première vue.  En tout cas, les paraboles de l’évangile selon saint Matthieu que nous entendons ces temps-ci, et celles qui clôtureront l’année liturgique, se
terminent par l’expulsion de personnages souvent condamnés aux "ténèbres extérieures". Cette construction, contraire à notre goût pour les histoires que l’on peut conclure d’un "tout est bien qui finit bien" rassurant, est d’autant plus troublante qu’elle vise souvent à l’évidence les Juifs refusant de reconnaître Jésus comme Messie.

C’est le cas ici : l’attitude des ouvriers de la première heure qui voient d’un œil torve les derniers venus recevoir le même salaire qu’eux - et passer devant eux en plus ! – évoque clairement les difficultés qu’éprouveront les judéo-chrétiens à accepter l’entrée des païens dans l’Alliance par la grande porte, avec dispense d’observer la Loi de surcroît et grande joie chez les anges de Dieu à les voir arriver parmi les pécheurs pardonnés. Or,
justement, notre parabole d’aujourd’hui nous offre une clé de compréhension essentielle à ce sujet.

L’aspect peut-être le plus choquant de la façon dont le propriétaire traite ceux qui ont porté le poids du jour est son mot cinglant à celui avec lequel il s’explique : "Va-t’en !" Pourtant, si l’on y regarde bien, c’est la troisième fois qu’il use du même verbe grec (hupagein) au cours de la journée : "Allez à ma vigne vous aussi", dit-il à ceux qu’il trouve désœuvrés sur la place, quelle que soit l’heure à laquelle il les rencontre. Or, cet ordre, loin de signifier une réprobation, constitue un appel dans lequel nous reconnaissons la vocation apostolique.

"Prends ce qui te revient (littéralement ‘le tien’) et va-t’en" peut donc s’entendre non comme un rejet, mais comme ce qui commence pour saint Paul sur le chemin de Damas et qu’il comprendra plus tard : lui, le pharisien "brûlant de zèle pour la religion de ses pères", reconnaîtra que ce Jésus qu’il persécutait est bien "le sien", le Messie promis à son peuple. Et, en son nom, il ira proclamer aux païens la bonne nouvelle de leur salut par l’entrée dans l’Alliance scellée avec Israël. En somme, c’est quand ce "jour" du premier labeur se termine par le mystère pascal que commence l’œuvre merveilleuse de la prédication apostolique.

Père Marc Lambret



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