Vivre pour quelqu'un

"Il ne vit que pour cela" se dit en général de quelqu’un dont l’existence s’organise tout entière en fonction d’une passion dominante, voire dévorante : la montagne et ses ascensions audacieuses, la mer et la course au large, un sport de prédilection ou encore bien d’autres activités palpitantes parmi lesquelles il ne faudrait pas oublier de généreux engagements politiques, professionnels ou associatifs. Mais qui ne voit le risque de négliger le reste et les autres à cause de cette priorité absolue et, revers de la médaille, de se faire taxer d’égoïsme là où l’on se donne tout entier ?
Quand ce n’est pas un "cela", mais "celle-ci" ou "celui-là" qui focalise toute l’attention, le risque existe aussi. Bien sûr, l’on pense d’abord à une passion amoureuse, mais il peut s’agir d’un enfant plus fragile, de vieux
parents déclinants ou d’un proche qui réclame énormément de soins. Certes, alors, la sagesse pourrait réclamer plus d’équilibre dans l’abnégation, mais il serait déplacé d’y voir un retour sur soi. Pourtant, rien ne peut nous emplir de joie profonde comme de nous consacrer corps et âme par amour à autrui.


C’est pourquoi la bonne nouvelle est annoncée par saint Paul quand il dit : "Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur." Non seulement nous connaissons le bonheur de pouvoir nous donner tout entier à quelqu’un par amour, quelqu’un qui accepte notre amour et y répond – mieux ! dont l’amour précède le nôtre – mais encore cet amour n’enlève rien aux autres, bien au contraire. Car c’est en lui que nous aimons avec le plus de force et de justesse quiconque et quoi que ce soit.
En particulier, lui seul nous apprend la mesure de la miséricorde qui passe toute mesure humaine. Eussions-nous reçu dix-mille vies que, sans lui, nous les aurions encore perdues à cause du péché. Mais il a donné sa vie – sa vie de Fils de Dieu, juste et saint éternellement – pour sauver dix-mille fois chacun d’entre nous, et qu’ainsi nous apprenions à nous redonner la vie les uns aux autres par le pardon accordé sans limite à celui qui le
demande. Telle est la leçon essentielle de la parabole du "serviteur impitoyable" que Dieu nous garde d’être si nous vivons pour lui.

Père Marc Lambret



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