L'odeur des brebis

Le pape François n’avait pas tardé à nous déconcerter par ses propos exotiques. Quinze jours après son élection, il parlait en homélie de la nécessité pour le pasteur de "prendre l’odeur des brebis". Le seul fait de parler d’odeur nous incommodait, et la précision qu’il s’agissait de celle des brebis n’arrangeait rien.

Plus subtil que ceux qui le trouvent rugueux en raison de la simplicité des termes et des tournures, le pape inscrivait ainsi son propos droit dans le thème du jour, puisqu’il célébrait alors sa première messe chrismale d’évêque de Rome, celle de la consécration des huiles saintes qui sont en réalité des parfums.

Il expliquait aux prêtres qu’il ne s’agissait pas de garder ces fragrances, ces sent-bon, pour soi ou pour son placard de sacristie, mais d’en user largement au bénéfice du peuple de Dieu qui en est le véritable destinataire, en allant au contact. Le Verbe s’est fait chair, qui sommes-nous pour la mépriser ?

C’est pourquoi je me demande si un diffus sentiment de confort en ces temps de confinement ne doit pas nous alerter sur notre disposition à trouver notre compte dans une certaine "distanciation sociale". N’est-il pas de bon ton de se plaindre des promiscuités obligées dans les transports en commun ?

Rassembler le troupeau est la tâche première du Bon Berger qui appelle chacune de ses brebis par son nom. Elles entrent toutes par lui qui est la Porte. Passer par la croix du renoncement à soi-même pour être agrégé au Corps oint de l’Esprit Saint est la condition d’une liberté nouvelle : celle de Dieu lui-même.


Père Marc Lambret



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