Le dur métier de revivre

Si vivre peut ne pas être facile, comment revivre ne serait-il pas une épreuve ? Nous savons maintenant que le déconfinement sera lent et progressif : il fera sûrement mal comme lorsque le sang revient dans des membres gelés qu’on réchauffe.  Les personnes atteintes de dépression tendent à l’isolement, à l’enfermement, à la passivité et à l’apathie. Les conditions qui sont faites au plus grand nombre d’entre nous imposent plus ou moins une baisse de régime de ce genre. Or, il existe une sorte de réciprocité entre la maladie et ses symptômes, en sorte que celui qui se comporte comme s’il était malade court grand risque de le devenir. Nous qui sommes faits pour bouger, agir et nous rencontrer, si l’on nous en empêche, nous pouvons prendre en quelque sorte le parti du renoncement : nous résigner à ne plus vivre et y trouver une sorte d’apaisement morbide.

De même, pour les disciples, la nouvelle de la résurrection du Christ ne va pas sans mal. Il était devenu au fond comme la vie de leur vie. Son arrestation, son humiliation, sa condamnation, son supplice et sa mort furent pour eux un accablement que la figure de Thomas nous aide à mesurer. Lui qu’on appelait "Jumeau" était sans doute le plus attaché humainement à Jésus. Il avait dit, à l’annonce du départ du Seigneur pour la région de Jérusalem : "Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui !" C’est pourquoi après la Passion, il avait disparu de la commensalité des Apôtres, absent même à ce bataillon des âmes à demi mortes car veuves du Christ. Il était devenu trop mort pour pouvoir commencer à être ranimé par le Ressuscité.

L’évangile ne dit pas si Thomas a effectivement touché les plaies de Jésus. Mais la Parole nous donne à entendre qu’il a vraiment plongé dans le côté du Christ, c’est-à-dire qu’il a accepté de suivre son chemin consacré en somme par sa résurrection : celui qui passe par mort et passion, renoncement à soi-même et don de sa vie aux autres par amour. Ce qui nous retient de croire est souvent l’intuition que ce mouvement de l’âme et de la volonté nous entrainera sur cette route dont nous avons peur. Nous préférons faire semblant de ne pas croire pour mieux rester dans nos tombeaux ordinaires, finalement assez confortables. Cessons toute délectation morose dans la fuite de la vie, croyons au Vivant et nous vivrons !

Père Marc Lambret



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