Foi de terre et foi de fer

Quelle leçon ! Nous en avons ri, et voilà que ce n’est plus drôle du tout. Notre humanité est ainsi faite qu’elle oublie vite sa fragilité constitutive pour s’enivrer des pouvoirs prodigieux acquis à force de sciences et de techniques. Si l’on ne peut évidemment pas se réjouir de ce qui est un mal à déplorer de tout son cœur, il reste que ce serait un bien à en tirer que de revenir à plus de sobriété en toute chose.

Pour rassurer les enfants apeurés devant les insectes, ne leur dit-on pas que "les petites bêtes ne mangent pas les grosses" ? Pourtant, nous voyons bien maintenant qu’un micro-organisme parvient aisément à tuer son homme et même à terroriser son monde. Mais c’est ici du retournement d’un autre aphorisme que je voudrais traiter aussi et surtout : celui "du pot de terre contre le pot de fer".

La confrontation de l’aveugle-né avec les pharisiens de l’évangile d’aujourd’hui semble jouée d’avance : c’est le petit poussiéreux méprisé contre la cohorte de fer de ces vases d’orgueil qui savent et jugent. Pourtant, au fil des comparutions et des interrogatoires, les notables inoxydables s’enferrent dans leurs propres contradictions que leur fait justement remarquer le guéri qui, lui, loin de s’effriter s’affermit.

Ce mouvement s’accomplit dans une double conclusion : la pathétique constatation par le Seigneur que le péché des pharisiens demeure mais, avant cela, la presque parfaite confession de foi de celui qui avait été aveugle-né : "Je crois, Seigneur !" Tout se joue bien sûr devant le Christ en personne : voir ou ne pas voir qu’il est le Fils de Dieu, le voir ou non comme le Sauveur, constitue le vrai jugement.

L’attitude profonde de l’adorateur en esprit et en vérité est l’humilité de celui qui reconnaît que sa propre foi n’est pas une opinion personnelle excellente et une vérité qu’il détiendrait, mais un don magnifique fait gratuitement à sa fragilité. La certitude du donneur de leçons qui croit "dur comme fer", ne peut rien contre la « foi de terre » de celui qui croit Dieu plutôt que lui-même.
Père Marc Lambret



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