La nécessité, la passion, le pouvoir

Jésus est tenté par le diable dans les trois registres de notre recherche de satisfaction. Le premier est celui de notre nature de besoin : il doit être pourvu aux nécessités de notre vie, celle d’une nourriture adéquate étant typique de toutes les autres. Le deuxième est le désir de sensations bonnes au-delà de ces prestations élémentaires, à commencer par la sécurité et le plaisir que procurent les manifestations de tendresse et d’intérêt d’une mère aimante ; là s’enracine l’aspiration à des expériences de plus en plus fortes en la matière. Le troisième est l’appétence pour le pouvoir : force physique et mentale, connaissance, influence, possessions et dominations en tout genre.


Le Fils de Dieu ayant pris notre condition humaine en toutes choses excepté le péché partage avec nous la même triple recherche. Comme nous, en situation de frustration il est porté à se procurer d’une  manière ou d’une autre ce qui se refuse d’abord à lui. Mais il ne s’autorise pas de sa nature divine pour prendre des voies non conformes à la condition "d’esclave" à laquelle il voulut être réduit en obéissance à son Père. Comme nous, il eut besoin de sécurité physique et affective, surtout dans les moments de grande pression. Mais il ne voulut jamais "tester" le Père et la fidélité de sa protection particulière. Plus que nous il s’est su "bénéficiaire et seigneur du monde", selon la vocation d’Adam dès le commencement. Mais il s’est toujours soumis à celui qu’il appelle : "Mon Dieu et votre Dieu".



En effet, c’est pour nous qu’il a tout supporté jusqu’aux tentations qui sont notre lot depuis le premier péché et dont lui seul nous délivrera tout à fait par sa venue dans la gloire. Et dès cette existence "en pèlerinage sur la terre", nous pouvons expérimenter sa victoire en nous-mêmes. Le carême est ainsi un temps privilégié pour éprouver la grâce, par la puissance de l’Esprit Saint, de dominer les forces qui nous pressent intérieurement, pour l’amour de Dieu et de notre prochain. Cela non pour nous enorgueillir – puisque c’est le don de Dieu ! – mais pour nous laisser sanctifier et en savourer le bonheur, jusqu’à recevoir dans une foi pure la grande joie de Pâques.
Père Marc Lambret



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