Déconstruire l'ennemi

"Avez-vous des amis ?" : la question ne se pose guère, tant la réponse est évidente, et sûrement abondante, sans même compter ceux qui se ramassent à la pelle et à grands coups de clics. "Avez-vous des ennemis ?" : la question ne se pose pas non plus, mais pour des raisons opposées, car il n’est pas aisé se reconnaitre catégoriquement hostile à quiconque. Pourtant, Jésus lui-même en eut, et de nombreux : ceux qui le haïssaient, et qu’il savait pourtant aimer. Oui, il aimait ses ennemis, lui.

L’objectif militaire est normalement de "détruire l’ennemi". Ce verbe est étymologiquement équivalent à "déconstruire". Mais choisir cette dernière forme peut signifier une intention radicalement autre. Celui qui me veut ou me fait du mal, si je me laisse inspirer par l’exhortation du Christ, je ne souhaiterai pas son anéantissement, mais qu’il change d’attitude ; ou du moins que l’empêcher de me nuire lui soit plutôt profitable. En somme, je lui voudrai et ferai du bien. Or, c’est cela, aimer.



Rendre coup pour coup dans la mesure du possible est une réaction naturelle. Ne pas le faire passerait pour un encouragement à l’agresseur. Si mon seul objectif est ma préservation, je n’irai pas chercher plus loin que cette tactique élémentaire. Mais si l’autre, même méchant, m’importe à cause du Christ, je m’efforcerai de chercher un chemin d’apaisement. S’engager dans cette voie, c’est augmenter les risques de désagrément, autrement dit "présenter l’autre joue".

Mais c’est aussi accroître les chances de la plus grande espérance : la réconciliation des enfants du Père dans l’amour de Dieu. Car il nous a aimés alors que nous étions encore ses ennemis à cause de nos fautes. Il ne nous a pas détruits mais, avec délicatesse, il a "déconstruit" notre hostilité en pardonnant nos péchés. Faisons de même avec notre prochain et nous vivrons.
Père Marc Lambret



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