Tout cela est bel et bon

La mode est à souhaiter belle année plutôt que bonne : une manière de donner un air de nouveauté à une figure obligée, peut-être. Mais cet air ne restera pas toujours frais, d’autant qu’il y a déjà quelque temps qu’on en use. À vrai dire, les grecs anciens assurent un fameux précédent à cette coquetterie : associant le beau et le bon dans leur idéal de perfection, "kalos k(ai)agathos", ils usaient volontiers d’un adjectif pour l’autre, surtout de kalos pour agathos. L’évangile en fait autant lorsque Pierre dit au Seigneur, littéralement : "Maître, il nous est beau d’être ici". Il s’exprime ainsi lors de la Transfiguration, épisode où résonne un écho du Baptême en vue de la Passion.

Ces trois moments sont inséparables bien que distincts, comme les personnes de la Trinité, ou encore les deux natures du Christ. D’ailleurs, chacun d’eux figure de façon particulière l’un et l’autre mystères de notre foi. Ces trois scènes ont aussi en commun d’être très "visuelles", c’est pourquoi elles ont inspiré d’innombrables représentations dans l’iconographie chrétienne. Un sommet du genre est sans doute atteint dans la mosaïque de la voûte du "Baptistère des Orthodoxes" à Ravenne. Ici se manifeste admirablement l’unité de la beauté, de la vérité et de l’amour dans la foi catholique.



Comment croire en même temps à la parfaite divinité et à l’humanité réelle du Christ ? Comment comprendre cette infinie humilité du Tout-Puissant qui s’anéantit dans la faiblesse et la fragilité du mortel né de la terre ? Notre intelligence humaine butte sur un mur d’inintelligibilité. Mais si nous dévions d’un côté ou de l’autre pour éviter l’obstacle, nous tombons dans l’hérésie. Tandis que si nous tenons de tout notre cœur à l’orthodoxie, à la droite expression de la Vérité, nous nous abîmons en adoration devant l’amour et la beauté du Fils de Dieu fait homme pour notre salut.
Père Marc Lambret



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