Par-delà le pari Pascal

Le "pari de Pascal" est bien connu : même si les chances sont faibles, le profit escompté étant immense, "l’espérance de gain" de celui qui mise sa vie sur l’attente d’une rétribution divine est infiniment supérieure à celle des impies qui ne peuvent rien recevoir de plus que les satisfactions imparfaites d’une vie bornée. Bien sûr, le grand philosophe et mystique ne formule cette pensée qu’avec le fin sourire du mathématicien qui s’amuse un peu sérieusement d’une affaire bien grave en vérité.

Car l’affaiblissement de l’ardeur des croyants confrontés à l’aridité d’une existence privée des signes de la grâce annoncée pourrait tourner au tragique jusqu’à l’abandon de poste pur et simple. L’oracle d’Isaïe s’adresse ainsi au petit Reste d’Israël trouvant au retour d’exil des conditions d’indigence et d’insécurité qui le font douter dans l’entreprise de rebâtir le Temple et la ville sainte pour restaurer la relation heureuse et féconde du peuple avec le Seigneur.



Le Baptiste lui-même a douté dans sa prison. En effet, parmi les signes du Messie figurait en bonne place la libération des captifs : que faisait donc Jésus ? Mais, comme Pierre bientôt, il surmontera sa défaillance en scellant sa fidélité au sceau du martyre. Car, ainsi que l’a établi le Christ Agneau, la Pâque est passage de la mort pour renaître à la vie nouvelle. Ce secret du salut demeure en vigueur jusqu’à sa Venue.

C’est pourquoi la nuit aride ne nous est pas épargnée. Au fond de l’amertume, il peut m’être demandé d’espérer la lumière quand toute ma raison s’y refuse. Ce serait un pari si je croyais à mes doutes. Mais si je reconnais ma petitesse et la fragilité radicale de mon être, je repousse la voix qui persifle en moi et je mets plutôt ma foi en la promesse du Vivant. Alors l’enfoncement même dans les ténèbres se transfigure en certitude éclatante de joie au soleil pascal à venir.

Père Marc Lambret



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