Revenir à soi, rentrer en soi

Le point de retournement du fils prodigue se situe au moment où il "rentre en lui-même". Cette expression est à prendre d’abord au sens d’un passage à la réflexion : pris dans le tourbillon de sa vie "éclatée", d’abord dans l’opulence et la prodigalité, ensuite dans la misère et la nécessité, l’homme se décide à faire le point de façon raisonnable. Le fils égaré "revient à soi" comme une personne évanouie qui reprend ses esprits. Il est donc déjà moins perdu.

Rentrant en lui-même, il n’y trouve pas seulement des pensées personnelles, des représentations du présent et des souvenirs du passé, mais surtout une présence : celle du père qu’il a quitté et qui ne cesse pourtant de le porter dans son affection prévenante. Saint Augustin avait sûrement bien médité ce passage quand il écrit dans ses Confessions : « Tu étais au dedans de moi, et j’étais, moi, en dehors de moi-même… tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ».

Le fils aîné, au retour du perdu, manifeste une aliénation semblable bien qu’elle paraisse à l’opposé. Certes, lui est demeuré dans la maison du père et n’a cessé de le servir, tandis que l’autre l’a abandonné et s’en est éloigné. Mais la colère qui le prend et le met "hors de soi" révèle combien son attachement au père masquait un écart radical d’avec son cœur. Incapable de fraternité, il se révèle donc déchu de sa filialité plus gravement que son frère.

Étourdis de plaisirs ou d’épreuves, accaparés par le travail ou les distractions, nous vivons "à côté de nous-mêmes", délaissant le sanctuaire de notre conscience où le Père demeure mais d’où nous chassons l’Esprit en le désertant. Rejeter "l’étranger" au lieu de le reconnaître comme un frère signale notre propre aliénation dans un amour de soi fallacieux qui se dégrade en haine de l’autre et de Dieu. Revenons à nous en retournant à lui.
Père Marc Lambret

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