Il m'a ouvert les yeux

Pourquoi restions-nous parfois aveugles à ce qui nous apparaît soudain comme une évidence ? Sans doute parce que l’évidence est "aveuglante" quand notre résistance est grande à nous y rendre. Admettre notre faute, ou celle de ceux en qui nous avons mis une confiance totale, "aveugle", est si insupportable que nous restons campés dans une présomption d’innocence qui devient coupable lorsqu’elle confine à l’entêtement dans le déni.

Bien sûr, vous pouvez comprendre cette réflexion comme une allusion aux révélations récentes qui nous ont renvoyés à la réalité désolante des abus commis dans notre chère Église par certains dont nous aurions attendu au contraire une conduite exemplaire. Mais elle ressort d’abord de l’évangile de l’Aveugle-né, celui de l’année A que nous prenons pourtant en cette année C en raison du deuxième « scrutin » des catéchumènes adultes.

Ce mot de « scrutin » relève de ce « Patois de Canaan », curieux jargon constitué d’expressions que l’usage a consacré dans nos pratiques ecclésiastiques, mais dont il faut parfois déplorer le caractère abscons. Certes, "Dieu scrute les cœurs et les reins", dit l’Écriture, c’est-à-dire qu’il voit et révèle ce que nous cachons au plus profond de nous-mêmes, en particulier nos fautes et nos défauts, surtout ce qui nous pousse au déni de culpabilité.

Puisqu’il faut d’abord balayer devant sa porte, que chacun de nous se laisse ainsi scruter lui-même en accueillant la lumière divine en ses lieux les plus secrets. Car l’homme demeure d’autant plus pécheur qu’il prétend voir clair en se disant juste. Alors il pourra se confesser de ses péchés obstinément niés, en recevoir le pardon et dire du Seigneur, avec la joie de l’action de grâce pour la libération dans la foi : "Il m’a ouvert les yeux".

Père Marc Lambret

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