Quand un à-Dieu s'envisage

Ces mots par lesquels s’ouvre le testament spirituel du Père Christian de Chergé, Prieur des moines de Tibhirine assassinés en 1996, ont pu traverser l’esprit, sous cette forme ou sous une autre, des jeunes gens qui, par centaines de milliers, furent envoyés au combat vers une mort quasi certaine. Beaucoup d’entre eux, d’ailleurs, ont écrit à la veille du dernier assaut des textes bouleversants de profondeur, de dignité et d’élévation d’esprit. Les recueils de « lettres de poilus » en offrent le précieux témoignage.

Jadis les agonisants, voyant leur mort arriver, avaient le temps de s’y préparer. L’Église a toujours tenu cette façon de partir pour une grâce désirable, au point de faire prier dans la liturgie pour être « délivrés
d’une mort imprévue ». Entretenir de vains espoirs à coups d’acharnement thérapeutique n’est pas judicieux. Mais la pratique, à l’inverse, d’une mise à mort programmée, voire du suicide assisté, est une faute contre la vie. Prions pour que la possibilité soit offerte à chacun de mourir dans la vraie dignité, c’est-à-dire en recommandant son âme pécheresse au Dieu de miséricorde pour qu’elle trouve accueil auprès de lui.

C’est bien ce que fait la pauvre veuve de l’évangile à la suite de celle de Sarepta, Par son offrande de ce qu’il lui reste pour vivre elle n’entend pas précipiter sa fin mais remettre sa vie entre les mains de celui de qui elle vient et à qui elle retourne. C’est pourquoi Jésus se reconnaît en elle au moment où sa passion est proche. Il est monté à Jérusalem non pour chercher la mort, mais afin de s’offrir en un sacrifice dont il sait qu’il trouvera bon accueil auprès du Père, pour que tous les hommes pécheurs puissent être accueillis après lui, le Saint, qui aura ouvert la voie.

Père Marc Lambret

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