Tu renouvelles ma jeunesse

« Bénis le Seigneur ô mon âme » chante le Psalmiste qui compte au nombre des bienfaits divins dont il rend grâce celui de renouveler sa jeunesse (Ps 102/103). Dans le contexte, nous pouvons supposer qu’il relève miraculeusement d’une maladie ou d’une blessure dont l’issue fatale semblait inéluctable. Mais ce passage de l’Écriture nous donne aussi une clef pour comprendre l’évangile d’aujourd’hui dans sa cohérence et son unité, bien qu’il se présente en deux parties à première vue tout à fait disparates. Pourquoi, en effet, après la controverse sur le divorce provoquée par les pharisiens, enchaîner avec cette parole sur la nécessité d’accueillir le Royaume comme un enfant ?

La clef se trouve dans le reproche de Jésus qui dénonce la « dureté de cœur » de ses interlocuteurs : littéralement, le terme grec est « sclérose ». Quand l’auditeur devient « dur d’oreille » à la parole du Seigneur, il s’empare de la loi comme de sa chose et perd le sens profond de l’Alliance et de la miséricorde divine. Au lieu de la recevoir « comme un enfant », c’est-à-dire comme un être qui demeure lui-même à éduquer pour qu’il devienne plus semblable à son Père du ciel, il la brandit à la façon d’un bâton qui serait à sa disposition pour contraindre et condamner le pécheur dont il se fait le juge. Le principe du dessein d’amour créateur inscrit de façon indélébile dans le cœur de l’homme créé homme et femme à l’image de Dieu demeure malgré toutes les transgressions. Ils en témoignent, ceux qui vivent la fidélité du mariage non pour la honte des autres, mais pour réveiller en eux le désir du pardon et de la conversion.
Le Royaume lui-même est comme un enfant qu’il nous faut accueillir parce qu’il nous est confié pour que nous le fassions grandir et advenir dans toute sa stature et sa splendeur de sainteté. La jeunesse que Dieu veut pour nous ne se flétrit pas sous le poids des années et des épreuves. Elle se renouvelle chaque jour dans un cœur qui reste disponible à la nouveauté de l’Évangile. Gardons-nous de la dureté des orgueilleux comme de la veulerie de ceux qui renoncent à leurs idéaux d’enfants pour se conformer aux compromissions du monde. Alors notre action de grâce sera agréée d’En-Haut et l’intelligence de la charité nous sera donnée pour attirer beaucoup de pécheurs à la table du Seigneur.

Père Marc Lambret

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