Le plus beau don …

« Après la vie qu’il m’a donnée, le plus beau don que mon père m’a fait, c’est de mourir. » Il n’y a ici aucune réjouissance dans ce qui reste pour nous tous une épreuve. Nul soupçon de haine dans ce propos. La peine de la séparation qu’inflige la mort est et reste indicible. Mais l’essentiel est ailleurs. Le don le plus mystérieux que mon père m’a fait, c’est d’accueillir sa « condition de mortel », de vivre son entrée dans la mort lorsque l’heure est venue. La mort vient à nous et surtout elle vient pour nous et non pas contre nous ! Naturellement, il faut se risquer ici à une conversion du regard. C’est en regardant la mort du Seigneur Jésus, vécue dans l’amour et la confiance, que se réalise cette conversion. Il est venu pour que soit révélée la résurrection, l’œuvre d’amour de son Père et notre Père. Pour que soit renversé le mur bouchant la vue sur l’horizon joyeux de notre existence terrestre, finalement préparatoire. Pour que paraisse la vie, cette vie plus forte que la mort, le Christ a lui-même assumé notre mort et l’a dépouillé de son pouvoir ! La mort redevient la condition de possibilité d’une œuvre de résurrection ! Le plus beau don que nous puissions nous faire, c’est d’envisager l’heure de notre mort, comme l’attestation de notre confiance en la promesse du Père de nous réunir en son Royaume. C’est habité par l’amour de son Père que Jésus a pu aller au-devant d’elle, sans céder à l’effroi de l’inconnu. Habités de cette confiance, nous disons « Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous … maintenant et à l’heure de notre mort ». « Je ne meurs pas » disait la petite Thérèse de l’Enfant-Jésus, « j’entre dans la vie ». Merci sainte Thérèse !
Je vous invite à vivre ardemment cette audace de la foi. Et si vous ne l’avez pas, de la demander pour vous et pour les autres. C’est ici aussi que se joue la victoire contre les tentations modernes de se donner une « bonne mort » pour échapper à la déchéance de notre condition si fragile et précaire, mais sans lucidité sur le terme véritable. La « bonne mort » est celle qui fait éclater la confiance en Celui dont l’étreinte d’amour nous fera connaître ce qu’est la vie véritable.
Je vous écris ces quelques lignes pour que, lorsque s’approchera pour nous ou pour un de nos proches, l’heure de naître à la vie du Ciel, nous puissions demeurer en communion par la foi et que cette foi nous porte à croire que le Seigneur nous réunira, dans la lumière de sa joie, une joie sans fin ! Chaque jour compte pour que notre amour terrestre se traduise en confiance dans l’amour du Père pour nous tous.

Priez mes amis, priez.

P. Laurent Stalla-Bourdillon

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