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« MAINTENANT COMMENCE L'ESPÉRANCE (5) »

Fruit de la foi, chemin, combat, perspective d’une immersion plénière dans l'océan de l’amour infini, l’espérance authentique n’est pas individualiste.

Les chrétiens ont pu être caricaturés – ou caricaturer eux-mêmes leur propre vocation – en limitant l’espérance au désir de « faire son salut » de manière totalement individuelle. Benoît XVI cite sur ce point Les vraies richesses de Jean Giono : « Ai-je trouvé la joie ? Non [...]. J'ai trouvé ma joie. Et c'est terriblement autre chose [...]. La joie de Jésus peut être personnelle. Elle peut appartenir à un seul homme, et il est sauvé. Il est en paix [...] pour maintenant et pour toujours, mais seul. Cette solitude de joie ne l'inquiète pas, au contraire : il est l'élu. Dans sa béatitude, il traverse les batailles une rose à la main » (Sauvés dans l'espérance, §13).

« Face à cela, poursuit le Pape, Lubac [le grand théologien jésuite français], en se fondant sur la théologie des Pères dans toute son ampleur, a pu montrer que le salut a toujours été considéré comme une réalité communautaire. La Lettre aux Hébreux parle d'une "cité" et donc d'un salut communautaire. De manière cohérente, le péché est compris par les Pères comme destruction de l'unité du genre humain, comme fragmentation et division. [...] Et ainsi, la "rédemption" apparaît vraiment comme le rétablissement de l'unité, où nous nous retrouvons de nouveau ensemble, dans une union qui se profile dans la communauté mondiale des croyants » (Sauvés dans l'espérance, §14).

Dans l’évangile de ce dimanche, c’est à la communauté de ses disciples que Jésus promet le don de l’Esprit Saint : « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera toujours avec vous [...]. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous ». Cette insistance communautaire n’est pas exclusive de la dimension personnelle ; Jésus déclare en effet : « celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui ». Le don de l’Esprit permet à chacun de s’accomplir en vérité dans la relation au Père et aux frères par la médiation du Christ. C’est donc comme relation d’amour que l’Esprit est le gage de notre espérance.

Il ne s’agit donc pas de « traverser les batailles une rose à la main » mais de participer dans le corps du Christ à la victoire de sa résurrection sur toutes les forces de mort et de péché.

P. Matthieu Rougé

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